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Full text of "William Wallace (Braveheart)"

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Bertrand Humeau 


William Wallace 
(Braveheart) 


Mes notes sur le personnage historique 


Réimpression d'avril 2021 











( image du Stirling Smith Art Gallery and Museum) 


Ce livre a été publié sur www.bookelis.com 





ISBN : 979-10-359-1521-6 
Copyright © Bertrand Humeau, 2019-2020 


Tous droits de reproduction, d'adaptation et de traduction, 

intégrale ou partielle réservés pour tous pays. 

L'auteur est seul propriétaire des droits et responsable du contenu de ce 
livre. 


À toutes les personnes en Écosse qui se sont rendues disponibles 
pour me permettre d'explorer l'époque et la vie de William 
Wallace. Un petit merci pour toutes ces contributions. 


TABLE DES MATIERES 


Illustrations / photographies dans ce livre 9 

Remerciements sise iii titres 11 
Abréviations en bas de page... 13 
Entroduchortss nn atninns 17 


Contexte jusqu’en 1285 
Présentation de quelques familles écossaises 


Premières tensions .…...sssnrrrsssssssses 38 


Mort du roi et problèmes de succession 
Les délibérations de Norham et la « Grande Cause » 


John Balliol (ou « Jean de Bailleul») 54 


Sommations du roi d'Angleterre 


29 
33 


38 
47 


55 


Préparation de guerre contre la France et «Vieille 


Alliance » 
Campagne d’Écosse de 1296 
La ville de Berwick 


vil 


56 
61 
68 


Suite de la campagne de 1296 


Début de l'insurrection... 83 


Attaque du Sheriff de Lanark 
Suite de l'insurrection 


De Stirling à Falkirk.…................... 111 
Manœuvres diplomatiques... 158 
Dernières années de Wallace... 178 
L'épeée-de Wallace: 190 
Quelques derniers mots... 195 
Annexe I : La Vieille Alliance... 198 


Annexe 2 : Dates autour de William Wallace .200 


Annexe 3 : Carte de l'ÉCOSSerrrrrnrnnrnrnee 202 


BibHograpie.sinsne nn ot 203 


viil 


74 


85 
103 


Illustrations / photographies 
dans ce livre 


Images externes (n’appartenant pas à l’auteur) : 


Sceau de la lettre de Lübeck (Archiv der Hansestadt 
Lübeck, 7.1-3.1 Anglicana 12a): permission obtenue le 
1% novembre 2019 

Sceau de la ville de Stirling : dessin de Ronald Page, 
en main propre lors de ma rencontre avec lui le 15 
septembre 2009, avec autorisation de le reproduire 

Photo des palissades en bois du château de Lanark : 
Ed Archer, photo et permission obtenues le 10 octobre 2019 

Portrait de William Wallace exposé au Stirling Smith 
Art Gallery and Museum : image et permission obtenues le 
15 janvier 2008 

Plan des mottes dans le Lanarkshire: permission 
donnée par la Society of Antiquaries of Scotland le 21 octobre 
2019, «plate XV » sur la page 345 du volume 24 des 
Proceedings of the society of Antiquaries of Scotland 


Photos de l’auteur : 


Berwick-upon-Tweed : permission de Sarah Eastel au 
nom d’English Heritage le 27 novembre 2009 

Château d’Édimbourg, pont de Stirling, 
Cambuskenneth Abbey : permission délivrée le 22 août 
2007 par Historic Scotland 


Château de Caerlaverock : permission délivrée le 
5 août 2009 par Historic Scotland 

Château de Kildrummy : permission délivrée le 
21 septembre 2012 par Historic Scotland 

Photos du National Wallace Monument de Stirling : 
permission obtenue le 10 août 2007 du Stirling District 
Tourism 


10 





Remerciements 


Frank Gunning : pour l’aide qu’il m'a apportée en 2007 

Ed Archer: pour toute son aide et son amitié depuis 
2007, y compris l’utilisation de sa photo du château de 
Lanark 

Bibliothèque municipale de Lanark qui m'a ouvert ses 
portes en septembre 2007 

Historic Scotland pour leur aide et les permissions de 
photographie 

Stirling District Tourism/National Wallace 
Monument : autorisation de photos en 2007 

Dr Ronald Page : pour son aide depuis 2008, la 
rencontre qu'il m'a accordée en septembre 2009 et 
l'autorisation de reproduire son illustration du sceau de 
Stirling 

Campbell Chesterham : pour m'avoir rencontré avec 
Dr Ronald Page en septembre 2009 

Dr Elspeth King et le Stirling Smith Art Gallery And 
Museum : pour leur aide et l'autorisation de reproduire 
l’image du portrait de Wallace exposé dans le musée 

Dr Fiona Watson : pour son aide depuis 2009 et pour 
l'entretien qu’elle m’a accordé en septembre 2009 

John G. Harrison : pour toute son aide depuis 2009 et 
les rencontres qu’il m'a accordées 

John L. Williams (et son épouse) : pour son hospitalité 
et sa présentation de Caerlaverock 

Jim Herbert : pour les informations qu'il a partagées 
avec moi et sa visite guidée des fortifications de Berwick- 
upon-Tweed en septembre 2009 


11 


English Heritage/Sarah Eastel : pour la permission de 
photos autour de Berwick 

Duncan Fenton : ancien président de la Society of 
William Wallace, pour son aide et accueil lors des 
commémorations de la bataille de Stirling en 2009 

Mitchell Library de Glasgow : pour m'avoir permis de 
voir le moulage du sceau de la lettre de Lübeck 

Bibliothèque de l’université de Glasgow : où j'ai pu 
trouver et photocopier des sources que je cherchais 

Pauline Smeed : membre de la société historique de 
Dunbar, pour son accueil et sa présentation de Dunbar et 
ses environs 

Charles McKean : pour le temps qu'il m'a accordé et 
son aide quand je tentais d'explorer le sujet des villes en 
Écosse au Moyen-Age 

Les archives de Lübeck pour l'autorisation d'utiliser 
leur photo du sceau de 1297 

La Society of Antiquaries of Scotland pour la 
permission de reproduire le plan des mottes, 

Thierry Besnier : ancien collègue et toujours ami sans 
qui je n'aurais pas pu visiter le château de Kildrummy 

Et Magali Coudray, une lectrice qui m'a soumis une 
liste de corrections (fautes d'orthographe et erreurs de 
saisie) pour améliorer la qualité du texte. 


12 


Abréviations en bas de page 


Des abréviations sont utilisées dans les notes en bas de 
bas de page. Voici à quelles références elles correspondent : 


Anglo-Scottish Relations: Anglo-Scottish Relations 
1174-1328, E.L.G. Stones, 1965 

The Balliol Dynasty: BEAM, Amanda, The Balliol 
Dynasty: 1210-1364, John Donald, édition de 2008, 391 p. 

Barron : BARRON, Evan Macleod, The Scottish War of 
Independence, édition publiée par Barnes & Noble en 1997, 
499 p. 

Barrows Robert Bruce : BARROW, G.WS., Robert Bruce 
and the Community of the Realm of Scotland, Edinburgh 
University Press, 4ème édition de 2005, 531 p. 

Blind Harry, Gilbertfield : Blind Harry's Wallace, 
Traduction de William Hamilton de Gilbertfield, Luath 
Press, 1998 

Blind Harry, STS : Hary's Wallace, Scottish Text Society, 
Volumes I et Il, 1968, réimprimé en 2004 

BoB Sept. 2011 : BROUN, Prof. Dauvit, September 2011: 
New Information on Wallace and the Guardians, article en ligne 
(http://www.breakingofbritain.ac.uk/blogs/feature-of-the- 
month/september-2011-the-guardians-in-1286-and- 
wallaces-uprising-in-1297/index.html), University of 
Glasgow 

Bower : BOWER, Walter, Scotichronicon  Vol.6, 
University of Aberdeen, 1991 

Colonial Scotland : PRESTWICH, Michael, article 
« Colonial Scotland : The English in Scotland under Edward 


13 


I » dans Scotland and England 1286-1815, John Donald 

CDS vol.2 : BAIN, Joseph, Calendar of Documents 
Relating to Scotland, Volume 2: A.D. 1272-1307, Édimbourg, 
1887, 714 p 

CDS vol.4 : BAIN, Joseph, Calendar of Documents 
Relating to Scotland, Volume 4: A.D. 1357-1509, Édimbourg, 
1888, 678 p. 

CDS vol.5 : BAIN, Joseph, Calendar of Documents 
Relating to Scotland, Volume 5: A.D. 1108-1516, Scottish 
Record Office. 

Docs IIL Vol.1 : STEVENSON, Joseph, Documents 
Ilustrative of the History of Scotland: From the Death of 
Alexander the Third to the Accession of Robert Bruce, AD 1286- 
1306, Volume I, Édimbourg, 1870, 432 p. 

Docs IIL Vol.2 : STEVENSON, Joseph, Documents 
IIlustrative of the History of Scotland: From the Death of 
Alexander the Third to the Accession of Robert Bruce, AD 1286- 
1306, Volume II, Édimbourg, 1870, 532 p. 

Dr Charles Rogers: ROGERS, Charles, The book of 
Wallace, Volumes I et II, Édimbourg, 1889 

Edward I : PRESTWICH, Michael, Edward I, Yale 
University Press, édition de 1997, 618 p. 

Fisher : FISHER, Andrew, William Wallace, Birlinn, 
édition de 2003, 305 p. 

Jim Herbert : HERBERT, Jim, The Mediaeval Defences of 
Berwick-upon-Tweed, Border Archaeological society, 2005, 
100 p. 

Journaux de Philippe le Bel : Les Journaux du Trésor de 
Philippe IV Le Bel, Paris, 1940 

Fergusson : FERGUSSON, James, William Wallace: 


14 


Guardian of Scotland, Londres, Alexander Maclehose & Co, 
1938, 232 p. 

Fordun : FORDUN, John, John of Fordun's Chronicle of 
the Scottish nation, The Historians of Scotland Vol. IV, 
Édimbourg, Edmonston and Douglas, 1872, 460 p. 

Kildrummy Castle, Historic Scotland: Kildrummy 
Castle, guide Historic Scotland, version de 1986, 32 p. 

Kingdom of the Scots : BARROW, G.W.S., The Kingdom 
of the Scots, édition de 2003, Edinburgh University Press; 
366 Pp. 

Lanercost : The Chronicle of Lanercost: 1272-1346, 
Glasgow, James Maclehose and sons, 1913, 357 p. 

Mackay : MACKAY, James, William Wallace: Braveheart, 
Mainstream publishing, édition de 1996 

Michael Brown : BROWN, Michael, The Wars of 
Scotland : 1214-1371, Edinburgh University Press, 2004, 
380 p. 

Nicholson : NICHOLSON, Ronald, Scotland: The Later 
Middle Ages, The Edinburgh History of Scotland Volume Two, 
1974, 695 p. 

Northumberland  : CRASTER, À History of 
Northumberland Volume 10: the parish of Corbridge, 1914 

Osprey 1297-1298 : ARMSTRONG, Pete, Stirling Bridge 
& Falkirk 1297-98 : William Wallace's rebellion, Osprey 
publishing, 2003 

Parl. Writ. : PALGRAVE, Sir Francis, The Parliamentary 
Writs and Military Summons Vol.1, 1827, 982 p. 

Scalacronica : GRAY, Sir Thomas, Scalacronica: the 
reigns of Edward I, Edward Il and Edward III, Glasgow, James 
Maclehose and sons, 1907, 195 p. 


15 


Scottish Arms and Armour : CANNAN, Fergus, 
Scottish Arms and Armour, Shire Publications, 2009, 1120 p. 

Stapleton : PALGRAVE, Sir Francis, The Antient 
Kalendars and Inventories of the treasury of his majesty's 
exchequer Vol.1, Stapleton, 1836, 350 p. 

Sword in Hand : OAKESHOTT, Ewart, Sword in Hand, 
2000, 146 p. 

The Wallace Book : COWAN, Edward J., The Wallace 
Book, John Donald, 2007, 240 p. 

The Kingship of the Scots : DUNCAN, The Kingship of 
the Scots : succession and independence, Edinburgh University 
Press, 2002 

The Scottish Civil War: PENMAN, Michael, The 
Scottish Civil War: The Bruces & The Balliols & The War for 
Control of Scotland, Tempus, 2002, 160 p. 

Tony Willis : WILLIS, Tony, article « The Fourteenth- 
Century Scottish Sword » dans The Journal of the Arms and 
Armour Society, Vol. XV, No. 1, March 1995 

Under The Hammer : WATSON, Fiona, Under The 
Hammer: Edward I and Scotland 1286-1307, Ed. John Donald, 
édition de 2005 

Watson Ayrshire Report : WATSON, Fiona, A Report 
into the Association of Sir William Wallace with Ayrshire, For 
East Ayrshire Council, March 1999, 31 p. 


16 


Introduction 


Les années 1990 sont marquées par l’arrivée à l'écran 
du film Braveheart. Cette œuvre cinématographique met en 
avant l'Écosse médiévale. Mel Gibson incarne le 
personnage de William Wallace. Il est fils de paysans, voit 
son père partir combattre pour le voir revenir mort et doit 
préparer son enterrement. Son oncle vient le chercher pour 
l'élever. Un soir, William rêve de son père qui prononce les 
mots «Suis ton cœur, ton cœur est libre.» Après quelques 
années, il tombe amoureux de Muron et se marie en secret 
avec elle. L'Écosse est alors occupée par l’armée d’Édouard 
ler. Un soldat anglais tente d’abuser de la femme dont il est 
amoureux. Wallace vient à son secours et frappe ce soldat 
anglais. N'ayant pas pu attraper le héros joué par Mel 
Gibson qui a pris la fuite, le shérif de Lanark donne la peine 
de mort à Muron en lui tranchant la gorge. William Wallace 
vient la venger et tue à son tour le justicier anglais. Il 
devient hors la loi pour l'occupant, tout en apparaissant 
comme le meneur de l'insurrection contre l’envahisseur 
pour les Écossais. La première bataille contre l’armée 
anglaise est remportée à Stirling puis il essuie une défaite 
un an plus tard à Falkirk. Le personnage principal se fait 
alors plus discret, jusqu'à sa capture et son exécution à 
Londres. Avant de mourir sur l’échafaud, il crie « Freedom » 
(« Liberté»). Ce mot marque les esprits des spectateurs qui 
retiendront que William Wallace s’est battu pour la liberté 
de l'Écosse, sans oublier l’amour qu'il a eu pour Muron 
avant de lancer la révolte. Sa vie sentimentale apparaît alors 
comme la raison principale de sa rébellion. 


17 


La production Hollywoodienne montre aussi une épée 
impressionnante, en raison de sa longueur, comme arme 
principale de William Wallace. 


Ce film ne me laisse pas insensible. L'histoire me plait 
beaucoup. Je le visionnerai énormément de fois, en plus de 
récupérer le script du film, d'acheter le film et de fouiller 
sur Internet pour récupérer des extraits audio en version 
originale ou des images. 

En 1999, je tombe par hasard sur une page Internet qui 
montre une photo du National Wallace Monument à 
Stirling. 





de l’auteur prise en 2007. 


18 


Cette découverte réveille ma curiosité. L'année 
suivante, mes parents m'offrent un séjour linguistique en 
Écosse (j'étais encore étudiant). Une journée d’excursion à 
Stirling a lieu le samedi 12 août 2000. Je consignerai dans 
mon journal de vacances (chaque participant devait rédiger 
un diary). : 


«Aujourd’hui aura certainement été ma journée 
préférée en Écosse. Pourquoi ? Une des raisons pour 
lesquelles j’ai choisi l'Écosse est que je souhaitais en 
apprendre davantage sur son héros national. Oui, je 
suis un fan du film Braveheart (...) » 


Le National Wallace Monument n'était pas inclus dans le 
programme. Je me souviens avoir quitté le bus pour 
échapper au groupe aussi discrètement que possible afin de 
demander comment me rendre au monument qui 
m'intéressait et qui se situait à l’autre bout de la ville. Cette 
aventure me laisse d’excellents souvenirs et m'incite à y 
retourner dans des conditions similaires puisque cette visite 
n’a jamais été incluse dans les programmes organisés. 


Quelques années plus tard, en 2007, une idée ‘folle’ me 
traverse l'esprit : « puisque le sujet m'intéresse tant que ça, et si 
j'essayais d'écrire quelque chose?» À ce moment-là, je suis 
toujours étudiant, l'Histoire n’est pas mon domaine, je ne 
me rends pas compte des difficultés que je vais affronter, et 
surtout personne ne me connaît. Après tout, qu'est-ce que je 
risquais à envoyer des lettres et à parler de mon projet en 
contactant des historiens et organismes de monuments 
historiques dans ce pays au nord du Royaume-Uni ? 


19 


Je finis par me lancer. Il fallait bien essayer. À ma 
grande surprise, je reçois des retours positifs. Historic 
Scotland (maintenant Historic Environment Scotland) 
m'autorise à photographier les monuments que je souhaite 
pour une publication future. Le Stirling District Tourism, en 
charge du National Wallace Monument, fait de même. Frank 
Gunning, alors président d’un organisme dédié à Wallace 
sur Lanark, me propose de prendre une journée pour me 
conduire où je le souhaite puis me présenter sa ville. Ed 
Archer, historien de Lanark, m'écrit pour me rencontrer. 
J'apprendrai plus tard que c’est Frank qui m'a mis en 
relation avec Ed. 

Suite à ces premières rencontres, je continuerai de me 
documenter sur le sujet au milieu de mes études en 
fonction de mes disponibilités. Plusieurs prises de contact 
seront initiées. En janvier 2008, le Stirling Smith m'autorise à 
reproduire la photo d’un portrait de Wallace. 

L'archéologue Ronald Page qui a conduit les fouilles 
concernant le pont de Stirling m’écrit le 17 novembre 2008 : 


«Je suis très intéressé par ton projet et je serais 
heureux de t’aider de toute manière que je peux. 
Tiens-moi au courant si tu penses à quelque chose ou 
à une personne avec qui tu souhaiterais entrer en 
contact. (...) 

L’experte de cette période des guerres 
d’Indépendance d'Écosse est Fiona Watson. Elle est 
très abordable, et je suis sûr qu’elle pourrait aider. » 


Au cours de mon déplacement en septembre 2009, 
j'aurai le plaisir de rencontrer Ron Page sur le pont de 
Stirling avec Campbell Chesterham (son compagnon de 


20 


fouilles archéologiques), Fiona Watson, John Harrison 
(spécialiste du paysage de Stirling), mais aussi Jim Herbert, 
qui connaît bien les défenses de Berwick-upon-Tweed, et 
John L. Williams pour Caerlaverock. Elspeth King m'a 
également reçu au Stirling Smith. 

Il y a eu un engouement certain pour moninitiative. 


Ce projet connaît un temps d'arrêt. Effectivement, je 
suis parti vivre en Écosse en janvier 2011 pour revenir en 
France, peut-être temporairement, en mai 2019. J'ai donc eu 
le plaisir de vivre et travailler dans ce pays, mais aussi 
d'acquérir la nationalité britannique à Glasgow en août 
2017. En septembre 2018, je débute un emploi sur Stirling. 
Cette expérience fait que je retrouve la vue sur le 
monument Wallace tous les jours et, irrémédiablement, cela 
finit par me rappeler ce qui m'a fait venir visiter ce pays en 
2000. Le dernier jour de mon emploi sur Stirling, le 
vendredi 5 avril 2019, John Harrison m'explique que « si je 
ne produis rien maintenant (après plus dix ans déjà), peut-être 
que je ne ferais rien plus tard.» Il est évident que cette 
conversation me fait réfléchir. Le retour en France, loin de 
la ville de Glasgow qui me faisait sortir pour en profiter 
tant je l’aimais, se présente comme une occasion pour enfin 
rédiger quelque chose. 


Plus de 150 ans après la mort de William Wallace, Henri 
le Ménestrel (aussi connu sous le nom Harry l’aveugle ou 
Blind Harry) rédige la première biographie. Il s’agit en fait 
d’un poème. Son travail a été fait lors d’une période avec 
un possible rapprochement avec l'Angleterre. Ce récit 


21 


constitue d’abord une œuvre de propagande. Bien que le 
texte connaisse un énorme succès et devienne l’un des 
premiers livres imprimés en Écosse (après la Bible) autour 
de 1508!, sa fiabilité historique est contestée. La renommée 
de cet écrit fait qu'il reste incontournable. Surtout, elle 
signifie aussi qu'il devient plus difficile de s’en éloigner 
quand on veut raconter la vie du héros national. Les 
biographies du XIXe siècle reprennent beaucoup le poème, 
et se contentent parfois uniquement de retranscrire en 
langue moderne les vers de Blind Harry. 

Ce mouvement fait qu'aujourd'hui encore, pour 
beaucoup, le texte d'Henri le Ménestrel constitue une source 
incontournable. À mon avis certains passionnés refusent de 
s'en détacher lorsqu'il s’agit de raconter la véritable vie de 
William Wallace. Nous trouvons donc, d’un côté les 
biographies qui considèrent que le poème puisse être une 
source fiable, et d’un autre côté les autres historiens qui 
s'attachent moins à cette version avec une approche plus 
critique. Peu importe la version que l’on préfère, William 
Wallace suscite autant d'intérêt et de passion. 


Randall Wallace se base sur ce poème pour écrire le 
script qui deviendra Braveheart sur les écrans de cinéma. Il 
prend néanmoins quelques libertés? Dans le film, l'invasion 
du nord de l'Angleterre va jusqu’à York au lieu de Saint 
Alban, et l'épouse d’Édouard Ier devient sa belle-fille (jouée 
par Sophie Marceau). 


1 Blind Harry, Gilbertfield, page xi. 
2 Blind Harry, Gilbertfield, page xxïi 


22 


Un exemple qui différencie Blind Harry du personnage 
historique est l’ensemble d'histoires héroïques autour de 
William Wallace qui se déroulent avant Lanark (1297) parce 
que nous ne connaissons pas sa vie avant cette période. Par 
exemple, un combat à Loudoun Hill lui permet de venger la 
mort de son père. Cet évènement lui aurait été attribué par 
erreur* et il s'agirait plutôt d’un affrontement de Robert Le 
Bruce (et non notre héros) en 1307, c’est-à-dire après sa 
mort. Cette bataille apparaît d’ailleurs dans le film « Outlaw 
King » (de Netflix). 

On peut aussi citer la campagne fictive contre 
Macfadyen.t 


La démarche de ma recherche consiste à restituer ce 
que l’on sait de la réalité historique du héros incarné par 
Mel Gibson. Aïnsi, je ne me baserai pas, ou peu, sur les 
exploits de Blind Harry. Ce n’est pas le super héros ou la 
légende qui m'intéressent, mais bien l’homme qui a 
réellement existé. 


Avec ces notes, je tente de reconstituer la réalité 
historique le plus fidèlement possible. Ce travail n'aurait 
jamais été possible sans les aides précieuses de tous les 
experts écossais qui m'ont donné de leur temps, que ce soit 
pour me rencontrer, correspondre avec moi, me renseigner 
ou encore me donner des permissions pour publier 
quelques photos. 


3 The Wallace Book, Fiona Watson, page 27, note 3 
4 Blind Harry, STS, page xv 


23 


Nous savons peu de choses sur le vrai William Wallace. 





Illustration 2 Loudoun Hill et son monument dédié à 
William Wallace. Sur les inscriptions, on peut lire «Ils ont vu le 
bras de Wallace se lever contre la tyrannie de l’envahisseur. » Photo de 
l’auteur prise en 2007. 


Les quelques informations qui ont survécu sont minces. 
Des documents se sont perdus lors de leur rapatriement de 
Londres pour revenir en Écosse, ce qui explique que l’on 
n'en sache pas beaucoup sur cette période concernant le 
point de vue écossais. Une mise en contexte permet 
néanmoins de situer l’homme dans son époque. 


24 


Les informations présentées dans ce texte se basent sur 
des lectures, mais aussi des rencontres et des échanges avec 
des spécialistes. J'ai fait de mon mieux pour rester aussi 
juste que possible. 


Plusieurs entretiens de 2009 remontent déjà à plus dix 
ans. Pour rester le plus fidèle possible, je me suis basé sur 
mes notes écrites de l’époque, mais aussi sur mes 
enregistrements vidéo, car un caméscope m'accompagnait 
pour enregistrer quelques échanges. C’est par exemple le 
cas pour mes entrevues avec Ronald Page et Campbell 
Chesterham sur le pont de Stirling, ou encore Jim Herbert à 
Berwick. 


Les noms peuvent porter à confusion, car Robert Bruce 
a son père et son grand-père qui portent le même prénom. 
Pour les différencier, «(gp)» ou «le compétiteur» feront 
référence au grand-père, «(p)» pour le père, et «(futur 
roi)» ou «le comte de Carrick » désignera le vainqueur de 
la bataille de Bannockburn en 1314. Andrew Murray père et 
fils sont dans la même situation, comme d’autres familles. 
Les mêmes parenthèses seront utilisées pour les 
différencier. Quand je ne fournirai pas de précision (p) ou 
(gp), cela signifiera que je parle du Robert Bruce qui 
deviendra roi, ou de l’Andrew Murray qui combat avec 
William Wallace. Il fallait trouver un code pour les 
reconnaitre. 


N'étant pas écrivain de formation, je vous prie de bien 


25 


vouloir m’excuser si vous pensez que certains passages 
auraient pu être mieux rédigés. 


J'ai tenu à publier ce texte afin de rendre un livre en 
français disponible pour présenter la personne de William 
Wallace, d’un point de vue de la science historique, sans 
oublier de décrire le contexte de l’époque. Un autre aspect 
qui m'a manqué dans mes lectures est aussi l'accent sur les 
interventions de la France dans le cadre de la «Vieille 
Alliance ». Aïnsi, en plus de la vie de William Wallace, vous 
trouverez les références aux interventions des Français 
pendant la période qui correspond à la vie du héros 
écossais. 


Avec mes notes, je vous emmène donc découvrir 
l'époque et la vie de William Wallace. 


26 























"Av i TH | h " 4 
Illustration 3 Entrée du château d’Édimbourg. A gauche 
Robert Bruce et à droite William Wallace. Photo de l’auteur prise 
en 2007 


27 


| 


| 


b. ; 


Er 


I 1 


PF: 


| 





Illustration 4 Statue de William Wallace à l'entrée du 
château d'Édimbourg. C’est en voyant cette statue que Randall 
Wallace aurait été inspiré pour écrire le script qui deviendra le 
film Braveheart. Photo de l’auteur prise en 2007. 


28 


Historique des relations entre 
l’Angleterre et l’Ecosse 


William Wallace a vécu à la fin du XIIème siècle et 
s'est fait exécuter en 1305. Le conflit qui nous intéresse 
implique l'Angleterre et l'Écosse. Afin de placer les 
évènements dans un contexte historique, il me semble 
nécessaire de présenter un minimum les rapports entre ces 
deux voisins, ainsi que quelques-unes des différentes 
familles qui s’engageront dans les guerres d'indépendance 
d'Écosse. Je ne mentionnerai que les évènements les plus 
marquants qui précèdent les années sur lesquelles porte ce 
livre. 


Contexte jusqu’en 1285 


Le roi David Ier accède au trône d'Écosse en 11245 Il est 
d’ailleurs le beau-frère d'Henri If, alors roi d'Angleterre. 
Une guerre civile cause une migration vers le nord au début 
des années 11207 Certaines des familles qui s'installent en 
terre d'Écosse deviendront des acteurs majeurs des guerres 
d'indépendance. Par exemple, les Bruce connaissaient 
David Ier depuis au moins vingt ans quand ils obtiennent 
les terres de la région d’Annandale autour de 1124.$ 


5 The Kingship of the Scots, p.65 

6 The Scottish Civil War, p.16 

7 The Kingship of the Scots, p.66 

8 The Kingship of the Scots, p.66 et p.78 


29 


En 1174, le roi d'Écosse William The Lion accepte de se 
joindre à une rébellion pour récupérer le territoire de la 
Northumbria.” Il se fait capturer à la bataille d’Alnwick 
avant d’être emprisonné dans la tour de Londres. De cette 
défaite découle le traité de Falaise. William The Lion se 
retrouve obligé de rendre hommage à HenriIl et ses 
héritiers pour «l'Écosse et toutes ses autres terres», ce qui 
signifie que le roi d'Angleterre devient suzerain du 
royaume d'Écosse. Cet affrontement à Alnwick 
n'appartenait pas à une guerre ouverte sur le long terme et 
c'était uniquement une opportunité «isolée » pour tenter de 
prendre possession d’un territoire au nord de l’Angleterre. 

Quand Richard Ier succède à Henri IL, il fait face à des 
problèmes de trésorerie. William The Lion en profite pour 
retirer sa soumission au nom de l'Écosse en la rachetanti? 
contre une somme d'argent. 


L'usage pour tout roi ou noble qui possède des terres 
dans l’autre royaume consiste à prêter allégeance au 
nouveau monarque de ce royaume voisin. Alexandre II, 
nouveau roi d'Écosse, rend hommage au roi d'Angleterre 
pour le territoire de la Northumbria (nord du royaume de 
l'Angleterre) en 1217, cette fois obtenu avec succès en 
combattant aux côtés des barons anglais 5 ans auparavant. 
L'année suivante (1218), il épouse Joan, la sœur du roi 
Henri IL! AlexandreIl renonce aux terres de 


9 The Kingship of the Scots, p.99 
10 The Kingship of the Scots, p.105 
11 The Kingship of the Scots, p.118 


30 


Northumbria!? dans le Traité de York de 1237, ce qui permet 
de garantir une stabilité entre les deux monarchies voisines. 
Fiona Watson explique que les monarques anglais se sont 
sentis peu intéressés par l'Écosse tant qu'il n’y avait pas de 
conflit à la frontière nord de leur royaume. 


Alexandre III accède au trône d'Écosse en 1249 et se 
marie en 1251 avec la fille d'Henri IN, Margaret d'Angleterre, 
également la sœur du futur roi Edouard Ier.t{ 

La cérémonie du couronnement d’'Edouard Plantagenêt 
a lieu en 1274 lors de son retour des Croisades.! 

Margaret meurt en 1275 après avoir donné trois enfants 
à Alexandre IIL.16 


Le roi d’Ecosse vient rendre hommage au nouveau 
monarque en 1278 pour ses terres en Angleterre : 


«Je deviens votre homme pour les terres que je 
possède dans le royaume de l’Angleterre, pour 
lesquelles je vous rends hommage, en conservant les 
droits de mon royaume. »'? 


Il est clair que le serment d’allégeance n’inclut pas 
l'Écosse et concerne d’autres territoires. 
Les relations entre ces deux voisins des îles 


12 The Kingship of the Scots, p.120-121 

13 Under the Hammer, p.7 

14 Barrows Robert Bruce, p.19-20 ; Edward I p.356 
15 Edward I, p.89 

16 Barrows Robert Bruce p.19 

17 Anglo-Scottish Relations, p.40 


31 


britanniques apparaissent toujours comme amicales.i8 Une 
lettre de 1281 montre Alexandre (le fils du roi) prendre des 
nouvelles de la santé d'Edouard Plantagenêt : 


« Alexandre, premier fils d'Alexandre roi d'Écosse, 
«consanguin » avec son oncle le roi [d’Angleterre], 
se voit ravi d’avoir de ses nouvelles sur sa santé, 
l’implore de communiquer plus régulièrement, et 
l’assure de sa bonne santé. »!° 


À la mort du jeune Alexandre (le fils du roi écossais); 
Édouard ler transmet un message de condoléances en 
envoyant un moine. Le roi d'Écosse répond par une lettre 
datée du 20 avril 1284 en lui rappelant que «la fille de sa 
nièce est l’héritière manifeste de l'Écosse ».2 


Les deux fils d'Alexandre III, David et Alexandre, 
meurent respectivement en 1281 et 1284. Il ne reste plus que 
sa fille Margaret comme héritière. En août 1281, elle est 
emmenée en Norvège pour épouser le roi Eric. Elle donne 
naissance à une fille du même prénom (Margaret) puis 
décède en 128321 La seule descendance du roi d'Écosse 
devient donc sa petite-fille. 

En 1284, les nobles écossais les plus puissants acceptent 
de reconnaitre Margaret comme la future souveraine du 
royaume? Les signataires incluent les Comte de Buchan 


18 Edward I, p.357 

19 CDS vol.2, doc. 204 

20 The Kingship of the Scots, p.171 
21 Edward I, p.358 

22 Under the Hammer, p.9 


32 


(Alexandre Comyn), de Carrick (Robert Bruce [le grand- 
père]), de l’Annandale (Robert Bruce [le père]), James the 
Stewart, John Balliol (qui fait alors sa première apparition 
en politique écossaise) et John Comyn.* 


Alexandre III se remarie le 14 octobre 1285 avec la fille 
du Comte de Dreux, Yolande, une Française? 


Jusqu'en 1285, on peut donc noter une proximité entre 
les familles royales de l'Écosse et de l’Angleterre. Les 
désaccords tournaient principalement autour du territoire 
de Northumbria. 


Présentation de quelques familles écossaises 


Avant d'aller plus loin, voici quelques lignes sur les 
différents acteurs de la guerre d'indépendance d'Écosse. Je 
trouvais dommage de ne pas inclure d'informations sur les 
origines des divers participants au conflit qui va suivre. 


Comme nous venons de le voir, Alexandre III est le 
beau-frère d'Édouard ler grâce au mariage de 1251 avec sa 
sœur Margaret. Auparavant, ces royaumes voisins avaient 
conservé des liens de parenté grâce à différentes fiançailles, 
par exemple entre Alexandre Il et Joan, la sœur du roi 
Henri III. 


23 The Balliol Dynasty, p.90 
24 Barrows Robert Bruce, p.19 ; Nicholson p.28; The Kingship of the Scots 
p.171 


33 


La famille Baïlliol (ou «Bailleul ») est originaire de 
Picardie, en France. Les Balliol possèdent des terres en 
Galloway. John Balliol (ou «Jean de Bailleul») épouse 
Isabella de Warenne autour du 9 février 1281.% Il devient 
donc le gendre du Compte de Surrey qu'il combattra en 
1296. Isabella de Warenne est aussi la cousine d’Édouard 
ler. 

Sa sœur Eleanore (ou « Éléonore ») se marie avec John 
Comyn. Les Bailleul possèdent donc également un lien de 
parenté avec la puissante famille écossaise des Comyn.7 

La proximité entre la famille royale anglaise et les 
Bailleul fait que le fils de Jean de Bailleul prend le prénom 
du monarque anglais et s'appelle donc Edward Balliol. 
Edouard ler devient d’ailleurs son parrain.?8 


La famille Bruce (ou «Brus») vient de Bruis, 
maintenant Brix, en Normandie. Le roi David Ier leur 
octroie les terres d’Annandale autour de 1124. Elles se 
trouvent à la frontière de l'Angleterre et de la Galloway. Ils 
prennent possession de la région de Carrick après 1272. 
Parmi les premiers Bruce qui se sont installés en Écosse, 
l’un d’entre eux a même combattu le roi David Ier en 1138 
afin de repousser une invasion écossaise au nord de 
l’Angleterre.? 

Le grand-père de Robert Bruce a participé aux 


25 The Balliol Dynasty, p.88 ; Under the Hammer p.26 

26 The Balliol Dynasty, p.86 

27 Under The Hammer, p.43 ; Barrows Robert Bruce p.66 ; The Balliol Dynasty 
p-90 

28 The Balliol Dynasty, p.87 

29 Barrows Robert Bruce, p.28 ; The Balliol Dynasty p.28 


34 


Croisades des années 1270 avec Édouard Ier. 
Le futur roi Robert Bruce naît le 11 juillet 1274.50 


William Cumin (Comyn) fait partie de la chancellerie 
d'Henri I [Angleterre] autour de 1121, puis devient 
chancelier de l'Écosse environ en 1136.51 En restant proche 
du roi, la famille devient très puissante au XIITème siècle. 
Par exemple, Walter Comyn est comte de Menteith (1234- 
1258), et Alexander Comyn comte de Buchan (1234-1258). 

Pour le Traité de York en 1237, c'est d’ailleurs Walter 
Comyn qui prête serment au nom de l'Écosse afin de 
renoncer aux terres de Northumbria® Notons cette 
proximité avec la couronne. 


Walter I Stewart entre au service du roi David Ier en 
1136 et apparaît comme témoin de la charte de l’abbaye de 
Melrose. Il reçoit les terres de l’île de Bute, la région à 
l’ouest de Glasgow qui inclut Paisley et Renfrew, une partie 
de Kyle (est de l’Ayrshire) et Innerwick (autour de Dunbar) 
à l’est d’Édimbourg. Des familles originaires du Pays de 
Galles viennent s'installer sur ses terres et portent le nom 
de Wallace, Waleys, Galoys, Gallois ou autre variante en 
référence à leur provenance.5{ 


La date de naissance de William Wallace n’est pas 


30 Barrows Robert Bruce, p.35 

31 The Comyns, p.15 

32 The Comyns, p.28 

33 The Comyns, p.37 

34 Kingdom of the Scots (de Barrow), p.312-313 


35 


connue. Blind Harry propose Ellerslie comme lieu de sa 
naissance. De là découle un débat pour savoir si ce nom fait 
référence à un domaine du Ayrshire ou plutôt au 
Renfrewshire. Les adeptes du poète finissent par accepter 
qu'il s'agisse de la ville Elderslie, où l’on peut trouver 
aujourd’hui un monument en sa mémoire. 

Comme évoqué quelques lignes plus haut, le nom 
Wallace, Wallensis, Waleys.. signifie qu'il a des origines 
Galloises. Henri Le Ménestrel affirme que le père de 
William Wallace s'appelle Malcolm Wallace. Une lettre 
authentique rédigée en 1297 par le héros écossais, retrouvée 
en Allemagne au début du XIXème siècle, porte un sceau 
avec l'inscription «William, fils d'Alan Wallace». Nous 
savons donc qu'il est le fils d’Alan Wallace, peut-être le 
tenancier du roi dans la région de l’Ayrshire, et non de 
Malcolm. Le document du Ragman Roll en 12% contient 
plusieurs signataires pour la région de l’Ayrshire, dont un 
Alan Wallace et un certain Robert  Boyde. 
Malheureusement, nous ne savons pas si cet Alan est bien 
le père de William Wallace. Il peut s’agir d’un homonyme. 


« Aleyn Waleys, Robert Boyt (...), tenanciers du Roi 
du comté d’Ayr. »° 


Fiona Watson fait remarquer que l’Alan Wallace qui 
signe le Ragman Roll en 1296 tient ses terres directement de 
la couronne, et non de la famille Stewart. Elle indique 
également qu'il ne semble avoir aucun lien avec les autres 
Wallace vassaux des Stewart dans le Renfrewshire et 


35 CDS vol.2, p.202 


36 


l’Ayrshire.% 

Cette historienne note aussi que les Wallace acquièrent 
la propriété à Elderslie en 1390 et qu'il n’y a pas de trace 
d'eux [dans cette localité] avant.” Il y a donc peu de 
chances pour que William Wallace y soit né à la fin du 
XIIème siècle. 


Nous connaissons deux frères. Malcolm, plus âgé, suit 
Robert Bruce (le futur roi). Il intervient notamment en 1299, 
lors d’une discussion pour confisquer les terres de son frère 
William Wallace qui partait en mission diplomatique à 
l'étranger. 

John, vraisemblablement le plus jeune des trois frères, 
apparaît dans un document de 1304 lorsqu'il escorte des 
Anglais avec l’aide d’un certain Robert Boyde. Il connaîtra 
le même sort que William et sera lui aussi exécuté à 
Londres. Les documents d'époque ne disent pas qui était 
cet Alan, père de William Wallace. Néanmoins, si c’est bien 
le signataire du Ragman Roll, la présence de Robert Boyde 
comme autre nom dans le même document, pour la même 
région et plus tard en compagnie de John Wallace, nous 
fournit peut-être un autre élément en faveur de l’Ayrshire 
comme origine du héros écossais. John Wallace et Robert 
Boyde, deux amis qui se connaissaient déjà bien avant 1304 
s'ils étaient voisins. 


36 Watson Ayrshire Report, p.4 
37 Watson Ayrshire Report p.6 et p.28 
38 Watson Ayrshire Report, p.5 ; CDS vol.2, p.443; Lanercost p.182 


37 





Premières tensions 


Mort du roi et problèmes de succession 


Alexandre III réside au manoir de Kinghorn, de l’autre 
côté de l'estuaire du Forth, quand il décide de se rendre à 
Édimbourg. Un banquet et un conseil ont lieu au château 
avec plusieurs seigneurs, en compagnie du monarque, 
l'après-midi du 18 mars 1286. Quand ces cérémonies se 
terminent, le temps est orageux dehors. Le roi tient à 
rejoindre son épouse à Kinghorn. L'homme du ferry 
(Queensferry) lui demande de rebrousser chemin car la 
route reste trop dangereuse mais Alexandre III ne veut rien 
entendre. Il débarque sur l’autre rive à Inverkeithing. Deux 
hommes l’attendent pour l’escorter. Le lendemain matin, 
son corps sans vie est au bord de l’eau, au milieu des 
rochers au pied d’une falaise, le cou brisé. Personne ne sait 
comment cela est arrivé. Le 19 mars 1296 marque la mort 
du roi d'Écosse à l’âge de 44 ans.% Son enterrement a lieu le 
29 mars à Dunfermline“. Fordun note dans sa chronique : 


«La même année, le 19 mars, Alexandre qui laisse 
de bons souvenirs derrière lui, cet illustre roi 
d'Écosse, meurt à Kinghorn et est enterré à 
Dunfermline. »“! 


Le pouvoir se transmet de père en fils. Or, il n’a que 


39 Barrows Robert Bruce, p.3-4; Mackay, p.33-34 ; The Balliol dynasty, p.90 
40 The Kingship of the Scots, p.175 
41 Fordun, p.304 


38 


Margaret, sa petite-fille, comme descendance. Ses deux fils 
avaient trouvé la mort en 1281 et 1284. Elle se trouve bien 
trop jeune pour régner (trois ans plus tard, en 1289, elle n’a 
que 6 ans*). Notons que Margaret, surnommée « Maid of 
Norway » (jeune-fille — ou demoiselle — de Norvège), se trouve 
toujours en Norvège au moment de la mort de son grand- 
père. 


Le mois de mars est également marqué par la 
possibilité que la reine Yolande attende un enfant. C’est en 
tout cas le bruit qui circule. Si elle donnait naissance à un 
garçon, alors il pourrait devenir l'héritier. # 


Une assemblée se tient à Scone en avril 1286. Les 
sources proposent deux dates différentes. Gesta Annalia 
donne le 2 avril“, tout comme Fordun dans sa chronique“. 
Bower (Scotichronicon vol.6), Wyntoun et la chronique de 
Schayen“ mentionent le 28 avril. Tous ces écrivains parlent 
bien du même évènement. 

Traditionnellement, six «Guardians» (Gouverneurs) 
assurent la régence (ou l'intérim) du royaume d'Écosse en 
l'absence de monarque : deux comtes, deux évêques et deux 
barons. L'égalité veut qu'il y en ait trois pour le nord (les 
Highlands) et trois pour le sud (les Lowlands). La limite 
entre ces deux parties du territoire est marquée par la 


42 Barrows Robert Bruce, p.36 

43 The Kingship of the Scots, p.178; Barrows Robert Bruce, p.20,22,26 
44 The Kingship of the Scots, p.175; BoB Sept. 2011 

45 Fordun, p.305 

46 BoB Sept. 2011 


39 


rivière Forth qui entre par l'estuaire d’Édimbourg et passe 
notamment par Stirling. 


Les six « Guardians » sont 


«William Fraser, évêque de Saint Andrews — 
Duncan, comte de Fife — John Comyn, comte de 
Buchan, désignés pour le nord de la rivière forth ; et 
Robert [Wishart], évêque de Glasgow — le seigneur 
John Comyn — et James, steward de l'Écosse, 
nommés pour le sud des eaux de la Forth. »*? 


Les recherches et découvertes récentes ont montré que 
la date du 28 avril pouvait être retenue, mais surtout aussi 
l'ajout d’un septième membre, l’évêque de Dunkeld. Une 
question se pose car ce dernier n'apparaît pas dans la liste 
des «Guardians» dans un document du 25 septembre. 
L’explication retenue par le Professeur Dauvit Broun est 
que ce dernier membre serait décédé entre avril et 
septembre 1286. Sa dernière apparition enregistrée date du 
18 mai 1285. 

Les «Guardians» constituent la «communauté du 
royaume » (community of the realm“). 

Michael Prestwich indique qu'Édouard ler ne se serait 
pas senti concerné par les affaires en Écosse à ce moment- 
là.5° Fiona Watson semble d'accord avec cette idée et note 
qu'aborder ce dernier pour l'informer des derniers 


47 Fordun p.305 

48 BoB Sept. 2011 

49 Barrows Robert Bruce, p.23 
50 Edward I, p.359 


40 


évènements était purement conventionnel.5! 


Au début des délibérations, Robert Bruce (gp) conteste 
la légitimité du royaume à toute héritière de sexe féminin et 
semble revendiquer sa propre légitimité pour prendre la 
couronne. Jean de Bailleul arrive après un ajournement et 
revendique également ses droits.®? Bower parle même d’un 
débat féroce. L'évêque Robert Wishart de Glasgow et les 
Stewart soutiennent Bruce (gp). 

Ce parlement a pour but de prêter serment à la reine 
Margaret, fille du roi de Norvège, de veiller au bon 
maintien du royaume, et surtout de préserver la paix, 
dernier point apparemment lié à la dispute qui a éclaté. 5 


La rumeur court toujours que la reine Yolande serait 
enceinte. Cette possibilité complique la situation car les 
nobles ne savent s'ils doivent se tourner vers la petite-fille 
Margaret, actuellement à l'étranger, ou attendre un héritier 
de la part de la dernière épouse du roi défunt. Sans 
connaître l'aboutissement de la prétendue grossesse, il est 
difficile de trancher sur la succession du pouvoir. Aucune 
décision ne peut être prise. Il est d’ailleurs probable que 
les nobles écossais ne savaient pas comment réagir. 


Devant ces incertitudes, une délégation est envoyée à 


51 Under The Hammer, p.10 

52 Nicholson, p.28 

53 Barrows Robert Bruce, p.22 

54 Barrows Robert Bruce, p.20 

55 The Kingship of the Scots, p.175; Nicholson, p.28 
56 Nicholson, p.28 


41 


Édouard ler afin de lui demander son bon conseil pour 
traiter au mieux la situation. Malheureusement, le 
monarque voisin part pour la France juste avant de pouvoir 
être consulté. Effectivement, ce dernier quitte l'Angleterre 
le 13 mai pour aller rendre hommage au nouveau roi de 
France Philippe le Bel. Philippe III était décédé en 1283.57 

Un deuxième comité part le 7 août, ce qui semble 
indiquer que Yolande était toujours considérée comme 
possiblement enceinte. William Fraser, évêque de Saint 
Andrews, William Comyn, évêque de Brechin, et le 
seigneur Geoffrey de Mowbray, beau-frère de John partent 
pour les Saintes afin de retrouver le roi d'Angleterre. En 
plus d’un avis éclairé, ils cherchent une protection pour le 
royaume. Il semblerait que d’autres émissaires soient partis 
aborder d’autres personnalités importantes. Édouard ler 
aurait peut-être demandé à être reconnu comme suzerain 
de l'Écosse. Amanda Beam (auteur du livre The Balliol 
Dynasty) souligne que cette démarche montre que les 
Écossais faisaient confiance à leur voisin, beau-frère 
d'Alexandre IT, et qu'ils n'avaient pas de raison de se 
méfier.” 


Les «Guardians» se réunissent le 25 novembre 1286, 
jour de Sainte Catherine, afin d'assister à la naissance de 
l'enfant de la reine Yolande. La conclusion est que « rien ne 
se soit produit». Aucun accouchement n'aurait eu lieu. 
Ensuite, il n’y a plus de mention de Yolande dans les 


57 Nicholson, p.28 ; Edward I, p.323 et 376; MacKay, p.32 
58 Nicholson, p.29, Edward I, p.359; The Kingship of the Scots, p.177 
59 The Balliol Dynasty, p.95 


42 


négociations futures. Il n’y avait probablement aucune 
grossesse. C’est la fin de la parenthèse d’un possible héritier 
venant de la dernière épouse du roi défunt.s° 


Durant le mois de Septembre 1286, Robert Bruce (gp) et 
Robert Bruce (p) soulèvent une armée. Ils prennent 
possession des châteaux de Dumfries, Wigtown et Buittle 
(celui-ci appartient à la famille de John Balliol) en 
Galloway, région du sud-ouest de l'Écosse. Cette révolte 
consiste à contester la descendance de Margaret, petite-fille 
d'Alexandre IL, ainsi qu’à s'affirmer face à John Balliol 
comme prétendant légitime au trône. Le Guardian James 
Stewart rejoint cette insurrection. 

Le 20 septembre 1286, les nobles impliqués concluent 
une alliance, connue sous le nom de «Turnberry bond», 
« Turnberry band» ou encore «accords de Turnberry ». Elle 
consiste à revendiquer et appuyer la légitimité de la famille 
Bruce au trône d'Écosse. Les signataires reconnaissent 
également l'autorité et la supériorité d’Édouard ler. Il faut 
quand même noter que le futur roi Robert Bruce ne semble 
pas y avoir participé, uniquement son père et son grand- 
père. 

Les Guardians craignent une guerre civile ouverte. Des 
gardes supplémentaires sont postés devant le château 
d'Édimbourg. Pendant l'hiver 1286-1287, une armée est 
levée par les Gouverneurs du royaume. La révolte prend 
fin début 1287.61 


60 The Kingship of the Scots, p.178 
61 Nicholson, p.28-29 ; Barrows Robert Bruce, p.24; The Balliol Dynasty, 
p.91; The Kingship of the Scots, p.178 


43 


Aucun évènement n’est consigné jusqu’en 1289. Le 
1% mai 1289, une ambassade du roi de Norvège est désignée 
à Bergen pour approcher Édouard ler. L'objectif est de 
protéger les intérêts de Margaret puis de discuter de son 
mariage. 

À la demande du roi Angleterre, une délégation 
représentant l'Écosse se joint aux négociations. Elle est 
composée de l’évêque de Saint Andrews, John Comyn et 
Robert Bruce (gp). 

Le Traité de Salisbury du 6 novembre 1289 conclut que 
(1) la « demoiselle de Norvège » débarquera par bateau soit en 
Écosse soit en Angleterre au plus tard le 1% novembre 1290, 
(2) qu'elle restera sous la garde de son grand-oncle 
(Édouard Ier) et (3) qu’elle ne rentrera en Écosse, libre de 
tout engagement matrimonial, qu’une fois que la paix du 
royaume sera assurée. Les discussions marquent également 
le début de négociations ayant pour but d’arranger le 
mariage de Margaret, qui n’a que 6 ans, avec le jeune 
Edward de Caernarvon âgé de 5 ans, le futur Édouard IL. 

Avant la conclusion de ce traité, c’est-à-dire au 
préalable qu’un accord ait été trouvé, le roi d'Angleterre 
avait obtenu une bulle du pape afin de rendre possible le 
mariage de son fils héritier avec Margaret. Apparemment, il 
avait déjà des projets pour que le royaume d'Écosse 
revienne au futur Édouard II.® 


En 1289, le nombre de Guardians passe de six à quatre 


62 The Kingship of the Scots, p.179 et p.183; Nicholson, p.29-30; Barrows 
Robert Bruce, p.36 
63 The Kingship of the Scots, p.182-183 


44 


en raison de deux décès. Duncan, comte de Fife, devient 
victime d’une embuscade tendue par les hommes de sa 
communauté à Pitpullox, près de Brechin. Le comte de 
Buchan, lui, succombe à une mort naturelle. Ils ne sont pas 
remplacés.64 


Le 28 janvier 1290, la mère de Jean de Bailleul décède. 
Étant le seul héritier, les terres de Galloway, Morville et 
Huntingdon lui reviennent. Il est alors âgé de 41 ans.’ 


Un grand nombre de nobles, pas moins de 
106 signataires, se réunit à Birgham le 14 mars 1290 pour 
ratifier le traité de Salisbury. La composition de l'assemblée 
aurait été de «douze évêques, dix comtes, trente-quatre chefs 
religieux et cinquante barons». De plus, des rumeurs se 
répandent au sujet d’un arrangement conclu avec le pape 
autour d’un possible mariage entre Margaret et Edward de 
Caernarvon. 

En raison de cette éventualité (le mariage), les 
Guardians et 102 autres personnes décident de contacter 
Édouard ler afin de vérifier l'information. Il est même 
question d'envoyer une délégation à la prochaine session 
de parlement, c'est-à-dire à Pâques, afin d'obtenir des 
garanties sur le royaume d'Écosse. 

Au même moment, les Guardians écrivent également au 
roi Eric II de Norvège afin de signifier leur acceptation d’un 
mariage avec le fils du roi. Ils demandent à ce que Margaret 


64 Barrows Robert Bruce, p.35-36 ; Nicholson, p.29 
65 The Balliol Dynasty, p.94-95 


45 


rejoigne directement l’Angleterre.ff 


Édouard ler demande à Anthony Bek de recevoir les 
émissaires le 10 avril 1290. Le 17 avril, il écrit au roi Eric II 
afin de lui demander de faire venir Margaret directement 
en Angleterre. Il semble évident qu'il souhaite assurer ses 
arrières pour ajouter l'Écosse à son royaume grâce au 
mariage. Le monarque prend possession de l’île de Man le 
4 juin 1290, alors territoire de l'Écosse. Les espoirs de la 
famille Bruce pour s'emparer du trône sont alors anéantis.f 


Le 12 juillet 1290, les deux voisins se réunissent à 
Birgham afin de trouver un accord concernant le mariage 
de Margaret. Les Écossais souhaitent aussi préserver les 
intérêts de leur royaume, notamment les usages, les droits 
et les libertés de leur territoire. C’est Anthony Bek qui mène 
les négociations pour le roi anglais. La demande est 
formulée pour que l'Écosse reste « indépendante, autonome et 
libre de toute soumission au Royaume d'Angleterre. » 
Édouard ler confirme le Traité de Birgham le 28 août 1290 et 
accepte la séparation des deux royaumes. Il reste quand 
même évident qu’une fois au pouvoir Edward 
de Caernarvon gouvernerait l'Écosse (marié à Margaret).5 
En contrepartie, il aurait été demandé à ce que les châteaux 
en Écosse soient placés sous la responsabilité du monarque 


66 Nicholson, p.31 ; The Kingship of the Scots, p.183 

67 The Kingship of the Scots, p.184-185; Nicholson, p.33; Barrows Robert 
Bruce, p.38 

68 Barrows Robert Bruce, p.36 ; Nicholson, p.33 ; The Kingship of the Scots, 
p.190 


46 


anglais. Cette dernière requête ne semble pas avoir été 
accordée puisque l’évêque Robert Wishart de Glasgow part 
pour Northampton afin de contester ce point. Margaret est 
envoyée à Orkney, île écossaise. Elle décède le 26 septembre 
1290 en arrivant à destination. Son corps doit être rapatrié 
en Norvège pour l’enterrer. Le 7 octobre 1290, l’évêque 
Fraser écrit aux représentants d'Édouard ler afin de les 
informer de la nouvelle. Le monarque répond avec un 
message de condoléances. 


Le problème de la succession d'Alexandre III n’est pas 
réglé. Toutes ces discussions auront néanmoins permis au 
roi d'Angleterre de tourner son attention vers le nord. 
Maintenant que le mariage ne peut plus se réaliser, il va 
falloir trouver une autre solution afin de désigner le 
prochain monarque qui occupera le trône d'Écosse. 


Les délibérations de Norham et la « Grande 
Cause » 


L’historien Michael Prestwich aborde cette période 
avec les mots suivants : « Pour les Anglais, la situation était 
évidemment claire et nette au début des années 1290. L'Écosse 
était un royaume sur lequel Édouard ler possédait le droit de 
suzerain» [ascendance]. Il semblerait même que le roi 
d'Angleterre ait déclaré lors d’une assemblée en 1291 qu'il 


69 The Kingship of the Scots, p.194-196, p.199; The Balliol Dynasty, p.96; 
Michael Brown, p.165; Barows Robert Bruce, p.39 


47 


avait l'intention de ramener l'Écosse sous son contrôle. 


Note : le but de la section « Les délibérations de Norham et 
la Grande Cause » n’est pas de détailler les revendications de 
chaque prétendant mais de fournir une présentation 
générale des évènements qui se sont déroulés jusqu’en 
novembre 1292. 


Fin 1290 ou début 1291, Bruce (gp) et ses partisans 
rédigent un document maintenant connu sous le nom de 
l'appel des sept comtes (« appeal of the seven earls ») : 


«(...) Par ce document, je fais appel au seigneur 
Édouard, illustre roi d'Angleterre par la grâce de 
Dieu, et à l’aide de la couronne d’Angleterre face à 
William, évêque de Saint Andrews, John Comyn, la 
partie des membres de la communauté du royaume 
[les Gardians| qui vous soutient, et John Balliol. 
(...) Robert Bruce (gp), comte d’Annandale, en tant 
qu'héritier véritable et légitime au trône du royaume 
d'Écosse, a soumis une réclamation concernant le 
droit qu’il possède sur le royaume d'Écosse (...) »° 


Une autre partie du texte fait allusion à John Balliol et 
ses soutiens. Ce texte rend la situation sans équivoque. 
Deux groupes s'opposent afin d'accéder au trône. La 
famille Bruce voit toujours John Balliol comme son 
opposant principal et avait déjà effectué une démonstration 
de force en 1286 après la mort d'Alexandre III. 


70 Colonial Scotland, p.6 ; Edward I, p.336 
71 Anglo-Scottish Relations, p.44-50 


48 


Aussi bien Jean de Bailleul que les Bruce possèdent des 
terres en Angleterre. Ceci les rend vulnérables car, s'ils 
fâchent le monarque qui règne sur le royaume voisin, ils 
pourraient se voir confisquer leurs terres. Ce ne sont 
d’ailleurs pas les seuls Écossais à avoir des propriétés des 
deux côtés de la frontière. Beaucoup de familles sont dans 
cette situation.7? 


Norham se trouve tout au nord de l'Angleterre, au sud 
de la rivière Tweed. Le fleuve marque aussi la séparation 
entre l'Écosse et l'Angleterre. 

En avril 1291, plusieurs barons et dames d'Écosse sont 
sommés de rencontrer Édouard ler ou ses représentants à 
Norham le 3 juin. Cette convocation marque le début du 
«process of Norham» que je traduis par délibérations de 
Norham. 

À cet effet, des sauf-conduits partent le 4 mai 1291 chez 
les différents nobles et évêques Écossais.{ 


Dans Under the Hammer, Fiona Watson explique la 
différence entre les notions d'arbitrage et de jugement. 
L’arbitrage signifie que la personne ou puissance consultée 
reste neutre. Le jugement implique un pouvoir et une 
supériorité. La terminologie devient donc très importante 
puisque les Écossais souhaitent préserver l'indépendance 


72 Edward I, p.357 

73 The Balliol Dynasty, p.102 

74 Docs Ill. Vol.1, p.227, doc. 137 
75 Under the Hammer, p.12 


49 


de leur royaume. 

Dans les sommations, Édouard s'était engagé à agir « ni 
en tant que suzerain ni juge, mais comme arbitre amical et voisin 
distingué ».76 

Le 6 mai, Édouard ler réunit un parlement à Norham. 
Les Écossais ne traversent pas la rivière Tweed car ils 
préfèrent rester sur leur territoire. Robert Wishart de 
Glasgow les représente. Roger Brabazon parle au nom de 
l'Angleterre. Deux conditions sont posées, d’abord accepter 
la supériorité du roi Édouard ler sur l'Écosse, et que le 
procédé ne soit pas une simple décision pour délibérer 
entre les deux principaux prétendants John Balliol et Robert 
Bruce (8p).77 

Ce n'est pas tout. Le discours dit également que, si les 
Écossais refusent la suzeraineté, alors ils doivent se justifier 
ou se défendre face à une attaque militaire. Le roi avait 
convoqué une armée le 16 avril 1291 pour qu'elle se rende à 
Norham le 3 juin.’ 


La délégation Écossaise commence par demander des 
justifications concernant la suzeraineté du roi d'Angleterre 
sur l'Écosse. Ils expliquent aussi que seul un roi en poste 
sur le trône pourrait répondre à une telle demande, 
insinuant qu'ils n’ont pas l'autorité suffisante pour en 
discuter.” 


76 The Kingship of the Scots, p.207 

77 Under the Hammer, p.11 ; Edward I, p.364 

78 The Kingship of the Scots, p.216; Parl. Writ., p.15 et p.256 
79 Barrows Robert Bruce, p.42-43 


50 


La supériorité d'Édouard ler est acceptée par les 
prétendants au trône le 3 juin, mais pas au nom de l'Écosse 
toute entière, uniquement au nom des personnes présentes. 
Le 5 juin, le roi d'Angleterre commence par enregistrer les 
serments. Robert Bruce (gp) devient le premier à accepter 
formellement Édouard Ier comme souverain de l'Écosse. 

John Balliol arrive en dernier, le lendemain (6 juin). Il 
demande s’il est possible qu'Édouard agisse en tant 
qu'arbitre et sans reconnaissance de suzeraineté. Mais, si 
John Balliol refuse les conditions posées par la couronne 
d'Angleterre, il ne pourra pas présenter sa revendication au 
trône. Il finit par prêter serment. 

Le 12 juin, la délégation écossaise traverse finalement la 
rivière Tweed pour se rendre à Norham. Édouard obtient la 
saisie du royaume d'Écosse et les forteresses lui sont 
également confiées. Le roi d'Angleterre devient alors juge, 
et non arbitre.f0 


La période du 3 août 1291 au 17 novembre 1292 porte le 
nom de «Great Cause», ou la « Grande Cause». C'est la 
période pendant laquelle chaque prétendant au trône 
d'Écosse présente ses revendications. 


Il y a quatorze prétendants. La liste inclut Robert Bruce 
(gp), alors surnommé «the competitor » (le compétiteur), et 
Jean de Bailleul. 

Parmi ses soutiens, Robert Bruce compte par exemple 
l'évêque de Glasgow (Robert Wishart), James Stewart et Sir 


80 Under the Hammer, p.11-14 ; The Balliol Dynasty, p.104 ; Barrows Robert 
Bruce, p.44 


51 


John de Soulis. 

John Balliol a de son côté John Comyn, l’évêque de 
Saint Andrews, Sir Simon Fraser (d’Édimbourg), et d’autres 
bien entendu. 

Le compétiteur (gp), retire sa candidature au trône le 
7 novembre [1292].5 

Les délibérations se terminent en novembre 1292 quand 
le roi Édouard ler statue le 17 du mois que John Balliol 
devient l’héritier légitime au trône d'Écosse. 

Le 20 novembre, le nouveau roi rend hommage à 
Édouard ler en le reconnaissant comme «seigneur 
supérieur », et donc suzerain, de l'Écosse.82 

Le 30 novembre, comme le veut la tradition écossaise, 
le couronnement se fait à Scone sur la Pierre de la Destinée. 


Le 26 décembre 1292, John Balliol doit se rendre à 
Newcastle à la demande du roi d'Angleterre afin de lui 
prêter allégeance une seconde fois.f 


«Mon seigneur, Seigneur Édouard, seigneur 
supérieur du royaume d'Écosse, moi, John Balliol, 
roi des Écossais, devient votre homme pour tout le 
royaume d'Écosse (..…) »°* 


Fordun rédige les lignes suivantes dans sa chronique : 


81 Barrows Robert Bruce, p.63 

82 Under The Hammer, p.16-17 ; The Balliol Dynasty, p.112; Barrows Robert 
Bruce, p.52; Barron, p.108-109. 

83 The Balliol Dynasty, p.114 

84 Anglo-Scottish Relations, p.63 


52 


«Le dernier jour de Novembre 1292, John Balliol est 
fait roi à Scone ; et a été placé sur le trône, comme le 
veut la coutume, selon les usages. La même année, le 
26°" jour du mois de décembre, bien que contre la 
volonté des premiers hommes du royaume, de 
beaucoup sauf quelques-uns, ce John rend hommage 
à Édouard ler, roi d'Angleterre, pour le royaume 
d'Écosse, comme il l’avait précédemment promis, 
devenant son serviteur à jamais. »° 


Il aura donc fallu un peu plus de 6 ans, entre mars 1286 
et novembre 1292, pour trouver un successeur au roi 
Alexandre III. 


Du côté de la famille Bruce, Robert Bruce (p) renonce 
au comté de Carrick le 9 novembre 1292. Le futur roi hérite 
donc du titre de comte de Carrick. Le père devient le 
seigneur d’Annandale.5f 


85 Fordun, p.315 
86 Barrows Robert Bruce, p.63-64 et p.86 


53 


John Balliol (ou «Jean de 
Bailleul») 


En 1292, l'Écosse est officiellement tombée sous 
l'autorité de l'Angleterre. En tout cas, c’est la déclaration 
qui a été faite le 26 décembre. Tous les prétendants avaient 
accepté la suzeraineté d’Édouard Ier à Norham. 


John Balliol renonce au Traité de Birgham en janvier 
1293 et place le royaume d’Écosse sous le pouvoir du roi 
d’Angleterre.f7 


Les différentes fonctions principales du royaume 
d'Écosse sont le « chamberlain », en charge des finances, le 
« chancelier », généralement un homme du clergé qui 
s'occupe des écrits officiels et de la conservation du sceau, 
et le «connétable» («constable » en anglais) qui lui traite 
principalement de ce qui touche à l’armée. Le «justiciar » 
siège en tant qu'officier judiciaire au nom de la couronne.ff 


Amanda Beam note que John Balliol ne possède pas les 
traits d’un roi, car il n’est ni chevalier ni guerrier, mais 
simplement issu du clergé.® En somme, c’est un homme 
d'Église. 


Le régime de John Balliol contient plusieurs membres 


87 The Balliol Dynasty, p. 162 ; Under the Hammer, p. 19 
88 Barrows Robert Bruce, p.12 
89 The Balliol Dynasty, p.119 


54 


de la faction des Comyns. On trouve notamment John 
Comyn, comte de Buchan et seigneur de Badenoch. John 
Comyn apparaissait déjà comme connétable en 1289. Le 
cousin du roi, Alexandre Balliol, occupait les fonctions de 
chamberlain depuis 1286 et les conserve. Les conseillers du 
roi sont essentiellement des hommes des Comyns. Le poste 
de «justiciar » de Scotia, région au nord de la rivière Forth 
(une partie des Highlands), revient à Andrew Murray, dont 
le fils qui porte le même prénom deviendra le compagnon 
de William Wallace. 

Le régime reste principalement composé de personnes 
ayant appuyé John Balliol. L'exception est James Stewart, 
supporter de Bruce et ancien Guardian, qui devient 
gouverneur du Kintyre.°”° 


Sommations du roi d'Angleterre 


Duncan, comte de Fife, est tué en 1289. Son frère 
souhaite récupérer les terres de Creich et Rires. Pour tenter 
d'obtenir satisfaction, il demande l'intervention du roi 
d'Angleterre. En plus de devoir se présenter devant la cour 
du roi le 8 mai 1293 pour l'affaire Mazun, John Balliol doit 
retourner à Londres le 24mai afin de fournir des 
explications sur ce qui a été fait pour le cas Macduff.° 

En janvier 1293, le roi d'Écosse refuse de se déplacer au 
parlement de Westminster pour Pâques [1293]. Il s'oppose 
également à envoyer des représentants. Bien que sujet du 
roi, John Balliol semblait trouver « intolérable » de devoir se 


90 The Balliol Dynasty, pp. 120-124 
91 Barrows Robert Bruce, p.77 ; The Balliol Dynasty, p. 134 


55 


présenter devant un parlement en Angleterre.” 

Le roi d'Écosse finit par se déplacer au parlement 
anglais à Michaelmas [29 septembre 1293]. Édouard ler 
refuse d'entendre ses représentants et demande à John 
Balliol de parler directement, sans intermédiaire.” 


«Le roi d'Écosse répète qu’il ne peut pas et ne doit 
pas répondre des affaires qui concernent son 
royaume sans avoir consulté les hommes d’Écosse 
au préalable. »°* 


Amanda Beam suggère que cette démarche découlerait 
de conseils que John Balliol aurait obtenus des Comyns. Un 
ajournement est donc demandé. Il obtient un délai jusqu’en 
juin 1294. En raison de préparations militaires pour se 
battre contre la France, la date est ensuite repoussée à mai 
12957 


Préparation de guerre contre la France et 
« Vieille Alliance » 


La chronique de Lanercost raconte 


«Le roi Édouard a été sommé de se présenter devant 
les Français. (...); mais, à la réception des lettres, 
ses amis privés l’avertissent de prendre garde de ne 
pas se retrouver prisonnier en traversant la Manche. 


92 The Balliol Dynasty, p. 135 

93 Barrows Robert Bruce, p.78, The Balliol Dynasty, p. 135 
94 Anglo-Scottish Relations, p. 65 

95 The Balliol Dynasty, p. 136 


56 


Il abandonna ses intentions de déplacement. Le 
27 mai [1294], il est dépourvu de ses terres en 
France. »°° 


Une dispute éclate en juin 1294 entre Philippe le Bel et 
Édouard Ier sur les conditions pour que la Gascogne 
continue de rester un fief du royaume de France. Des 
préparations commencent en Angleterre en vue d’un conflit 
militaire contre la France.” 

Le 19 mai 1294, Philippe le Bel confisque le duché 
d'Aquitaine à Édouard Ier. Le 24 juin, le roi d'Angleterre 
renonce à son hommage de duc auprès du roi de France.” 


Sous prétexte que le roi de France aurait tenté de 
confisquer la Gascogne au roi d'Angleterre, des injonctions 
partent pour rassembler une armée à Portsmouth le 
1 septembre. Une lettre datée du 25 juin [1294] est envoyée 
à John Balliol, roi d'Écosse, afin de lui ordonner de se 
présenter avec ses hommes au même lieu et à la même date. 

Quatre jours plus tard, le 29 du mois, des courriers sont 
de nouveau adressés au roi d'Écosse, à Robert Bruce (p), 
Jean de Soulis” et de nombreux autres nobles écossais afin 
qu'ils rejoignent les forces qui vont partir combattre. 


«29 juin 1294. Ordonnance du Roi [Edouard ler], 
seigneur supérieur de l'Écosse, à Jean, roi des 
Ecossais, énumérant que le Roi de France, en 


96 Lanercost, p. 106 

97 Barrows Robert Bruce, p. 81 

98 Barrows Robert Bruce, p.82 

99 Une autre orthographe possible est John Soules. 


57 


violation des traités, a saisi la Gascogne (...) »100 


Une lettre du 20 avril indique que John Balliol était déjà 
au courant de ces projets militaires. Il avait d’ailleurs écrit à 
Édouard ler en demandant «quel doit être son rôle». John 
Balliol avait été contacté sur ce sujet en sa qualité de 
propriétaire de terres sur le sol anglais. Amanda Beam 
interprète l'interrogation comme un signe d’acceptation.!! 


Les nobles écossais ne répondent pas aux appels du roi 
Édouard ler. De ce fait, de nouvelles sommations partent le 
17 août 1294 de Portsmouth.1°2 

Pour rappel, la famille Bailleul possède des terres en 
France. Il est donc fort probable que Jean de Bailleul ait 
rendu hommage au roi Philippe le Bel lors d’un de ses 
déplacements en France, ce qui le met probablement dans 
une situation délicate s’il doit s'engager dans cette guerre. 


Le début des discussions entre la France et l'Écosse ne 
peut pas être daté de façon précise. Nous savons qu’en 
mars 1295 Philippe le Bel considérait toujours les Écossais 
comme ses ennemis. Puis, il déclare deux mois plus tard 
qu'il les considère « non pas comme des ennemis, mais plutôt 
comme des amis ».1® 


Les Comyn tiennent une assemblée, probablement pour 


100 Parl. Writ., p.17, 261-262 

101 The Balliol Dynasty, p. 139 

102 Parl. Writ., p.18, 262-263 

103 Barrows Robert Bruce, p.83 ; The Balliol Dynasty, p.144 


58 


prendre la décision de combattre l’Angleterre.l# Une 
délégation de quatre personnes part pour la France. Elle est 
composée de William Fraser, évêque de Saint Andrews, 
expérimenté en tant que Guardian et chancelier, Matthew 
de Crambeth, évêque de Dunkeld, Sir John Soules, déjà allé 
à Paris pour négocier le mariage entre Alexandre III et 
Yolande de Dreux, et Sir Ingram de Umfraville.1®5 


«Les  Écossais envoient ingénieusement des 
représentants auprès du Roi de France [conspirant] 
contre leur seigneur, le Roi Édouard d’Angleterre 
(..) afin de traiter contre le roi anglais et son 


royaume. » Le 


Édouard ler apprend la nouvelle à propos de ces 
négociations secrètes grâce à un de ses espions!7. 


«Quand l’information arriva aux oreilles du Roi 
d’Angleterre, il piqua une colère, et convoqua le Roi 
d'Écosse, lui ordonnant de se rendre au parlement 
[en Angleterre] conformément à ses obligations pour 
le royaume d'Écosse et les terres qu’il possède [en 
Angleterre]. »'°* 


Le 16octobre 1295, le roi d'Angleterre ordonne la 
confiscation des biens (terres) que possèdent les Écossais 


104 Under the Hammer, p.20 

105 Barrows Robert Bruce, p.84-85 ; Under the Hammer, p.21 
106 Lanercost, p.114-115 

107 The Balliol Dynasty, p.147 

108 Lanercost, p.115 


59 


dans le royaume de l'Angleterre.” En avril 12%, il ira plus 
loin en demandant que tous les Écossais en Angleterre 
soient arrêtés.!10 


Le traité de l'alliance tripartite entre la France, la 
Norvège et l'Écosse est signé le 22 octobre 1295.11 Les 
Écossais s'engagent à envahir l'Angleterre si la France est 
attaquée. En contrepartie, si le besoin se présente, les 
Français acceptent d'envoyer une aide militaire en fonction 
de ce qui sera réalisable, sans termes précis. Il pourrait, par 
exemple, s'agir d'activités de diversions, ou alors à fournir 
des renforts. Un autre point de cet accord est le mariage 
d'Édouard, fils du roi John Balliol, avec Jeanne, nièce du roi 
Philippe le Bel.112 

Les Français demandent à ce que ce traité ne soit pas 
signé uniquement par le roi d'Écosse, mais aussi par tous 
les «prélats, chevaliers et communautés du royaume »."5 

Il sera ratifié à Dunfermline le 23 février 1296. Parmi les 
signataires, il y a les évêques de Saint Andrews, Glasgow, 
Dunkeld et Aberdeen (c'est-à-dire quatre au total), quatre 
comtes, et onze barons dont John Comyn et James Stewart. 
Les Bruce n’y figurent pas.1l 


«Le Roi Édouard Ier est averti par ces évènements 


109 Docs. Il. Vol.2, p.7, doc. 342; Under the Hammer, p.21 

110 Barrows Robert Bruce, p.91 

111 Docs. Il. Vol.2, p.8, doc.343 

112 Barrows Robert Bruce, p.85 ; The Balliol Dynasty, p.144-145; Under the 
Hammer, p.21 

113 Nicholson, p.47 

114 Nicholson, p.47; Barrows Robert Bruce, p.85; Under the Hammer, p.21 


60 


qu’il est menacé par une guerre sur deux fronts, à 
l'avant et à l’arrière »!® 


Édouard Ier envoie des émissaires afin de demander la 
saisie des forteresses de Berwick, Roxburgh, Jedburgh et 
Édimbourg, pour limiter les risques d’invasion du nord de 
l’Angleterre.!16 


Campagne d'Écosse de 1296 


«L’invasion anglaise de 1296 peut être considérée 
comme le coup final dans le processus légal contre 
John Balliol, et comme la réponse inévitable 
d’Édouard à la menace posée par l’alliance entre les 
Français et les Écossais. » - Michael Prestwich!"? 


À cette période, l’armée écossaise ne dispose pas de 
machine pour assiéger une forteresse.ll$f C'est pour cela 
qu'ils adoptent des tactiques de guérilla et qu'ils 
rencontrent des difficultés pour attaquer les fortifications. 

De plus, les structures de défenses militaires datant de 
la période de William the Lion n’ont pas été modernisées. 
Les forteresses disposent toujours de palissades faites de 
bois, par exemple à Berwick-sur-Tweed et Lanark. 

Il existe des constructions plus récentes. La forteresse 
de Kildrummy, dans les Highlands, est faite de pierre car 
elle a été bâtie plus tard, probablement autour de 1244, 


115 Lanercost, p.125 
116 Lanercost, p.125 
117 Edward I, p.469 
118 Under the Hammer, p.24-25 ; Fergusson, p.39 


61 





Illustration 5 Photo des ruines de Kildrummy. Photo de 
l’auteur prise en 2012. 


62 


donc après la période de William the Lion.!? Bothwell et 
Caerlaverock sont deux autres exemples de châteaux en 
pierre. 

Les Écossais sont beaucoup moins préparés à un conflit 
ouvert que leur voisin. En comparaison, Édouard ler avait 
déjà mené une campagne pour conquérir le Pays de Galles. 
Il avait donc l'expérience de la guerre. 


En préparation de la campagne d'Écosse, le roi envoie 
des sommations le 16 décembre 1295 pour qu’une armée se 
regroupe à Newcastle le 1® mars 1296.12 


Le 11 mars, le point de ralliement de l’armée écossaise 
est Caddonlee, au bord de la rivière Tweed, à l’ouest de 
Caddonfoot!21. Cette localisation avait déjà été utilisée 
comme lieu de rendez-vous militaire, par exemple par 
William the Lion en 1173.12 


Les Bruce refusent de suivre John Balliol et rejoignent 
l’armée d’Édouard ler!# Ils rendent hommage à la 
couronne d'Angleterre le 25 mars 1296 en promettant leur 
loyauté et leur service contre tout ennemi du roi.12 


Édouard ler passe le jour de Pâques (25 mars) à son 
château de Wark et tente de convaincre les hommes de 


119 Kildrummy Castle, Historic Scotland, 1986, p.6 

120 Parl. Writ., p.25, 275-277 ; Edward I, p.469; Under the Hammer, p.21 

121 https://canmore.org.uk/site/54392/caddonlee 

122 Under the Hammer, p.21 ; Barrows Robert Bruce, p.87-87; Nicholson, p.49 
123 Under the Hammer, p.34 

124 Anglo-Scottish Relations, p.68-69 


63 


Berwick (abréviation pour Berwick-sur-Tweed) de se 
rendre, avec la garantie d’avoir la vie sauve et de conserver 
leurs possessions." 


Le 26 mars!, une partie de l’armée écossaise envahit le 
nord de l'Angleterre : 


«À ce moment, sept comtes d'Écosse, Buchan, 
Menteith, Strathearn, Lennox, Ross, Athol et Mar, 
avec John Comyn et pleins d’autres barons, 
envahissent l’ Angleterre en force, n’épargnant rien, 
brûlant les alentours de Carlisle et en assiégeant ce 
lieu. » 


La chronique de Lanercost ajoute les précisions 
suivantes : 


«en brûlant les maisons, en tuant les hommes et 
faisant fuir le bétail, les deux jours suivants ils ont 
assaill violemment la ville de Carlisle; mais, 
échouant dans leur tentative, ils se retirent le 
troisième jour. »° 


La propagande anglaise raconte que les Écossais 
auraient brûlé vifs 200 écoliers dans la ville de Corbridge, 
ou Hexham.!?” Il est possible que cette histoire ait été 
inventée. Néanmoins, les Écossais se sont bien rendus dans 


125 Lanercost, p. 134 

126 Lanercost, p.115 

127 Scalacronica, p.15 

128 Lanercost, p.115 

129 Edward I, p.471 ; Barrows Robert Bruce, p.93; Lanercost, p. 136 


64 


la ville de Corbridge lors de l’une des offensives de 1296 
comme le montre le document suivant daté du 5 octobre : 


«Le shérif de Northumberland est commandé de 
remettre aux habitants de la ville de Corbridge, du 
bois de Breryshide appartenant à John de Balliol, 
dernier roi d'Écosse, et 40 troncs utilisables comme 
bois de construction, afin de rebâtir leurs maisons, 
brûlées par les Écossais. »!*° 


Les troupes anglaises pénètrent en Écosse le 28 mars 
1296. 


«Le 28 mars, le roi Édouard traverse la rivière 
Tweed, accompagné de 5000 chevaux armés et 
30000 fantassins, et passe la nuit au prieuré de 
Coldstream. »!° 


Son armée se place autour de Berwick le 30 mars 1296 
en vue de prendre possession de la ville. 


Le même jour, «un détachement de l'armée écossaise fait sa 
première incursion en Angleterre, en dévastant, en tuant, et en 
mettant le feu à plusieurs villages ainsi qu'au monastère de 
Carham. »\?2 


Ce sont les hommes du comté de Fife qui ont la 
responsabilité de défendre la ville de Berwick. L'auteur de 


130 CDS vol.2, doc. 843 p.222 
131 Docs Ill. Vol.2, p.25 
132 Lanercost, p.135 


65 


la Scalacronica a été témoin des évènements et raconte que 
les habitants du village auraient refusé de se rendre et se 
seraient adressés directement au roi : 


«aveuglés par leurs péchés, ils sont devenus 
méprisants, et, après trois jours d’attente [suite à la 
proposition de reddition], ils n’ont donné aucune 
réponse. Quand Édouard Ier vient s’adresser 
personnellement à eux de façon amicale, ils 
redoublent leurs insultes. »!* 


La chronique de Sir Thomas Gray parle d’un bateau 
brûlé : 


«Un de ses bateaux de provisions, par la bourde de 
son équipage, accoste un peu trop près du village 
[Berwick] qui n’avait pas de mur à ce moment-là, 
mais juste un long quai. Les hommes du village se 
ruent sur le navire, le font brûler et le mettent en 
pièce. » 1% 


Fordun va plus loin et parle de 18 navires. 


«Le roi d'Angleterre a fait venir une large flotte de 
navires du Cinque Port, équipés d’un grand nombre 
d'hommes. Quand ils ont tenté un assaut par la mer, 
la garnison de la ville, active sous les armes, de forte 
corpulence, et d’un esprit féroce, les repousse par la 
force, et brûle dix-huit bateaux chargés d’hommes 
armés, qui périssent tous. »!* 


133 Lanercost, p.134 
134 Scalacronica, p.15 
135 Fordun, p.317 


66 


La chronique de Lanercost parle de plusieurs navires et 
non d’un seul. Les femmes auraient même participé aux 
actions de résistance pour les incendier.1% 


La suite des évènements est décrite de la façon suivante 
dans la chronique de Fordun : 


«Le roi d'Angleterre, très remué par ce qui vient de 
se passer [la défaite des navires], se rend en 
personne, avec une large force, devant la ville de 
Berwick. Comme il ne peut pas la prendre par la 
force, il essaie de se montrer plus malin que la 
garnison par habileté et par ruse. Il fait semblant de 
se retirer, démonte ses tentes, et s’en va. Mais, avec 
des bannières contrefaites et des enseignes de 
guerres de l’armée écossaise, il s’approche des portes 
de la ville. Quand la garnison le voit, elle devient 
joyeuse et satisfaite, car elle attendait des nouvelles 
de son roi pour venir les aider avec des renforts. 
Ayant été trompée, elle ouvre les portes, en ne se 
doutant d’aucune fourberie. (...) C’est ainsi que la 
ville est prise et balayée [par l’armée anglaise]. 
Personne n’est épargné, quel que soit l’âge ou le 
sexe, les épées s’abattent sur 7500 personnes des 
deux sexes. Pendant deux jours, un ruisseau [de 
sang] coule des corps qui avaient perdu la vie. C’est 
ainsi que les nobles du Fife ont été détruits. »!*? 


La chronique de Lanercost fait référence à 15000 morts, 
donc le double, tués soit sous le coup d’une épée, soit dans 
un incendie. Elle parle aussi de survivants qui sont ensuite 


136 Lanercost, p. 134 
137 Fordun, p.317-318 


67 


envoyés en exil.158 
Le récit de Sir Thomas Gray donne moins de détails. Ce 
sont les mots « Tous aux armes!» du roi Édouard Ier qui 
auraient signé le début de l’assaut. « Le soir même, le dit Roi 
Édouard avait entièrement capturé la ville et le château. »1% 
Michael  Prestwich fournit une estimation de 
11060 morts.!40 


À la fin de la même journée, un gardien du monastère 
proche de Roxburgh, non loin de la ville conquise de 
Berwick, se rend à Berwick pour remettre des lettres au 
nom de John Balliol qui renonce à son allégeance au roi 
d'Angleterre, ne le reconnaissant plus comme suzerain.1#! 


La ville de Berwick 


La ville de Berwick se situe sur la côte est, à la frontière 
de l'Écosse et de l'Angleterre. Elle occupe une péninsule 
entre l'estuaire de la rivière Tweed, à l’ouest, et la mer du 
nord, à l’est. Du fait de sa localisation géographique, c’est 
un point d'entrée pour les commerçants qui viennent du 
continent. Les affaires y étaient très développées. La 
chronique de Lanercost contient la ligne suivante : 


«Trois ans avant sa destruction, la ville était très 
peuplée, et occupée au point qu’on pouvait l’appeler 


138 Lanercost, p.135 
139 Scalacronica, p.15 
140 Edward I, p.471 
141 Scalacronica, p.15 


68 


la deuxième Alexandrie (.…) »*? 


et ajoute même que « Berwick était la ville et le port de mer 
principal du royaume, qui faisait venir des auxiliaires 
étrangers ».143 

La capture de la ville ne constitue pas seulement la 
prise d’un point stratégique à la frontière des deux 
royaumes, mais surtout l’anéantissement d'activités de 
commerce international importantes. 

Dans mon itinéraire, pour collecter des informations et 
mieux visualiser certains lieux, je me suis rendu à Berwick 
en septembre 2009. L’historien et spécialiste des défenses de 
la ville, Jim Herbert, reçoit toute ma reconnaissance pour 
m'avoir fait une visite guidée du tour des fortifications 
pendant toute une journée. Vous trouverez quelques 
descriptions ci-dessous. Il semblerait que beaucoup 
d'informations viennent des Summerson Archive, une 
collection de documents sur les remparts de Berwick de 
1165 à 1951. Un CD-ROM contenant l’ensemble des 
documents accompagne son livre « The Mediaeval Defences of 
Berwick-upon-Tweed» publié par la Border Archaeological 
Society en 2005. 

Tout d’abord, la chronique de Lanercost nous apprend 
que le sud de la ville (à ne pas confondre avec le château) 
ne possédait toujours pas de remparts en 1297.14 


142 Lanercost, p.156 
143 Lanercost, p.132 
144 "The Town was then without walls” (en 1297), Lanercost, p.164 


69 


Le « White Wall » 


Peu après son invasion de 1296, Édouard ler fait 
construire le «White Wall ».#5 C’est un mur qui relie le 
château à l'estuaire. II commence aux remparts de la 
forteresse de Berwick et descend jusqu’à l’estuaire. Ce mur 
serait inspiré d’une structure similaire à Harlech Castle. Il a 
une double utilité: défendre le château d’une attaque à 
l’ouest, puisqu'il barre la route par les terres, et fournit un 
embarcadère sécurisé pour livrer de la nourriture ou 
simplement déposer une personne importante qui aurait 
voyagé par la mer. Cette structure est surnommée « fhe 
Break-y-neck Steps » (les escaliers à se briser le cou) en raison 
de son apparence. 


Le « North wall » (mur côté nord) 


On y trouve deux sections de mur!# qui ont survécu 
aux années et un clocher. Cette tour que l’on peut voir a été 
construite en 1577. L'espace de terre surélevé, sur lequel 
reposent les restes de mur et le clocher, s'appelle un 
«countermure » (un avant-mur) et date des années 1440. 

Après une semaine d'occupation de Berwick, Édouard 
ler ordonne la construction d’un fossé d’une longueur de 
« 80 feet » (24 mètres) et d’une profondeur de « 40 feet » (12 
mètres). 

Édouard ler a également ordonné la construction d’un 


145 Docs. Il. Vol.2, p.160 ; Jim Herbert, p.88 
146 Les murs que l’on peut voir aujourd’hui datent d’après les guerres 
d'indépendance. 


70 









Illustration 6 Photo du « White Wall » de Berwick. Photo 
prise par l’auteur en 2009. 


F _n.. 


Illustration 7 autre photo de l’auteur prise en 2009 


71 


mur de pierre afin de protéger la ville. La construction a 
commencé quelques années plus tard. En 1318, il paraît que 
«le mur était tellement bas qu'un homme pouvait en frapper un 
autre avec une lance ». On suppose que les murs médiévaux 
de cette partie de Berwick atteignaient environ 9 mètres de 
haut (30 feet). Ces remparts seront remplacés plus tard par 
une structure plus solide et plus résistante aux boulets de 
canon. Les deux bouts de mur que l’on voit font partie de 
cette reconstruction. 





Illustration 8 Photo du « North Wall » prise par l’auteur en 2009 


« Waleisgate » 


Toujours sur la face nord de la ville, un point à l’ouest 
du clocher, sur le «countermure», porte le nom de 


72 


Waleisgate. Il fait référence à la présence de deux points de 
passage pour entrer et sortir de la ville. La route sortant de 
cet emplacement permettait de se rendre à Édimbourg. Le 
nom vient de Henry de Waleys, ancien maire de Londres, à 
l'origine de l'architecture de la ville de Berwick. 


« Spades Mire » 


Avant l’arrivée de l’armée anglaise en 1296, un fossé 
existait déjà au nord de la ville. Il portait le nom de « Spades 
Mire ». Édouard Ier est supposé être entré dans la ville en 
traversant un fossé. Ce serait le fossé qui s'étend jusqu’à la 
côte de la mer du Nord. 


Le château de Berwick date d'avant 1165. Il est possible 
qu'il ne servait pas de défense pour la ville, mais plutôt de 
centre administratif. On sait qu’une partie de sa face nord, 
du nom de «St Mary Gate », était faite de bois en 1303, car 
des aménagements étaient en cours pour la remplacer par 
de la pierre.!{7 


L’'étendue des travaux ordonnés à Berwick par le roi 
anglais constitue un exemple de point stratégique en Écosse 
qui manquait de modernité militaire pour l’époque. Rien 
que sur la face nord, il fallait faire bâtir des murs et y 
installer un fossé plus efficace. 


147 Jim Herbert, p.33 


73 


Suite de la campagne de 1296 


Probablement en action de représailles, le 8 avril, « les 
comtes d'Écosse pénètrent de nouveau en Angleterre, brûlant 
l'abbaye de Hexham et causant des dégâts considérables dans la 
région. »1## 


Le 5 avril, John Balliol retire son hommage à Édouard 
ler dans une lettre. Voici un extrait du texte : 


«Vous n'êtes pas ignorant du tort que vous nous 
avez infligé (...) par exemple en nous convoquant 
hors du royaume d’un simple geste et en appelant 
tout le monde, comme votre coup de tête vous le 
dictait, et en nous harcelant /probablement une 
référence à l'appel à rejoindre la guerre contre la 
France]; en confisquant nos châteaux, terres et 
possessions (..) ; en tuant nos marchands et habitants 
du royaume /possiblement une référence à l'attaque 
de Berwick]; et en obligeant des hommes du 
royaume [d'Écosse] à combattre pour vous. (...) »*” 


Il s'en suit l'expulsion des Anglais du royaume 
d'Écosse. 


«La même année, le 20 avril, sur la base d’une 
méfiance indiscutable, et des preuves solides de 
complot infime contre le roi et l’État, tous les 
bénéficiaires anglais de l’évêché de Saint Andrews 
se voient privés de leurs avantages par (...) les 


148 Scalacronica, p.16 
149 Anglo-Scottish Relations, p.70-71 ; mes notes entre crochets 


74 


substituts de William Fraser, évêque de Saint 
Andrews, qui se trouve à l’étranger /probablement 
toujours en France]. De façon similaire, chaque 
Anglais, qu’il soit du clergé ou non initié, se retrouve 
expulsé du royaume d’Écosse pour conspiration. »'*? 


Le 23 avril, le roi anglais apprend que les Écossais 
assiègent le château de Dunbar.5! Le comte Patrick 
de Dunbar est occupé à agir aux côtés des Anglais, car il 
soutient Édouard ler. En son absence, son épouse, partisane 
de la résistance écossaise, a ouvert les portes de la forteresse 
à une partie de l’armée de John Balliol.15? 


«Le comte de March, Patrick avec la barbe noire, le 
seul comte en Écosse à avoir continué à obéir au Roi 
d’Angleterre, et qui était avec ce même roi à la prise 
de Berwick, est venu annoncer au roi que sa femme 
avait reçu dans son château de Dunbar ses 
compatriotes, ennemis de l'Écosse /comprendre 
ennemi des intérêts anglais en Écosse], qui avaient 
emprisonné ses officiers et retenaient le château 
contre lui /le comte de Dunbar]. »'° 


Le jour même, le roi anglais envoie ses troupes pour 
assiéger le château de Dunbar, sous le commandement de 
John de Warenne. Les Anglais installent donc un siège, car 
les Écossais se trouvent dans le château. 151. 


150 Fordun, p.318 ; mes notes entre crochets 
151 Docs. Il. vol.2, p.25-26 

152 Barrows Robert Bruce, p.93 

153 Scalacronica, p.16; mes notes entre crochets 
154 Docs. Ill. Vol.2, p.26 


75 


L’assaillant propose aux occupants de la forteresse de 
se rendre. En réponse, les occupants de la forteresse 
demandent à pouvoir envoyer un messager à John Balliol 
afin de savoir quels termes de reddition accepter, ce qui se 
fait. Une trêve de 3 jours est conclue. Un représentant part 
pour Haddington afin de soumettre la requête au roi 
d'Écosse.i55 

Une armée part ensuite pour Dunbar afin de tenter de 
repousser les forces anglaises. 


«Les seigneurs de l'Écosse qui s’étaient réunis, 
apprenant la nouvelle du siège, marchent de nuit vers 
ce lieu et arrivent le matin à Spott. Une bataille se 
tient entre cet endroit et Dunbar face à l’assaillant 
anglais, où les Écossais sont vaincus lors de cette 
première bataille de la guerre. »'* 


La date de la bataille de Dunbar est le 27 avril. Il y 
aurait eu 10055 morts. C’est quand Édouard ler arrive en 
personne de Berwick que le château se rend. Plusieurs 
nobles sont capturés, dont John Comyn ainsi que les 
Andrew Murray (père et fils).157 

En punition pour s'être opposé à lui, le roi d'Angleterre 
ordonne la confiscation des terres qu'ils possèdent en 
Angleterre.ls 


Une fois les combats terminés à Dunbar, Robert Bruce 


155 Edward I, p.471 

156 Scalacronica, p.16 

157 Docs. Il. Vol.2, p.27 

158 CDS vol.2, p.171, doc. 736 


76 


(père) va rencontrer le roi d'Angleterre, et lui réclame ce 
qui lui avait été promis depuis longtemps, obtenir son 
royaume. La réponse à cette requête aurait été « N'avons- 
nous rien d'autre à faire que de gagner des royaumes pour 
vous ? »15? 


Suite à cette défaite, James Stewart se rend et remet le 
château de Roxburgh au roi d’Angleterre.lf® Un document 
du 13 mai sous-entend qu’il aurait ensuite aidé Édouard Ier 
pendant la suite de cette campagne de 1296.16! 

Victorieux, le roi anglais part à Haddington le 2 mai, 
vraisemblablement pour essayer de retrouver John Balliol, 
mais ce dernier avait apparemment pris la fuite pour aller 
se réfugier dans le nord du pays. Édouard ler se rend 
ensuite à Roxburgh, sur la frontière entre l'Écosse en 
l'Angleterre, pour y séjourner deux semaines. Sa prochaine 
destination, Jedburgh, se trouve dans les environs. Il 
semble parcourir quelques «points forts» du sud de 
l'Écosse afin de s'assurer de la bonne sécurisation de ces 
sites. 


Au même moment, un document du 16 mai! atteste 
que les nobles de l’armée écossaise capturés à Dunbar se 
font transférer dans des prisons en Angleterre. Andrew 
Murray (le père) et John Comyn partent pour la tour de 


159 Fordun, p.319 

160 Edward I, p.473 
161 CDS vol.2, doc. 737 
162 CDS vol.2, doc 742 


77 


Londres. Andrew de Moray!% (le fils), futur compagnon de 
William Wallace, est transféré à Chester. Il semblerait que 
les familles aient été séparées puisque, comme autre 
exemple, Robert Comyn le frère de John Comyn part pour 
Northampton. 


Le 4 juin, Édouard Ier arrive à Lauder, puis le 6 juin à 
Edimbourg, où des machines de guerre sont en cours de 
préparation pour assiéger le château.154 


«(...) le Roi Édouard ler était en train d’assiéger le 
château élevé d’Édimbourg avec une grande armée, 
d'énormes machines pour lancer des pierres avaient 
été installées tout autour, et après qu’il eût 
violemment dévasté les murs des bâtiments du 
château pendant trois jours et trois nuits (...) »!"% 


Le quatrième jour, un messager part retrouver le roi 
John Balliol à Forfar pour décrire la situation et demander 
de l’aide. Ne pouvant rien faire, le roi d'Écosse leur donne 
l'autorisation de se rendre à condition qu'ils restent sains et 
saufs.166 

La paix est conclue le cinquième jour avec les occupants 
d'Édimbourg, ce qui met fin à l'assaut. 

Toujours victorieux, le monarque avance vers le nord 
pour arriver à Stirling le 14juin. La forteresse a été 


163 Murray ou Moray sont deux orthographes possibles pour le même 
nom de famille. 

164 Docs. Il. Vol.2, p.27 

165 Lanercost, p.142 

166 Lanercost, p.144 


78 


abandonnée par ses occupants. Le portier n’a qu'à «ouvrir 
les portes » pour remettre l'endroit au roi d'Angleterre. 7 


Édouard ler se rend à Perth le 21 juin. Il demande de 
transporter la Stone of Destiny («Pierre de la Destinée ») de 
Scone à Westminster (Londres). Cette mesure a une 
portée symbolique. La coutume consiste à couronner 
chaque nouveau roi écossais sur cette pierre. John Balliol 
reste le dernier à avoir eu l'opportunité de suivre cette 
tradition en 1292. La légende veut que cette pierre se trouve 
là où l’on gouverne l'Écosse. Autrement dit, la déplacer 
revient à transférer le pouvoir à Londres. Elle ne retourne 
en Écosse qu’en 199,6, c’est-à-dire exactement 700 ans plus 
tard, et uniquement sous forme de prêt. Il est possible de 
voir la Pierre de la Destinée au château d’Édimbourg. 


La progression anglaise dans les Highlands continue en 
passant par Forfar le 3juillet pour ensuite atteindre 
Montrose. 


Le 2juillet, John Balliol écrit depuis Kincardine à 
Édouard ler pour dire qu’il «confesse ses crimes contre son 
seigneur et qu'il remet le royaume d'Écosse et le peuple entre ses 
mains. »169 


«Maintenant qu’il a été établi par les Écossais à leur 
roi qu’il ne pouvait ni livrer bataille ni accepter la 


167 Docs. Il. Vol.2, p.27; Edward I, p.473 
168 Barrows Robert Bruce, p.96 ; Docs. Ill. Vol.2, p.28 
169 CDS vol.2, doc 754 ; Anglo-Scottish Relations, p.73-74 


ne) 


paix (...) En l’encerclant par les terres et par la mer, 
il /Édouard ler] V'oblige à se rendre à Montrose pour 
se remettre à la volonté et au jugement du roi 
Édouard Ier. »'7° 


Ainsi, John Balliol renonce officiellement au traité avec 
la France le 7 juillet./1 Le roi vaincu arrive à Montrose le 
8 juillet. Lors de la cérémonie, l’insigne royal est retiré de 
son manteau et il tient un sceptre blanc, symbole de paix, 
dans une main. C’est une humiliation qui lui vaut le 
surnom de « Toom Tabard » («manteau vide »). En août, il 
est envoyé en captivité à la Tour de Londres.17? 


En passant par Aberdeen le 14juillet, Édouard ler 
rencontre des messagers du roi de France qui avaient été 
faits prisonniers. Les lettres qu’ils portaient avec eux au roi 
d'Écosse avaient été confisquées. Il leur rend leurs courriers 
et les envoie dans la région de Londres, d’où ils 
regagneront la France.!73 


Le roi anglais continue sa progression pour arriver à 
Banff le 22 juillet, ensuite Elgin le 26 juillet et passe par 
Kildrummy le 31 juillet pour redescendre vers le sud.171 


Il est de retour à Berwick le 22 août après avoir conquis 
l'Écosse en 21 semaines. 


170 Lanercost, p.145 

171 Docs Ill. Vol.2, p.59-60 ; Barrows Robert Bruce, p.97 

172 Barrows Robert Bruce, p.97 ; The Balliol Dynasty, p.159-160 
173 Lanercost, p.150 

174 Docs. Il. Vol.2, p.29-30 


80 


Édouard ler avait reçu les hommages des nobles 
écossais tout au long de son périple à travers le pays. La 
collection de serments forme un document appelé le 
« Ragman Roll ».# Les signatures ont commencé le 13 mai à 
Roxburgh avec James Stewart et vont jusqu'au 28 août. 
C'est dans ce document que nous trouvons un Alan 
Wallace de la région du Ayrshire. 


La prochaine étape consiste à nommer des personnes 
aux postes clés pour gouverner l'Écosse. John de Warenne, 
comte de Surrey, obtient la responsabilité de lieutenant de 
l'Écosse. Un document le cite en «Guardian» (titre de 
responsabilité écossais) le 24 octobre.1# Fiona Watson note 
que c'est la fonction avec les responsabilités «les plus 
importantes » et quasiment « aussi variées que celles du roi ».77 

Hugh de Cressingham reçoit la fonction de « trésorier de 
l'Écosse » le 6 septembre.!”# Ce poste a donc été « anglicisé ». 
Le titre équivalent pour cette fonction dans l’administration 
écossaise s'appelait « chamberlain ». 

Un certain William Ormesby figure parmi les 
«justiciar ». 


Édouard ler quitte l'Écosse le 17septembre!” et 
prononce les mots 
«Bonne besogne que de se débarrasser de la 


175 CDS vol.2, doc 823, p.193-215 
176 CDS vol.2, doc 853 p.226 

177 Under the Hammer, p.31 

178 CDS vol.2, doc 853 p.225 

179 Fisher, p.58 


81 


merde. »!#° 


John de Warenne n’apprécie pas de devoir séjourner en 
Écosse. Le roi doit lui écrire en septembre pour lui dire d’y 
rester, car le royaume «n'est pas encore pacifié ».#l Cette 
remarque sous-entend que, malgré les capitulations et 
hommages, de la résistance existait toujours. Le comte de 
Surrey finira tout de même par repartir dans ses propriétés 
du Yorkshire.!82 


Le roi Édouard ler témoigne de son estime pour Robert 
Bruce, comte de Carrick (et futur roi), en demandant aux 
barons de lui accorder un délai pour régler ses dettes.15 


180 Scalacronica, p.17 ; Fisher, p.59 
181 CDS vol.2, doc 945 

182 Barrows Robert Bruce, p.102 
183 CDS vol.2, doc 852 


82 


Début de l’insurrection 


«…la plus grande partie de l’Écosse ne se trouvait, 
pour la majorité de la période 1297-1303, en aucun 
cas sous contrôle anglais. » — Fiona Watson!** 


En janvier 1297, des mesures en vigueur interdisent 
l'Écosse de communiquer avec l'étranger. Par exemple, les 
messagers étrangers doivent obtenir l'autorisation du roi 
avant de délivrer les messages qu’ils portent. Également, 
tous les bateaux qui souhaitent accoster subissent une 
fouille. Les commerçants doivent apposer le sceau de John 
de Warenne afin de pouvoir transporter leurs marchandises 
sur le territoire de l’Écosse.155 Des contrôles stricts sont donc 
imposés. 

De même, à partir du 31 janvier, il faut l'autorisation du 
roi afin de pouvoir voyager hors du royaume d’Écosse.i$6 


Peu d'informations subsistent sur les premiers mois de 
l’année 1297. Le 9 avril, Édouard ler écrit à ses hommes de 
l’Argyll et du Ross, régions dans les Highlands, afin de leur 
ordonner de mettre fin au désordre. Il s’agit d'arrêter ses 
opposants et de les emprisonner. L'auteur Barron indique 
que ces soulèvements auraient commencé au plus tard en 
février.!87 

Parallèlement, le Cumberland, nord de l'Angleterre, est 


184 Under the Hammer, p.2 

185 Barron, p.31 ; Docs III. Vol.2, p.131-132 
186 CDS Vol.2, doc. 871 

187 Barron, p.19-20 


83 


averti le 26 avril 1297 d'incursions possibles de la part des 
Écossais. Les chevaliers et hommes pouvant se battre 
doivent se tenir prêts.!55 

Des agitations existent donc bien dans le pays. Pour 
rappel, Édouard ler avait d’ailleurs écrit à John de Warenne 
après la campagne de 1296 que l'Écosse n’était pas encore 
pacifiée. 


La Scalacronica parle d'impôt sur le territoire écossais. 


« En cette année 1297, il [Édouard Ier] lève un impôt 
d’un demi mark sterling sur chaque sac de laine en 
Angleterre et en Écosse, qui ne doit pas excéder 
quatre pence ; ainsi nommée /a mal tol. »'* 


En plus de cet exemple issu de la chronique 
contemporaine de Sir Thomas Gray, l'historien Michael 
Prestwich indique qu’il n’y avait pas d'impôt à proprement 
parler en Écosse mais que tout était fait pour prélever de 
l'argent dans le but de financer la guerre contre Philippe le 
Bel.1°0 

Michael Brown explique lui aussi que les officiers de la 
couronne d'Angleterre faisaient tout leur possible pour 
récupérer un maximum d'argent des Écossais.1°1 


188 Under the Hammer, p.44 
189 Scalacronica, p.18 

190 Edward I, p.476 

191 Michael Brown, p.179 


84 


Attaque du Sheriff de Lanark 


L’insurrection a au moins deux raisons d’être, d’abord 
contester les contraintes qui leur sont imposées par le 
nouveau régime, et ensuite soutenir la restauration de John 
Balliol sur le trône. 

La première action de William Wallace que nous 
connaissons reste l'attaque du sheriff de Lanark. Jusqu'en 
septembre 20111, seul le mois de mai [1297] était identifié. 
L'article du projet Breaking of Britain de l’université de 
Glasgow révèle la découverte de la chronique de Schgyen 
qui précise le jour du 3 mai. 


La chronique Scalacronica est rédigée par le fils d’un 
témoin de cet évènement qui a vécu cette action. Voici 
comment les faits sont retranscrits : 


« À cette période au mois de mai, William Wallace 
est désigné comme chef par les manants de l'Écosse 
afin de déclencher une guerre contre les Anglais, et 
au commencement il tue William de Hesilrig'” à 
Lanark, le Sheriff du Clydesdale pour le Roi 
d'Angleterre. Le dit William Wallace est venu de 
nuit sur le dit sheriff et l’a surpris, quand Thomas 
de Gray”, qui se trouvait dans la suite du sheriff à 
ce moment-là, a été laissé pour mort dans la mêlée 
quand les Anglais se sont défendus. Le dit Thomas 
est resté allongé sans vêtement toute la nuit entre 


192 BoB Sept. 2011 
193 Il existe plusieurs orthographes. ‘“Hezelrig’, Hazelrig,.. 
194 Père de Sir Thomas Gray, l’auteur de la chronique. 


85 


deux maisons auxquelles les Écossais avaient mis le 
feu, chaleur qui a permis de le maintenir en vie, 
jusqu’à ce que William de Lundy le reconnaisse à la 
levée du jour et lui apporte des soins. »'” 


Cette date représente la première action confirmée que 
nous connaissons de William Wallace. C’est pour cette 
raison que l’on peut dire que William Wallace entre dans 
les livres d'Histoire en mai 1297. 


Le 8 août 1296, Matthew de York et un autre voleur du 
nom de William Wallace viennent dérober Cristiana de St 
John à Perth!% Nous ne savons pas s'il s’agit d’un 
homonyme ou de la même personne. Ce pillage ne figure 
pas dans l’acte d'accusation de 1305. Aucun des historiens 
ou chroniqueurs des siècles plus proches du XIIIe siècle ne 
relient ce cambriolage au héros. Il est possible que ce soit la 
même personne mais nous ne pouvons pas l’affirmer. 


Marion Braidfute 


Dans le poème de Blind Harry, William Wallace est 
supposé avoir rencontré Marion Braidfute après l'attaque 
de Loudon Hill Pour rappel, cet affrontement est une 
légende et aucun élément ne permet d’attester qu'il s’est 
réellement produit. 

Toujours selon la légende, il se réfugie dans une grotte 
située dans les environs de Coalburn. Si l’on souhaite dater 


195 Scalacronica, p.18 
196 CDS vol.2, p.191 


86 


ce mythe approximativement, ce serait arrivé autour de 
juillet 1296. À cette période, il rencontre Marion Braidfute 
qui a 18 ans. C'est la fille du seigneur de la ville de 
Lamington. Les premiers échanges pour faire connaissance 
avisent William Wallace que le sheriff de Lanark est un 
homme ‘cruel, outrageant et malveillant. Ce sheriff aurait 
même tué son frère pour prendre sa maison sur Lanark et 
s'y installer. De là découle l’idée que le sheriff aurait résidé 
en dehors du château, c’est-à-dire en ville, car il voulait 
davantage de confort. 

William Wallace tombe amoureux de Marion. Selon un 
mythe, ils se marient en cachette dans l’église de Saint 
Kentigern's à Lanark en décembre 1296. De cette union 
serait née une fille. Notons que ceci est impossible car il n’y 
a pas plus de 6 mois de décembre 1296 à début mai 1297. 

Un dimanche, à la sortie de l’église, des soldats anglais 
commencent par provoquer William Wallace avec des 
injures. Ne voyant aucune réaction, ils se mettent à se 
moquer de son épée en disant que ce serait un simple 
couteau. C’est quand Wallace entend que sa fille aurait été 
un enfant sans père et que Marion coucherait avec le prêtre 
de l’église de Saint Nicholas (autre église à Lanark) qu'il 
réagit. Avec ses troupes, il aurait déjoué cinquante soldats, 
soit en les tuant soit en les blessant. D’autres fantassins 
anglais les pourchassent lui et sa bande. William Wallace se 
réfugie dans la maison de Marion. Il réussit à prendre la 
fuite mais Marion est faite prisonnière. N'ayant pas pu 
attraper Wallace, le sheriff décide de se venger en exécutant 
Marion. 

Dans cette version des faits William Wallace tue 


87 


Hezelrig pour punir la mise à mort de son épouse, en tout 
cas au moins son amoureuse. 


La question de l'existence de Marion demeure une 
interrogation. Si nous remontons aux textes les plus 
proches des années de Wallace, les éléments suivants 
apparaissent. La Scalacronica (citée au-dessus) ne mentionne 
pas de revanche pour laver la mort d’une femme, et 
pourtant elle est rédigée par le fils d’un témoin des 
évènements. Les chroniques de Lanercost et de Bower 
possèdent la même caractéristique. Ces auteurs n'avaient 
aucune raison de cacher l'existence d’une amante si elle 
était bien réelle, surtout si elle contribuait à apporter une 
explication sur les motivations de l'exécution du sheriff. 

Il faut attendre la chronique de Wyntoun, rédigée dans 
les années 1418-1424, pour y trouver une histoire identique 
(provocation des soldats, capture de Marion et revanche de 
Wallace sur le sheriff). Or, Wyntoun ne donne aucun nom à 
l’amante du héros écossais. Mon avis reste que l’absence de 
nom souligne le caractère fictif du personnage. 

Ce n’est que Blind Harry, cinquante ans plus tard, qui 
introduit le nom de Marion Braiïdfute. Une explication 
serait que la famille Baillie de Lamington aurait payé Harry 
le Ménestrel pour introduire ce nom. C'était un moyen de 
pouvoir prétendre être les descendants de William Wallace 
à des fins de propagande!”. 

Pour aller encore plus loin, aucun habitant du nom de 
Braidfute ou Baillie n’est enregistré à Lanark ou Lamington 
au moment des faits de mai 1297. 


197 Dr Charles Rogers, Vol.1, p.21-22 ; Blind Harry, STS, p.xi 


88 


L’historienne Fiona Watson m'a dit en septembre 2009, 
lors de ma première rencontre avec elle, que ce personnage 
de Marion Braidfute venait obscurcir, ou brouiller, les 
raisons de la révolte de William Wallace. 

La légende laisse entendre que William Wallace aurait 
pris une initiative purement personnelle. Jusqu'en 
septembre 2011, les acquis sur les guerres d'indépendance 
d'Écosse parlaient de Wallace comme le seul meneur de 
l'attaque sur le sheriff de Lanark. L'article de Breaking of 
Britain met en avant la chronique de Schayen. En plus de 
proposer un jour précis, elle apporte un autre élément qui 
n'avait pas encore été découvert. 


« En cette année de notre seigneur 1297, les Écossais 
se sont insurgés, nommément William Wallace et 
Richard de Lundie, qui avaient rassemblé un groupe 
d'hommes, et ils ont tué le sheriff de Lanark le jour 
de la découverte de la Sainte Croix [3 mai]. »!” 


Cette source nous apprend donc que William Wallace 
n'opérait pas seul en 1297, ce qui vient contredire le poème 
de Blind Harry. Il y avait d’autres personnes à la tête de 
l'attaque du shérif de Lanark en 1297. 


Les connaissances dont nous disposons aujourd’hui 
laissent plutôt entendre que Marion Braidfute n’est qu’un 
personnage fictif, de légende, qui n’a pas réellement existé. 


198 BoB Sept.2011 


89 


Rencontre avec Ed Archer 


Ed Archer et moi nous sommes rencontrés pour la 
première fois en septembre 2007. C'est un historien de 
Lanark, très impliqué car il occupe le poste de président de 
la Lanark District and Archaeology Society (LADAS). 


Lors de mes entretiens, depuis le début de mes 
déplacements pour me renseigner sur William Wallace, je 
gardais un cahier avec moi afin de tout consigner dans un 
endroit sûr, que je ne perde jamais. 

Les lignes qui suivent sont les notes venant de la 
première rencontre avec Ed en septembre 2007. 


«La source de Blind Harry la plus fidèle est la 
version publiée par la Scottish Text Society (STS). [Il 
existe plusieurs éditions, dont le contenu peut varier, 
notamment car des lignes ont pu y être ajoutées.] 


Le château de Lanark était un vieux château pour 
l’époque. L’Écosse et l’Angleterre avaient vécu en 
paix depuis longtemps. Il n’y avait aucun besoin de 
le moderniser. 


Heselrig préférait vivre dans une belle maison plutôt 
que dans le château.” 

La population qui occupait cette région était 
principalement composée de familles anglo- 
normandes. 


199 Ed Archer se base sur Blind Harry pour ce détail. Je n’ai pas trouvé 
de document attestant du lieu de résidence de Heselrig à Lanark. 


90 


Wallace n’appartenait pas à un clan. Le système des 
clans était dans le nord””. Les gens ne portaient pas 
de tartan. 


Wallace n’a jamais habité à Lanark en tant que tel.’ 


Un Wallace s’est introduit avec un ami dans un bar à 
Perth en 1296. Il est difficile de dire si c’était le 
même William Wallace.” 

Blind Harry a publié son poème sous un 
pseudonyme. Ce n’était pas son vrai nom. Son texte 
a été écrit pour inspirer James IV à épouser une 
Écossaise. C’était aussi un texte à portée politique. 
C’était une époque avec un parti qui soutenait les 
Anglais. Ce parti voulait que James IV se marie avec 
une femme qui était parente avec le roi d’Angleterre. 


[Sur la noblesse] Le titre de noblesse se transmet de 
père en fils. Le fils aîné en hérite. Beaucoup de 
nobles possédaient des terres aussi bien en 
Angleterre qu’en Écosse. Sous le règne d’Henri II 
(XIIème siècle), beaucoup de familles avaient fui 
l'Angleterre pour s’installer en Écosse. Ces familles 
ne savaient pas comment se positionner, quelles 
décisions prendre, quand il fallait choisir entre 
l'Écosse et l’Angleterres. Elles possédaient toujours 
des terres en Angleterre. 


[Sur Lanark] Il n’y a aucune preuve pour affirmer 
qu’il y avait des habitations celtes à Lanark. Les 


200 Les Highlands, terres au nord de la rivière Forth. 

201 Juste à côté de l’église Saint Nicholas, on peut trouver une plaque 
disant que l'emplacement était celui de la maison de Wallace. Ed 
expliquait que cette information n’était basée que sur une légende. 

202 J'en ai parlé un peu plus haut dans ce chapitre. 


91 


familles étaient flamandes et normandes. Il y a eu 
une garnison après la bataille de Stirling [11 
septembre 1297]. Les Anglais avaient repris 
possession de Lanark. Il y avait également une 
garnison en 1302. 

[Vocabulaire] Le mot ‘leeman’*” signifie ‘une 
partenaire avec qui on couche sans être mariés’. 


Wallace combattait pour soutenir le roi John Balliol. 
John Balliol refusait de financer la guerre contre la 
France. Les guerres d’indépendance n’avaient pas un 
but ‘nationaliste’, mais la restauration de leur roi 
[John Balliol]. 


[Vocabulaire] Le mot écossais cadjer signifie 
marchand (trader) ou mendiant (beggar). 


Selon Ed Archer, les éléments qui permettent de dire 
que la famille de Lamington”” soutenait Edouard ler 
sont (1) la signature du Ragman Roll et (2) la 
construction d’une motte. 


Concernant l’arme de William Wallace, Ed souligne 
que l’épée au Wallace Monument de Stirling ne date 
pas de son époque. Il n’y avait aucun moyen 
(impossible) d’utiliser ce type d’épée sur le dos d’un 
cheval. » 


Une autre personne sur Lanark a également pris plaisir 
à me présenter sa vision de William Wallace. Frank 


203 En vieil écossais, Marion Braidfute était la ‘leeman’ de Wallace. 
204 Marion Braidfute est supposée être de Lamington dans la légende et 
c’est son frère qui avait une maison à Lanark. 


92 


Gunning, président de l'organisme William Wallace à 
Lanark. Il avait bloqué une journée pour me rencontrer en 
septembre 2007, et pour me conduire où je le souhaitais. Sa 
générosité et sa disponibilité m'ont permis de me rendre à 
Loudon Hill, faire un tour de Lanark et aussi voir les ruines 
de la tour de Lamington. 


La ville de Lanark 


La ville de Lanark était un centre de commerce 
important. Elle était notamment réputée pour sa laine. Le 
nom ‘Lanark' vient du mot anglo-normand ‘Lanerch’ qui 
fait référence aux ouvriers de laine (wool workers). 


Le château de Lanark avait des palissades en bois. Une 
partie des palissades restait visible dans les années 1970. II 
se situe au sud de la ville, en bas d’une colline, sur un point 
surélevé dédié. 





Illustration 9 Photo prise par Ed Archer dans les années 1970 


Il remonte au début des années 1100, au temps de 


93 


William the Lion. La butte sur laquelle il se trouvait a été 
rabaissée dans les années 1760 afin de construire un terrain 
de bowling (‘bowling green’). Malheureusement, 
l’évolution du paysage et les constructions au fil des siècles 
ont fait disparaître les fossés. Aujourd’hui, les palissades en 
bois ont été complètement retirées. On n’y trouve plus 
qu’une plaque commémorative. 


L'église de Saint Nicholas que l’on voit aujourd’hui, 
aussi appelée ‘In Kirk’ ou ‘Laigh kirk’ (en ville), est un 
nouveau bâtiment datant de 1774. Il remplace une plus 
ancienne construction du XIème siècle. Les fouilles 
archéologiques de 1994 sur cet emplacement ont permis de 
retrouver six tombes de la période de William Wallace. 


Le supposé site de la maison de Wallace (selon la 
légende) a une plaque sur laquelle on peut dire que c’est 
l'emplacement de la maison de Marion Braidfute et William 
Wallace. Chaque année, une parade commémorative s’y 
tient le samedi le plus proche du 23 août, jour de son 
exécution. Les fouilles archéologiques n’ont révélé aucun 
élément permettant d'associer ce lieu à l’époque de William 
Wallace. 


L'église de Saint Kentigern’s, ou ‘Oot kirk’ ou 


205 Panneau d’information visible devant le site du château en 2007. 
206 Brochure ‘William Wallace in Lanark 


94 





» =. 
Illustration 10 Photo de la statue de William Wallace sur l’église 
Saint Nicholas de Lanark. Photo prise par l’auteur en 2007. 


95 


‘High Kirk’, se trouve un peu plus à l'extérieur de la ville. 
De nos jours, elle est entourée d’un cimetière et se situe à 
cinq minutes de marche de la gare de Lanark. D’après la 
légende, c’est ici que Marion Braidfute et William Wallace 
se seraient mariés. Son cimetière remonte au XIIème siècle 
et le site pourrait revenir jusqu’au VIème siècle. Le saint 
Saint Kentigern l'aurait lui-même inaugurée. 

Tout ce que l’on peut voir aujourd’hui ne remonte pas 
au temps de William Wallace. Les trois arches sont plus 
récentes, d’un siècle plus tard environ, vers l’an 1400. La 
petite chapelle sur la gauche a été construite au XVIIème 
siècle afin d'y laisser reposer les familles les plus 
importantes de la ville. 

Sur le mur de la face sud, il reste une entrée. Elle 
remonte bien au temps de William Wallace. 

Une autre face de l’église montre trois pierres. Elles 
datent de la fin du XIIème siècle et du début du XIVème 
siècle. Ed Archer trouve la pierre du milieu 
particulièrement importante car elle montre une épée qui 
est Le type d'épée que William Wallace aurait eu. 


Les mottes de la région du Lanarkshire 


Ed Archer m'a également emmené en dehors de la ville 
de Lanark pour me montrer la région qui l'entoure. On y 
trouve beaucoup de mottes. Il pense qu’un réseau de 
mottes était utilisé par les Anglais pendant les guerres 
d'indépendance d'Écosse afin de protéger les lieux de 
communication comme les ponts par exemple. 

L'Écosse du XIIème siècle possédait un nombre 


96 





Illustration 11 Photo de l’église Saint Kentigern's prise par 
l’auteur en 2007. 


97 





Illustration 12 Face de l’église Saint Kentigern’s qui montre 
trois pierres. Photo prise par l’auteur en 2007. 


98 





Illustration 13 La pierre qui montre une épée. Photo de 
l’auteur prise en 2007. 


99 








Illustration 14 Entrée de la face nord de Saint Kentigern’s 
que William Wallace a pu connaître (de son époque). Photo de 
l’auteur prise en 2016. 


100 


important de fortifications faites de terre et de bois. On les 
appelle ‘motte’ en référence au monticule de terre sur 
lequel elles sont édifiées. Elles existent dans plusieurs 
régions, par exemple le Stirlingshire et la Galloway, et ne se 
limitent pas à l’Écosse. La tapisserie de Bayeux montre la 
motte de Rennes. 

Le Lanarkshire contient de nombreuses mottes comme, 
par exemple, les mottes de Coulter, Roberton, Sommerfield, 
Abington et bien d’autres. Le volume 24 du Proceedings of 
the Society of Antiquaries of Scotland contient un plan des 
mottes dans le Lanarkshire page 344 (‘Forts in the Upper 
Ward of Lanarkshire’). Une cinquantaine de mottes y sont 
référencées. Elles se trouvent presque toutes proches d’une 
rivière, et probablement également à proximité de points de 
traversées de ces rivières. 

La motte près de Roberton est associée à Stephen de 
Roberton qui a prêté serment à Édouard ler en 1296. Des 
poteries du XIVème siècle y ont été retrouvées lors des 
fouilles de 1979, ce qui montre qu’elle était encore utilisée 
lors des guerres d'indépendance. Des fouilles par Ed 
Archer autour de la motte proche de Convington ont 
permis de trouver d’autres poteries de la fin du XIIème 
siècle et du début du XIVème siècle également. 

Ed pense que ces fortifications constituent une chaîne 
de défense de communication utilisée par Édouard ler. 
Leur localisation et leur concept de monticule de terre 
surélevé permettait de voir, et donc détecter, une attaque 
éventuelle des résistants écossais. Ed m'a expliqué que le 
livre de Flavius Vegetius ‘De Re Militari était devenu une 
référence au Moyen Age. Le roi d'Angleterre s’y serait 


101 


Proc. Soc. Antig. Scot. Vol.XXIV Plate XV 








se FORTS 





& \ IN THE 
… Ni be, p UPPER WARD 
de Ÿ à n te oF 
É Si à LANARKSHIRE. 
* | MILES 














Illustration 15 Plate XV page 345 du volume 24 des 
Proceedings of the Society of Antiquaries. Chaque chiffre 
correspond à une motte. 


102 


intéressé. Ce texte explique notamment comment protéger 
les lignes de communication, argument qui vient soutenir 
l'utilisation des mottes par les troupes anglaises pour 
s'implanter en Écosse. 


Suite de l’insurrection 


Le 24 mai 1297, Édouard Ier informe le comte de 
Dunbar qu'il a pris la décision de partir en Flandres afin de 
s'occuper de la guerre contre le roi de France. 


«Le Roï à Patrick fils de Patrick comte de March. 
S’étant résolu à traverser la mer aussi tôt que 
possible le dimanche suivant les octaves de la 
Nativité de Saint Jean-Baptiste [24 juin] (...) il 
délègue certains sujets qu’il tient à cœur à Hugh de 
Cressingham trésorier de l'Écosse, et Osbert 
Spaldington, qui les transmettra à Patrick de vive 
voix, et 1l leur demande de lui obéir conformément à 
leur allégeance. 

Pareil pour pour les personnes suivantes du sud de la 
Forth : Robert de Brus, comte de Carrick, John frère 
de James Stewart d'Écosse, (..) Ingelram de 
Umfraville, William de Douglas (...) »°° 


Ce document montre, qu’autant que le sache le roi 
d'Angleterre, toutes ces personnes lui étaient toujours 


loyales. 


Début 1297, le justiciar de Scone, William Ormesby, 


207 CDS vol.2, doc.884 


103 


avertit John Langetone, chancelier de l'Angleterre, de 
dangers en rédigeant une demande de protection pour son 
fils et quelques autres personnes? 

Ormesby poursuivait les Écossais qui ne souhaitaient 
pas prêter allégeance à Édouard ler2® Il aurait aussi 
participé à la confiscation et au transfert de la Pierre de la 
Destinée en 1296 à la fin de la campagne d'Écosse de 
1296.29 

Plus tard en mai, ou en juin 12971, après l'attaque de 
Lanark, William Wallace part pour Scone en compagnie de 
William Douglas afin de capturer Ormesby. Quelqu'un a 
prévenu le ‘justiciar’ du danger et il s'enfuit avec difficulté 
avant l’arrivée des Écossais.212 

Les agents du roi d'Angleterre deviennent de plus en 
plus menacés au point que quelques-uns doivent 
abandonner leur poste. Dans certains cas, ils sont mêmes 
remplacés par des Écossais.215 


Le 11 juin, Sir John Comyn et son cousin sont libérés 
pour aider les Anglais à calmer la population dans les 
Highlands car une révolte serait en cours.24 


208 CDS vol.2, doc. 881 

209 Under the Hammer, p.44 

210 Ferçgusson, p.24 

211 Mai dans Barron p.22, juin dans Under the Hammer p.39 

212 Fisher, p.78-79 ; Nicholson, p.52-53 ; Barron, p.19, p.22 et p.24 ; Barrows 
Robert Bruce, p.109; Under the Hammer, p.39 

213 Edward I, p.477 

214 Barrows Robert Bruce, p.112. Ils avaient été capturés à la bataille de 
Dunbar. 


104 


Pendant que Douglas part à Scone, Robert Bruce s’en 
va retrouver la famille du compagnon de William Wallace 
pour les mettre en lieu sûr. 

D'après un récit, lorsque le futur roi retourne en 
Annandale, il doit expliquer qu’il n’a pas eu d'autre choix 
que de prêter allégeance au roi d'Angleterre quand il s'était 
déplacé à Carlisle. 


Henry de Percy est basé à Carlisle et agit sous l'autorité 
d'Édouard ler. Carlisle se situe au nord-ouest de 
l'Angleterre, à la frontière de l'Écosse. Cette localisation 
géographique facilite les interventions en Galloway ou dans 
la région de Dumifries quand cela est nécessaire. Le 4 juin, le 
roi anglais ordonne à Henry de Percy et Robert de Clifford 
‘d'arrêter, d'emprisonner et de s'occuper de toutes les personnes 
s'opposant à la paix en Écosse”215, ce qui indique des agitations 
contre la couronne d'Angleterre. 

Le 13 juin’1, Édouard ler remercie Sir Donald MacCan, 
Gillemichael MacGeche et d’autres personnes pour avoir 
mis fin à des actions de ses opposants et avoir repris des 
châteaux. Fiona Watson explique que ces protagonistes sont 
de la région de Dumfries. Elle ajoute également que cette 
rébellion était probablement menée par les rebelles Robert 
Wishart, évêque de Glasgow, les Stewart et le comte de 
Carrick [Robert Bruce]?! Il y a problablement un lien entre 
l’ordre envoyé le 4 juin à Henry de Percy et le remerciement 
du 13 juin. 


215 CDS vol.2, doc. 887 
216 CDS vol.2, doc. 894 
217 Under the Hammer, p.44 


105 


En juin 1297, le comte John de Warenne écrit à Édouard 
ler qu'un délai ‘ne devrait lui porter aucun préjudice’ 
concernant les affaires en cours en Écosse 2!8 Le retard serait 
dû à un différend concernant Henry de Percy, le comte de 
Carrick (futur roi Robert Bruce), le Stewart (James) et 
l'évêque de Glasgow (Robert Wishart), ce qui vient appuyer 
l’idée que ces trois personnes ont un lien avec les 
soulèvements au sud-ouest de l'Écosse. 

D'après une lettre du 7 juillet 1297, ils ont ‘brûlé et 
détruit des châteaux et des villages’. Ces ‘résistants’ écossais 
retrouvent une force anglaise à Irvine et capitulent sans 
qu'aucun affrontement n’ait lieu. Richard de Lundie se 
trouve avec eux et se rend également. Ce dernier avait 
participé à la mise à mort du sheriff de Lanark et il était 
dans son intérêt de ne pas combattre. Le roi anglais se serait 
montré moins conciliant s’il avait sorti les armes.21° Ces 
nobles acceptent donc de cesser les hostilités. William 
Douglas est également présent à Irvine ce jour-là. 

Le 9 juillet, suite à la capitulation à Irvine, Robert Bruce 
(le futur roi) persuade Robert Wishart, James Stewart et 
Alexandre de Lindesye de le représenter comme garantie 
de sa loyauté au roi d'Angleterre, en attendant de remettre 
sa fille Marjorie en otage.22 

Un autre document de juillet 129721 précise la raison de 
la révolte. Le 24 mai, Édouard ler avait demandé à 
plusieurs nobles de le rejoindre en Angleterre avec leurs 


218 Docs Ill. Vol.2, p.183-184 

219 BoB Sept. 2011 ; Docs Il. Vol.2, p.192-194 ; Edward I, p.477 
220 CDS vol.2, doc. 910 

221 Docs Ill. Vol.2, p.198 


106 


hommes pour partir combattre Philippe le Bel en 
Gascogne??? Les insurgés expliquent qu'ils ne souhaitaient 
pas participer car c'était trop dangereux pour eux. Ils 
laissaient leurs terres sans défense et risquaient leurs vies à 
l'étranger alors qu'un conflit persistait en Écosse. 
Néanmoins, le 22 août, Édouard ler continue de demander 
à des Écossais de se joindre à lui contre la France. 2? 

Comme dernière action de la capitulation d'Irvine, 
Robert Wishart, James Stewart, Robert Bruce et William 
Douglas doivent se déplacer à Berwick pour se présenter en 
personne auprès des agents officiels du roi d'Angleterre. 
William Douglas sera gardé emprisonné et enregistré 
comme présent dans la prison de Berwick le 24 juillet 
129724 Robert Wishart arrive à Berwick en août. L’évêque 
de Glasgow est enfermé à Roxburgh car le comte de Carrick 
n’est pas venu et n’a pas respecté son engagement. 


Pendant que tout cela se passe, Édouard Ier prépare 
une autre campagne en Écosse pour restaurer la paix. Le 10 
juillet, les chevaliers du comte de Warenne sont à Berwick. 
Le 23 juillet, une force 300 chevaux et 10000 fantassins est 
réunie? Le même document dit explicitement qu'il faut 
attaquer William Wallace qui se trouve dans la forêt de 
Selkirk. 


«si nécessaire, une attaque devra être menée contre 


222 Docs Ill. Vol.2, p.193 
223 CDS Vol.2, doc. 942 
224 Docs Ill. Vol.2, p.206 
225 Docs Ill. Vol.2, p.200-203 


107 


William Wallace qui se trouve dans la forêt de 
Selkirk avec un large groupe d’hommes » 


Andrew Murray s'évade du château de Chester. Son 
père, lui, sera toujours enfermé dans la tour de Londres en 
novembre 1297.2% Il est de retour dans les Highlands en 
juillet 1297. L’évêque d’Aberdeen le croise le 17 juillet avec 
un bon nombre d'hommes à Launoy, autour de la rivière 
Spey, dans les Highlands?? Le 8 août, le connétable du 
château d’Urquhart rapporte qu'Andrew Murray et sa 
bande attaquent cette fortification au bord du Loch Ness.225 
Ils ne parviennent pas à prendre possession de la forteresse. 
Les assaillants se replient dans les bois et trouvent refuge 
dans les châteaux de Awath et Balkeny. 


Les forces de William Wallace et Andrew Murray se 
rejoignent pour assiéger Dundee et tenter de reprendre 
possession du château en août 12972? C'est alors que le 
trésorier Hugh de Cressingham et John de Warenne 
quittent Berwick le même mois pour se diriger vers le nord 
avec une armée afin de contrer la rébellion. Quand William 
Wallace et Andrew Murray l’apprennent, ils doivent quitter 
Dundee pour se diriger vers Stirling. 


Le 22 août, Édouard ler se trouve à Winchelsea. Il 
quitte la Grande-Bretagne pour les Flandres le lendemain à 


226 CDS vol.2, doc. 960 

227 Docs Ill. Vol.2, p.212 

228 CDS vol.2, doc. 922 ; la fin de la citation du document montre qu'il a 
été rédigé à Inverness le 8 août. 

229 Bower, p.85 ; Under the Hammer, p.47; Barrows Robert Bruce, p.111 


108 


bord du bateau le Cog St Edward.2# 
La gestion de l'Écosse est donc confiée au trésorier 
Hugh de Cressingham et John de Warenne. 


230 Edward I, p.424-425 


109 


7] 


Lars ES va 
PP mie ER À 





De em Des 
1 


Illustration 16 Statue de William Wallace dans le centre-ville 
de Stirling. 


110 


De Stirling à Falkirk 


Nous avons donc, d’une part l’armée anglaise qui se 
dirige vers le nord, et d’autre part Andrew Murray et 
Wallace qui viennent de Dundee (dans les Highlands) pour 
redescendre vers le sud de l'Écosse. 


Au XIIème siècle, les cartographes voient l'Écosse 
divisée en deux parties : les Lowlands et les Highlands. Ce 
qui différencie les connaissances géographiques de 
l’époque avec aujourd’hui est visible sur un plan de 1250- 
1259 connu comme étant la carte de Matthew Paris, nom de 
son auteur. 

Les Highlands y sont représentés comme Scotland 
beyond the sea (au-delà de la mer, c’est-à-dire au-delà 
l'estuaire du Forth). 

Mais surtout, un seul endroit permet de pénétrer dans 
les Highlands, ‘ESTRVELIN PONS’, le pont de Stirling. La 
ville de Stirling est donc un emplacement stratégique 
extrêmement important puisque c’est le lieu indispensable 
qu'il faut traverser afin de pouvoir se rendre un peu plus 
au nord. 


La rivière Forth entre dans les terres par l'estuaire sur 
lequel se trouve la ville d'Édimbourg et passe par Stirling. 
Le paysage ne ressemble en rien à ce que l’on peut voir 
dans le film de Mel Gibson. Du côté sud, le château de 
Stirling se trouve sur un point surélevé. Du côté nord, il y a 
les collines connues sous le nom Ochil Hills, et l'Abbey Craig 
juste en face, rocher sur lequel repose le National Wallace 


111 


Monument aujourd’hui. Au milieu de cette vallée passe la 
rivière Forth. Il y a un pont qui permet de la franchir. Sur la 
rive au nord, une route appelée Causeway Head offre un 
chemin pour avancer vers les Ochil Hills. 

La rivière ne fait pas une ligne droite mais forme des 
boucles. Une fois que l’on touche la rive nord, on est 
encerclé par les eaux de la Forth et il n’y a qu’une seule 
direction pour avancer, soit on fait demi-tour et il faut 
retraverser le pont, soit on est obligé d'emprunter le seul 
chemin possible. 





Abbey Craig 


Armée Ecossaise 






Cambuskenneth 


Armée anglaise 











Illustration 17 Esquisse de la disposition des armées avant la 
bataille de Stirling. Faite par l’auteur. La ligne noire correspond à 
la rivière. 


Le pont de Stirling, à l’époque, est supposé avoir été 


très étroit, seulement deux chevaux pouvaient se 
positionner côte à côte, et construit en bois. 


112 


£ 





pont de Stirling. On voit bien la boucle formée par la rivière 
Forth. Toute armée qui la traverse se retrouve encerclée par les 
eaux. 


113 


La légende veut que le sol de la rive nord du fleuve, 
immédiatement après avoir traversé le pont, soit mou et 
marécageux.#! Barrows décrit le terrain de façon moins 
affirmative et précise qu'il n'était ‘pas nécessairement 
marécageux' tout en restant vague? Le biographe James 
Fergusson se fie à la légende et dépeint un terrain 
marécageux lui aussi?# En somme, après avoir passé la 
rivière, le seul chemin praticable aurait été Causeway Head. 


L'armée de Cressingham et de Warenne atteint Stirling 
la première semaine de Septembre.%* Richard de Lundie, 
ancien compagnon de Wallace lors de l’attaque du sheriff 
de Lanark, avait capitulé à Irvine et se trouve maintenant 
avec les forces du roi anglais.2% 

La composition des armées n’est pas connue en détail. 
Il existe plusieurs versions. James Mackay propose 1000 
chevaux et 50000 fantassins*%, tandis que Hugh de 
Cressingham parlait de chiffres plus modestes en juillet 
avec ‘300 chevaux et 10000 fantassins’ 2% Ces effectifs étaient 
probablement réunis en bas de la colline du château de 
Stirling, pas sur le versant de la rivière et du pont, mais à 
l'opposé, derrière la fortification. L'espace s'appelait King's 
Park. L'un des chevaliers anglais s'appelle Sir Marmaduke 


231 Mackay, p.143, ‘haugh area of marsh'; 

232 Barrows Robert Bruce, p.113, ‘not necessarily swampy, but very 
probably soft ground’ 

233 Fergusson, p.54 

234 Fisher, p.97 ; Barrows Robert Bruce, p.113 

235 BoB Sept. 2011 

236 Mackay, p.141 

237 Docs Ill. Vol.2, p.202 


114 


Tweng. 

Le nombre des troupes écossaises s'élève probablement 
à 180 chevaux et 6400 fantassins 2% Leur localisation n’est 
pas connue avec certitude. L'emplacement le plus probable, 
accepté aujourd’hui, correspond au nord de Cornton, site de 
l’université de Stirling aujourd’hui. 


Pour ce qui est du déroulement exact de la bataille, 
gardons à l'esprit qu’il peut y avoir une part de légende et 
de mythologie. Il est possible que la version des faits 
retranscrite dans les chroniques soit légèrement imagée ou 
romancée. 

Le 10 septembre, Warenne respecte la tradition en 
envoyant un émissaire pour proposer aux forces de Wallace 
et de Murray de se rendre. Le chroniqueur Guisborough 
nomme James Stewart et le comte Malcolm de Lennox 
comme représentants de l’armée anglaise. Ces derniers 
reviennent sans avoir obtenu de compromis. Ils proposent 
donc de revenir le lendemain (11 septembre 1297) avec une 
cavalerie en renfort. 

Le matin du 11 septembre, une partie des forces 
anglaises est envoyée de l’autre côté du pont avant d’être 
rappelée car John de Warenne dormait encore.2* 

Deux moines Dominicains partent à la rencontre de 
l’armée écossaise pour leur proposer une nouvelle fois une 
reddition. La réponse de Wallace à Warenne aurait été : 


«Dites à vos hommes que nous ne sommes pas 


238 MacKay, p.146 ; Osprey 1297-1298, p.46 
239 Barrows Robert Bruce, p.114 ; Fisher, p.104 


115 


venus pour obtenir la paix, mais prêts à livrer 
bataille, pour venger et libérer notre pays. Laissez les 
venir quand ils le souhaitent, et nous saurons les 
recevoir. »°* 


Richard de Lundie avertit le comte de Surrey que 
traverser le pont s'avère trop dangereux et propose 
d'envoyer un second groupe traverser la rivière à Kildean, 
point plus au nord où se trouve un gué. Cette stratégie 
permettrait d'attaquer l'ennemi par l'arrière pendant qu’un 
autre groupe passe le pont en sécurité.24! 


«Mes seigneurs, si nous traversons le pont nous 
sommes des hommes morts. Nous ne pouvons passer 
que deux par deux et l’ennemi se trouve sur notre 
flanc et ils peuvent donner la charge quand ils le 
souhaitent sur un seul front. Mais il y a un gué pas si 
loin d’ici, où nous pouvons passer à soixante à la 
fois. Laissez-moi prendre cinq mille hommes et 
quelques fantassins, et nous contournerons l’ennemi 
par l’arrière pour les écraser. Pendant ce temps vous, 
mon seigneur, et les autres qui vous accompagnent, 
vous traverserez le pont en toute sécurité. » 


Hugh de Cressingham fait valoir que perdre du temps 
coûterait encore plus d'argent à la couronne d'Angleterre et 
demande une action rapide et sans délai. 


«Il ne serait d’aucune utilité, mon seigneur, de faire 
durer cette affaire plus longtemps, et gaspiller les 


240 Fergusson, p.57; Mackay, p.146 
241 Mackay, p.147 ; Barrows Robert Bruce, p.114; Ferçgusson, p.58. 


116 


revenus du Roi pour rien. Avançons et 
accomplissons notre devoir comme il se doit. » 


Warenne décide d'écouter le trésorier et donc de ne pas 
suivre le conseil de Richard de Lundie. 


Sir Thomas Grey écrit : 


«William Wallace (...) a laissé autant d’Anglais 
qu’il le souhaitait traverser le pont, et, au bon 
moment, les a attaqués F. 


La chronique de Lanercost contient également les lignes 
suivantes : 


«Ils ont laissé traverser autant d’Anglais qu’ils 
pensaient pouvoir vaincre »°° 


Ensuite, les lanciers de William Wallace dévalent la 
colline pour assaillir l’armée d’Édouard Ier et leur barrer la 
route du pont pour empêcher toute retraite. 


Sir Marmaduke Tweng se rend compte du danger et 
guide les quelques cavaliers qui l’accompagnent pour leur 
permettre de traverser les Écossais et regagner l’autre rive 
par le pont. Il sera quasiment le seul chevalier à avoir réussi 
à fuir la bataille. 


Ensuite, il existe plusieurs versions. La Scalacronica 


242 Scalacronica, p.19 
243 Lanercost, p.164 


117 


raconte que le pont a été détruit : 
« [les Écossais] ont causé la destruction du pont »** 


La chronique de Lanercost propose une version plus 
nuancée : 


5 : % À 245 
« [les Ecossais] ont bloqué l’accès au pont » 


et ne parle pas de destruction. 


Guisborough raconte également que les lanciers se sont 
assurés ‘qu'aucun passage ou qu'aucune retraite n'était possible’ 
et ajoute, qu'après la retraite de Sir Marmaduke Tweng, 
Warenne aurait ordonné de détruire et de brûler le pont. 

Sir Marmaduke Tweng est récompensé de son évasion 
avec la responsabilité de la garde du château de Stirling. 


La légende veut qu’un seul homme du nom de John 
Wright, partisan de Wallace et Murray, se soit dissimulé 
sous le pont puis ait réussi à causer l'effondrement du pont 
en retirant les broches qui permettaient de le maintenir. 
Une pierre commémorative située à côté du vieux pont de 
Stirling indique que ses descendants auraient été 
surnommés ‘Pin’ jusqu’en 1900. 

Nous avons donc plusieurs versions, l’obstruction du 
passage, la destruction par l’armée de Wallace, ou encore 
Warenne qui ordonne de l’endommager avant de le brüler. 


244 Scalacronica, p.19 
245 Lanercost, p.164 


118 


Ce que nous savons néanmoins c’est que le pont était 
impraticable en 1303. Édouard ler doit se faire livrer un 
ponton pour traverser la rivière.# De plus, des réparations 
ont commencé en 1305 : 


«Le Roi commande John de Sandale de s’occuper 
des problèmes d’un certain passage à Stirling et de 
réparer le pont qui a été détruit (...) »°7 


Il est donc tout à fait possible que des dégâts aient été 
causés lors de la bataille du 11 septembre 1297. 

Ces différentes versions s'accordent à dire que le pont a 
été rendu inutilisable. 


Lors de mon entretien avec Fiona Watson, elle m’a 
expliqué que capturer des prisonniers pour ensuite 
demander des rançons était une activité lucrative à cette 
période. Sur cette idée, les Écossais n’avaient aucun intérêt 
à détruire le pont, mais plutôt à vouloir se rapprocher des 
autres soldats d’Édouard ler. 


Les Anglais sont donc bloqués sur la rive nord avec une 
armée qui s’abat sur eux. Fordun raconte 


«toute l’armée anglaise cherche à s’enfuir : certains 
meurent sous le coup d’une épée, d’autres sont 
attrapés, et d’autres se noient »”* (en essayant de 
traverser la rivière)’ 


246 Under the Hammer, p.181-182 
247 CDS vol.2, doc.1705 
248 Fordun, p.322 


119 


Lanercost écrit tout simplement 


«ils ont massacré tous ceux qui ont traversé le 
pont s 


Hugh de Cressingham meurt dans les combats. 


«parmi ceux qui ont péri le Trésorier de 
l’Angleterre, Hugh de Cressingham, de qui William 
a pris un bandeau de sa peau allant de la tête aux 
talons pour se faire un baudrier pour son épée »°*° 


Sir Thomas Gray raconte que plusieurs baudriers 
auraient été fabriqués.251 

Le caractère romanesque de l’utilisation de la peau de 
Cressingham n’est bien entendu pas à prendre au sens 
littéral. 


Nous savons aussi que le connétable du château de 
Stirling et ses hommes meurent dans les combats?”?, ce qui 
peut aussi expliquer que la garde de cette fortification ait 
été remise à Sir Mamaduke Tweng et William de Ros. 


Fergusson suggère que l’armée de Wallace connaissait 
le gué proche du monastère de Cambuskenneth et aurait pu 
tenter d'atteindre le reste des forces anglaises par ce 


249 Lanercost, p.164 
250 Lanercost, p.164 

251 Scalacronica, p.19 
252 CDS vol.4, doc.1835 


120 


passage. La chronique de Lanercost dit d’ailleurs que 


«Le comte Warenne s’est échappé avec difficulté, 
accompagné d’un petit nombre, tellement il était 
pourchassé par l’ennemi. »°° 


Une fois la bataille terminée, les Écossais s'emparent du 
château de Stirling. Les forces de Wallace ne disposaient 
pas de machine pour mener un siège face à une forteresse. 
Elles coupent tous les ravitaillements et affament les soldats 
qui s’y trouvent. Andrew Fisher parle également de 
manque de provisions.%* Un document qui a survécu 
confirme cette stratégie. 

Des Anglais avaient reçu l’ordre de Warenne d'occuper 
le château pour le protéger. Le commandant de l’armée 
anglaise ne doutait probablement pas qu'il tomberait entre 
les mains des forces William Wallace et Andrew Murray. 


« William de Ros a dû rendre le château par manque 
de vivres, suite à quoi William le Waleys lui épargna 
la vie car c’était le frère de Sir Robert de Ros ; mais 
comme il ne renonça pas à son allégeance, il a été 
envoyé au château de Dumbarton comme prisonnier, 
enchainé de fers et pris de faim »°* 


Ainsi se terminent les affrontements de Stirling en 1297. 
William Wallace peut profiter de ce triomphe. Ses soldats 
ont dû regagner de la confiance, tout comme beaucoup 


253 Lanercost, p.164 
254 Fisher, p.114 
255 CDS vol.4, doc. 1835 


121 


d’autres Écossais, un an après le passage du roi anglais un 
an auparavant. Andrew Murray, le meneur de la révolte 
dans les Highlands, sort blessé de la bataille. Il en mourra 
quelques mois plus tard. 


Avant de raconter la suite des évènements, je vais vous 
parler de la ville de Stirling et partager avec vous ce que les 
experts locaux m'ont appris. 





Er. 


| Illustration 19 Vue sur le National Wallace Monument et les 
Ochil Hills depuis le château de Stirling. Photo de l’auteur. 


John Harrison est un spécialiste de l’histoire des 
paysages et des terrains. Voici donc quelques-uns de ses 
mots pour présenter la vue du château sur la rivière et le 
Wallace Monument : 


«Nous observons la vue de l’esplanade du château 
[de Stirling] vers le pont de Stirling. Tout en bas, on 
peut voir le pont. En arrière-plan, il y a le National 
Wallace Monument. À l’ouest (sur la gauche) du 


122 


monument, la Zone s’appelle Cornton. 

(...) Cette Zone, souvent décrite comme 
marécageuse, ne l’était pas en réalité, autrement elle 
ne porterait pas le nom de Cornton* et il y a 
d’autres indications que le terrain était cultivable. 
Aujourd’hui, il y a beaucoup de constructions. À 
l’époque, cela aurait été un terrain ouvert. Cet 
emplacement est encerclé par la rivière. Derrière, le 
sol remonte et on peut y trouver l’université de 
Stirling. Cet emplacement aurait été le plus probable 
pour diriger une armée, par exemple pour Wallace. 
Encore une fois, une grande partie du sol des deux 
côtés de la rivière aurait été cultivable à l’époque des 
guerres d’indépendance. 

Tout au fond se trouvent les Ochil Hills. 

Il y a assez d’éléments pour dire que la zone 
Queenshaugh pouvait être utilisée pour cultiver le 
sol également même si ce sol était plus ‘lourd’. 
(...) Plus à droite (à l’est) se trouve Cambuskenneth 
Abbey. Elle a été établie au XIIème siècle. Elle 
possédait des terres sur Stirling, des deux côtés de la 
rivière. Cette institution avait un rôle lucratif, 
notamment avec les terres qui étaient cultivées 
autour. C’est la raison pour laquelle ce type 
d’établissement subissait des raids au Moyen-Age, 
pour se faire piller. 

Un autre monastère du nom de Blackfriars existait 
aussi dans la ville de Stirling. »°* 


Quelques marécages existaient dans la région, mais pas 
à cet endroit. Il est peu probable qu'un sol marécageux ait 


256 ‘Corn’ signifie avoine ou blé. Cornton -> ville du blé. 
257 Heavy ground est l'expression originale employée par John Harrison. 
258 Extraits d’un entretien enregistré en septembre 2009 


123 


eu une quelconque influence sur la bataille. 

Les différents éléments permettant d'appuyer ces 
constatations sur le sol non marécageux sont complexes. 
Ainsi, je ne m'aventurerai pas à essayer de les présenter, 
afin d'éviter toute maladresse. Des références sont 
disponibles dans la bibliographie. 


Nous savons peu de choses sur le pont de Stirling. 
D'après les récits, il était étroit et fait de bois. Plusieurs 
ponts ont existé au même emplacement. Par exemple, 
Osbret, le Roi de Northumbria en a construit un en l’an 860. 
Le premier sceau que l’on connaît pour la ville de Stirling 
date de 1296. Il dépeint le pont de Stirling, ce qui souligne 
son importance. Les documents présentés plus haut 
suggèrent que le pont est resté inutilisable pendant 
plusieurs années après la bataille. Il aurait fallu attendre 
1305 pour entamer des réparations. En 1905, un certain 
James Ronald découvre les fondations de deux piliers alors 
qu'il cherchait des perles dans la rivière. C’est la marée 
basse qui a aidé à les identifier. Il a décrit ces deux piliers 
comme étant parallèles au vieux pont. En septembre 1996, 
des équipements de sonar deviennent disponibles. Le 
‘vieux pont’, toujours en place aujourd’hui, date d’après la 
période des guerres d'indépendance. Ce n’est donc pas 
celui-ci qui était en place au moment de la bataille. 
L'expression ‘ancien pont’ est utilisée pour faire référence à 
une construction qui remonte un peu plus dans le temps, 
donc plus ancienne, et peut être utilisée en septembre 1297. 

Grâce aux sonars, Ronald Page va pouvoir conduire des 
recherches supplémentaires avec des membres du club de 


124 


plongeurs et Campbell Chesterham. Les conclusions sont 
publiées dans un article qui porte le titre The Ancient Bridge 
of Stirling : Investigations 1988-2000. Tristement décédé le 24 
septembre 2015, j'ai eu le privilège de rencontrer Ron Page 
sur le ‘vieux pont’ (Old Bridge) actuel de Stirling le matin du 
15 septembre 2009. Lors de ma rencontre avec lui, il m’a 
remis une version sur carton de sa reproduction du sceau 
de la ville de Stirling, avec l'autorisation de le reproduire 
dans toute publication que je pourrais faire à l'avenir. Une 
partie de notre entrevue a été enregistrée sur vidéo. Voici 
donc la retranscription de ce que Ronald Page et Campbell 
Chesterham m'ont présenté sur place, ce matin du 15 
septembre 2009. 





Illustration 20 Vieux pont de Stirling. Construit plus d’un 
siècle après la bataille. Photo de l’auteur prise en 2009. 


Campbell commence par me montrer des tourbillons?* 
venant d’une zone recouverte par l’ombre des arbres, zone 
peu éloignée du vieux pont que l’on peut traverser à pied 


259 ‘Turbulence’ est le mot employé en anglais. 


125 


aujourd’hui. Je prends une photo. Il m’expliquera plus tard 
que cette agitation à la surface de l’eau vient d’un des 
piliers de l’ancien pont. Le courant devait passer par-dessus 
ce pilier pour avancer. 





l'eau. Photos prises par l’auteur le 15 septembre 2009. 


126 


« Campbell mdique que les piliers du côté de la rive 
du château se trouvent au pied du pont actuel. Par 
contre, l’ancien pont formait un angle, c’est-à-dire 
qu’il n’était pas perpendiculaire à la rive pour 
réaliser la construction la plus courte. L’ancien pont 
n’était pas parallèle au vieux pont actuel non plus. 
C’est pour cela que les piliers qui se rapprochent de 
la rive nord s’éloignent de plus en plus du ‘vieux 
pont’ toujours en place aujourd’hui. 


À l’origine, Causeway Head formait une ligne droite 
venant du château et s’enfonçant dans les rochers où 
se trouve le National Wallace Monument. Campbell 
ajoute qu'aujourd'hui le passage du pont pour 
avancer vers les Highlands se poursuit avec un 
tournant vers la gauche. Selon lui, cet angle est un 
élément supplémentaire qui permet de souligner que 
le ‘vieux pont’ actuel n’a pas été reconstruit au 
même emplacement que le précédent. Il a fallu 
aménager la route Causeway Head pour la prolonger 
vers la nouvelle construction tout ajoutant un 
tournant vers la gauche à la sortie du pont. 


Les deux piliers identifiés en 1905 ont été retrouvés. 
Ils étaient de taille identique. 

Le sceau montre huit piliers. Quand il s’est rendu 
compte que les deux piliers s’alignaient, Ron Page a 
divisé la trajectoire en huit. Trois piliers ont été 
découverts sous le banc de sable en plus des deux de 
1905, celui sous l’ombre des arbres compris (de 
1905). Des femmes du club de plongée ont utilisé 
des tiges de fer afin de sonder le terrain sous-marin. 


Ron Page : Nous savons que l’ancien pont était très 


127 


différent de celui sur lequel on se tient *?. Au départ, 
nous pensions que l’ancien pont traversait la rivière 
de façon perpendiculaire à la rive mais nous n’avons 
rien trouvé. Ensuite, nous avons trouvé un second 
pilier. Nous nous sommes rendu compte que ces 
deux piliers formaient une trajectoire. La distance 
qui les séparait était trop grande donc nous avons 
imaginé d’autres piliers entre ces deux-là. Des 
femmes du club de plongée avaient des tiges de fer 
longues de 3 mètres”! pour tâter le fond de la rivière. 
C’est de cette façon que nous avons identifié les 
piliers supplémentaires sous le banc de sable. 





Illustration 23 Dessin de Ron Page pour reproduire le sceau de la 
ville de Stirling de 1296. On voit huit piliers. 


260 L'entretien s’est réalisé depuis le ‘vieux pont’, Old Bridge 
261 10 feet 


128 


Campbell: La conclusion de notre recherche, et 
l’élément nouveau qui nous avons apporté, c’est que 
le pont traversait la rivière en formant un angle [et 
non de façon perpendiculaire à la rive]. Nous ne 
connaissons pas les origines du pont qui a été 
découvert. Néanmoins, il faut remarquer que 
plusieurs ponts ont été construits autour de cet 
emplacement. 


Ron Page : Il n’y a pas d’autre banc de sable comme 
celui-ci dans la rivière. Nous croyons que les piliers 
ont ralenti le courant, ce qui a permis de déposer du 
sable à cet emplacement. En d’autres mots, les piliers 
auraient causé la création d’un banc de sable. » 


Les piliers sont en pierre. Aucune fondation en bois n’a 
été découverte. Peut-être que les traces ont disparu avec le 
temps. En tout cas, les conclusions de Ron Page et 
Campbell Chesterham nous fournissent des éléments 
concrets pour essayer d'imaginer l'emplacement exact des 
ponts plus anciens que le Old Bridge toujours présent, 
inconnus jusqu’à leur travail. 

Malheureusement, il est impossible d'affirmer que ce 
qui a été découvert correspond à l'emplacement exact du 
pont de la bataille qui s’est tenue le 11 septembre 1297. Par 
contre, ces piliers constituent les fondations les plus 
anciennes que nous connaissons aujourd’hui pour traverser 
la rivière Forth à ce point de passage. 

Néanmoins, cet ‘ancien pont’ porte les caractéristiques 
de celui représenté sur le sceau de la ville de Stirling de 
1296. Si celui de la bataille était bien en bois, nous pouvons 
imaginer que la construction de pierre a remplacé 
l’ancienne structure au même emplacement. 


129 


La construction du National Wallace Monument a 
débuté le 24 juin 1861. La cérémonie d'ouverture s’est tenue 
le 11 septembre 1869. La localisation de la tour a une portée 
symbolique car, jusque dans les années 1930, c'est de cet 
emplacement que l’on pensait que Wallace avait dirigé ses 
troupes. L'auteur James Fergusson, dans sa biographie de 
William Wallace, explique que cette hypothèse était tout 
simplement impossible en réalité. Le nouvel emplacement 
supposé des troupes écossaises à l’ouverture de la bataille 
correspond au site de l’université de Stirling aujourd’hui. 

La présentation intérieure du musée a évolué entre 
2000 et 2019. En 2000, le premier étage montrait une épée 
intitulée The Wallace Sword (épée de Wallace) et des 
panneaux d’information sur différents thèmes tels que Les 
guerres d'indépendance d'Écosse, les premières années de 
Wallace, la bataille de Stirling, sa capture et son exécution, ou 
encore l'épée de Wallace. Le deuxième étage s'appelle le Hall 
des Héros. On y trouve les bustes de plusieurs personnalités 
ayant marqué l'Histoire de l'Écosse au fil des siècles. Il y a 
également des vitraux dédiés à William Wallace. Le 
troisième étage montrait en 2000 un ‘diorama’ de 360 
degrés pour présenter le paysage qui entoure le musée et 
l'Histoire qui s'y rattache. Ce diorama a ensuite été 
remplacé par des photos de sites ou de statues de William 
Wallace. 

En me rendant à mon lieu de travail sur Stirling début 
2019, je pouvais observer des échafaudages autour du 
National Wallace Monument, sans savoir ce qui s'y passait. 
Le 5 avril [2019], j'ai voulu visiter le musée une nouvelle 


130 





NN We SR 
Illustration 24 Statue au-dessus de l'entrée du National 
Wallace Monument. Photo de l’auteur prise en 2007. 


131 


fois mais il n'avait pas rouvert ses portes. Ed, ami de 
Lanark, m'y emmène dix jours plus tard. 

Le premier étage a connu de grandes transformations. 
L’arme présentée comme ‘l'épée de Wallace’ reste visible. On 
trouve maintenant une frise chronologique, des 
informations plus factuelles telles que la reproduction du 
sceau de la lettre de Lübeck, des panneaux qui résument ce 
que l’on sait aujourd’hui sur le William Wallace historique 
et une courte projection vidéo sur une toile. Le troisième 
étage présente des informations bien plus détaillées sur la 
bataille que ce qui était visible auparavant. On y trouve 
notamment des reproductions d'armes du Moyen-Age qui 
auraient pu servir pendant la bataille. 

Du haut du monument, on peut observer une 
magnifique vue sur Stirling, que ce soit pour regarder le 
clocher du monastère de Cambuskenneth, le château de 
Stirling, ou encore imaginer une armée d’Écossais courir 
vers l’armée anglaise prise au piège par la rivière Forth. 


Un autre musée à Stirling contient lui aussi un espace 
dédié à William Wallace et la bataille de Stirling Bridge, le 
Stirling Smith Art Gallery and Museum. Personne ne sait 
à quoi ressemblait William Wallace. Il n'existe pas de 
portrait contemporain. C'est pour cela qu'aucune des 
différentes représentations ne se ressemble. Un de ses 
multiples portraits est exposé dans cette galerie. En soutien 
à mon projet, Elspeth King m'a fourni l'autorisation 
d'utiliser l’image de ce tableau (couverture de ce livre). Elle 
connaît bien l’histoire de William Wallace et s’y intéresse 
également beaucoup puisqu'elle est à l'initiative de la 


132 


réédition de la traduction de Blind Harry par William 
Hamilton de Gilbertfield, publiée en association avec le 
Stirling Smith et livre dont elle a rédigé l'introduction, 
auteur d’un article sur la culture autour de William Wallace 
dans The Wallace Book? et aussi à l’origine du livret 
maintenant épuisé Introducing William Wallace : Braveheart, 
sans oublier un autre livret The Face of Wallace (épuisé 
également). Elle m'a fait l'honneur de me recevoir en 
septembre 2009. Dès notre premier échange en 2008, elle a 
montré un intérêt pour une publication en français autour 
de William Wallace. Lors de notre entrevue, j'ai appris qu'il 
existait plusieurs exemplaires du tableau de Wallace exposé 
au Stirling Smith. 








Illustration 25 Portrait de William Wallace au Stirling Smith. 
L'une des multiples tentatives de représentation de Wallace. 
Nous ne savons pas à quoi il ressemblait. Image du Stirling Smith 
Art Gallery and Museum. 


262 Collection d’articles autour de William Wallace parue en 2007. 


133 


Elspeth King accorde beaucoup de crédibilité à la 
biographie de Blind Harry. Sa conviction reste que l’on ne 
peut pas commander un poème de qualité, que la poésie ne 
s'achète pas. Ce n’est pas son opinion que le texte de Blind 
Harry a été rédigé pour faire face à l'influence anglaise en 
Écosse. Elle a insisté sur le fait que Blind Harry avait du 
talent et que ses lignes étaient très bien écrites. Elspeth King 
m'a ensuite emmené dans l’espace du musée dédié à 
William Wallace afin de me montrer le plan de Matthew 
Paris. Je n'avais pas compris son importance avant qu'elle 
me l'explique. 


Le château de Stirling que l’on peut visiter aujourd’hui 
ne date pas de l’époque de Wallace. Malheureusement, on 
ne sait pas en détail à quoi il ressemblait. La vue sur la 
vallée de Stirling nous laisse nous représenter l’image d’une 
armée anglaise qui traverse la rivière pour ensuite essuyer 
une défaite. 


La seule structure de l’abbaye de Cambuskenneth 
toujours en place est son clocher de 22 mètres de haut. Le 
monastère a été fondé autour de l’an 1140 sous le règne de 
David ler. Initialement lié à la congrégation d’Arrouaise, il 
rejoindra l’ordre des Augustiniens. On suppose que les 
moines ont pu jouer un rôle après les combats, par exemple 
pour soigner les blessés. Non loin de l’abbaye se trouvait 
un gué pour traverser la rivière. Un pont proche de 
Cambuskenneth permet aujourd’hui de passer d’une rive à 
l’autre. 


134 














gauche. Photo de l’auteur. 


135 





Illustration 27 Vue sur Cambuskenneth depuis le National 
Wallace Monument. Photo de l’auteur. 


136 


Revenons aux faits historiques. Le comte de Warenne 
prend la fuite après la défaite de son armée pour aller se 
réfugier à Berwick. La chronique de Sir Thomas Gray dit 


« William Wallace (...) a suivi le comte de Warenne 
avec une grande force, en contournant Berwick, et 
arriva à Hutton Moor en ordre de bataille. Voyant 
que les Anglais se rassemblaient pour s’opposer à 
lui, il ne s’est pas approché de la ville de Berwick et 
s’est retiré en bivouaquant à Duns Park°%, »°%* 


Michael Prestwich raconte que les Anglais résidant en 
Écosse fuient. Seule la garnison du château de Berwick reste 
dans cette ville qui est à la frontière de l'Angleterre et de 
l'Écosse.255 


John de Warenne souhaite quitter l'Écosse. Édouard ler 
écrit à Robert de Clifford le 24 septembre et transmet 
l'ordre au comte de Surrey de ne quitter le territoire 
qu'après avoir résolu la situation, c’est-à-dire après avoir 
rétabli l’ordre et l'autorité anglaise en Écosse.25 


Sir Thomas Gray ajoute ensuite : 


« Quand le comte de Warenne apprend l’approche de 
William Wallace, il s’enfuit de Berwick »”°? 


263 Lieu au nord de Berwick. 
264 Scalacronica, p.19 

265 Edward I, p.478 

266 CDS vol.2, doc. 946 

267 Scalacronica, p.19-20 


137 


La Scalacronica indique ensuite : 


« William Wallace, apercevant le départ du comte de 
Warenne, envoie le chevalier Henry de Haliburton 
pour prendre Berwick »°°° 


En septembre 1297, le château de Berwick est assiégé. 
La chronique de Lanercost raconte : 


«Les Écossais entrèrent dans Berwick et ont mis à 
mort tous les Anglais qu’ils trouvaient. Comme la 
ville ne possédait pas de remparts, elle pouvait être 
prise facilement par les Écossais ou les Anglais s’ils 
venaient en force. »°°” 


Pendant le siège du château de Berwick, Peter de 
Kirkoswald réussit à s'échapper et demande des renforts 
dans la lettre suivante. 


«À mon seigneur le roi et son assemblée prie, 
Pierres de Kirkoswald, qui l’a servi dans les guerres 
du Pays de Galles et d'Écosse, et logeait au château 
de Berwick au moment du siège jusqu’à ce que les 
vivres soient épuisés. (...) [Pierres de Kirkoswald] a 
traversé à la nage la rivière Tweed, en transportant 
des lettres dans ses chaussures, jusqu’à Norham pour 
demander de l’aide au comte Warenne, et est ensuite 
retourné au château en repassant par cette même 
rivière. (...) »7 


268 Scalacronica, p.20 
269 Lanercost, p.164 
270 Docs Ill. Vol.2, p.228-229, document de septembre 1297 


138 


Seule la ville de Berwick est reprise par les Écossais, 
dont William Wallace?! Le château de Berwick reste entre 
les mains de la couronne d'Angleterre puisque une armée 
anglaise vient lui prêter main forte en février 1298.27 


«Le château de la ville, cependant, ne se rend pas à 
: 273 
cette OCCasion. » 


William Wallace et Andrew Murray souhaitent rétablir 
le commerce avec l’Europe et agissent en tant que 
représentants du royaume. La lettre maintenant connue 
sous le nom de Lübeck Letter (lettre de Lübeck) est rédigée le 
11 octobre 1297. 


«Andrew de Murray et William Wallace, chefs de 
l’armée du royaume d'Écosse, et de la communauté 
de ce même royaume, aux hommes avisés et discrets 
et nos amis bien-aimés, les maires et habitants de 
Lübeck et Hambourg, salutations et amitiés toujours 
des plus sincères. 


Il nous a été rapporté par des marchands dignes de 
confiance du dit royaume d’Écosse, que par votre 
propre bonne volonté vous apportez votre conseil, 
votre assistance et service dans toutes les affaires et 
transactions qui nous concernent nous et les dits 
marchands, bien que nos mérites n’en soient pas 
dignes ; puisque le royaume d'Écosse, grâce à Dieu, 
a été libéré par la guerre de la puissance des Anglais. 
Salutations. 


271 Docs Ill. Vol.2, p.260 
272 Under the Hammer, p.50 ; Fergusson, p.76 
273 Lanercost, p.164 


159 


Remise à Haddington onzième jour du mois 
d’octobre de l’an de grâce 1297. 


Nous vous demandons par ailleurs d’avoir la bonté 
de donner suite aux affaires de nos marchands John 
Burnet et John Frere, comme vous souhaiteriez que 
l’on traite avec vos propres marchands. Salutations, 
comme précédemment. » 


Le contenu de ce courrier a pour but d'annoncer aux 
marchands qu'ils peuvent poursuivre leurs activités de 
commerce en toute sécurité avec l'Écosse. Il est également 
possible de constater que William Wallace agit en tant que 
représentant politique de l'Écosse. Son implication va au- 
delà du commandement militaire. 

Ce document a été découvert en 1829 par Johann 
Martin Lappenberg dans les archives de la ville allemande 
de Lübeck. La lettre a été publiée en août 1829 dans le 
Foreign Quarterly Review. Son existence n'était pas connue 
avant. Des correspondances entre 1849 et 1889 montrent 
que l'Écosse a tenté de prendre possession de ce document, 
probablement en raison de son lien avec William Wallace. 

James Grant de la ville d'Édimbourg initie une 
première demande en mars 1849. Les archives de Lübeck 
conservent également une demande de Charles Rogers 
pour récupérer ce document en 1889. La ville de Lübeck ne 
consentira pas à remettre cette lettre, qui lui appartient 
toujours aujourd’hui. 

Cette lettre a fait partie des deux documents originaux 
exposés au parlement d’Édimbourg en août 2012 lors de 
l'exposition The Wallace Letters. Cette exposition dont 


140 


l'entrée était gratuite s’est tenue du vendredi 15 août (2012) 
au samedi 8 septembre (2012). 

Lors de cet évènement, un colloque a eu lieu le 
vendredi 24 août (2012), d’abord avec une présentation de 
l'historienne Amanda Beam-Frazier sur le sujet de la 
‘Tentative de restauration de John Balliol : soutien de Wallace au 
roi John, 1299-1302’, ensuite suivie d’un échange entre 
quatre experts, dont Fiona Watson et Michael Prestwich, 
sur ‘Sir William Wallace, l'Écosse et le reste du monde’. 

Ces interventions n'ont débouché sur aucune 
publication officielle. Les spectateurs avaient l'interdiction 
d'enregistrer les échanges en audio ou en vidéo. La prise de 
notes y était autorisée. Je me souviens qu’une caméra 
suivait le débat entre les quatre experts. Peut-être existe-t-il 
un enregistrement vidéo dans les archives du parlement 
d'Édimbourg ? Lors de ce débat, Fiona Watson a expliqué 
qu'elle ne considérait pas le texte de Blind Harry comme 
une source crédible (fiable). 


En 1912, K. Sinclair Rae, dentiste de Glasgow, s’est 
déplacé à Lübeck pour réaliser un moulage du sceau du 
document. Il peut être consulté à la Mitchell Library de 
Glasgow. La référence de cet objet est 


Shelf S.R. 352 in cardboard box 
Accession N. 313539 
Date 1912 


Le moulage porte la description suivante ‘impressions 
métalliques montées sur bois et enveloppées dans une poche de 


cuir vert. 


141 


La face avant montre le ‘Lion Rampant’, lion symbole de 
l'Écosse. L’arrière dévoile un arc, indiquant que Wallace 
était un archer, autour duquel il y a les inscriptions latines 
suivantes ‘William, fils d'Alan Wallace’. C'est grâce à la 
découverte de ce document que nous connaissons l'identité 
du père de William Wallace. Le nom d’Alan Wallace n’est 
pas précédé du titre ‘Sir, ce qui signifie qu'il n’était pas 
chevalier. 





parfait état mais on peut apercevoir un arc au milieu. Photo 
fournie par les archives de la ville de Lübeck. (Archiv der 
Hansestadt Lübeck, 7.1-3.1 Anglicana 12a) 


L'exposition The Wallace Letters expliquait que ce 
document a été déplacé dans une église pendant la seconde 
guerre mondiale. Les bombardements alliés de 1942 ont 
ensuite conduit à son transfert dans une mine de sel pour 


142 


davantage de sécurité. La trace du document a été perdue 
pendant la période d'occupation soviétique de l'Allemagne 
de l'Est. Ce n'est qu’en 1990 qu'il refait surface pour 
retourner dans les archives de la ville de Lübeck. 


Pendant ce temps, Édouard ler rencontre des difficultés 
en Flandres dans sa campagne contre Philippe le Bel. Cette 
situation et la nouvelle de la défaite de Stirling l’obligent à 
négocier une trêve avec le roi de France. Un cessez-le-feu 
est conclu et promulgué le 9 octobre 1297 à Vive-Saint- 
Bavon.?’{ 


William Wallace et ses hommes débutent une invasion 
au nord de l'Angleterre en octobre, possiblement le 18 
octobre? Apparemment, les Galwegians, habitants de la 
Galloway, participent à ces opérations.27 

La chronique de Lanercost, au nord de l'Angleterre, 
contient les lignes suivantes : 


« Après ces évènements, les Écossais entrent dans le 
Northumberland en force, commettent des incendies 
criminels, pillent, et tuent, et avancent quasiment 
aussi loin dans les terres que Newcastle, d’où ils 
changent de route pour aller jusqu’à Carlisle, »°7 


Un document du 23 octobre 129778 confirme que les 


274 Edward I, p.393 

275 Ferçgusson, p.83 

276 Under the Hammer, p.102 
277 Lanercost, p.164 

278 CDS vol.2, doc. 956 


143 


Écossais se trouvaient dans le nord de l’Angleterre. Le roi 
demande à William de Ormesby d'aider son fils, le futur 
Édouard IL à rassembler une armée pour repousser 
l’'envahisseur. 

Le 26 octobre, Édouard Ier tente de préparer une 
campagne pendant l'hiver contre cette insurrection en 
ordonnant un rassemblement à Newcastle, mais elle sera 
annulée. Beaucoup d'hommes ne se présentent pas et il faut 
des vivres en quantité suffisante.27° 


Les forces de Wallace occupent Hexham. Les soldats 
s'introduisent dans le monastère pour s'emparer des 
richesses. Wallace vient s’interposer et demande à ses 
hommes de s'éloigner. Il souhaite célébrer une messe, ce 
qui est accepté, et quitte l’abbaye le temps que tout se mette 
en place. En préparant la cérémonie, les objets servant à la 
messe disparaissent. Le prêtre comprend qu'il s’est fait 
voler. Quand Wallace revient, il apprend ce qui vient de se 
produire et ordonne l'arrestation et la décapitation des 
coupables. C’est cet incident qui serait à l’origine des lettres 
de protection délivrées par Wallace et Andrew Murray le 
7 novembre 12978 C'est d’ailleurs le dernier signe de vie 
que nous avons d’Andrew Murray. 

Après Hexham, les Écossais suivent la rivière Tweed en 
direction de Newcastle, brûlent le village de Bywell, puis 
passent par Corbridge, où la maison de Halton est 
brûlée.1. 


279 Under the Hammer, p.54 et p.61 
280 Anglo-Scottish Relations, p.77-78 
281 Northumberland Vol.10, p.392 et p.78-79 


144 


Le château de Carlisle est assiégé du 11 novembre au 8 
décembre.# William Wallace brûle la région jusqu’à 
30 lieues autour de la forteresse 25 

Ces déplacements depuis Berwick, pour ensuite se 
rendre dans le nord de l'Angleterre, y compris Carlisle, 
semblent montrer qu'il y avait peu d'opposition pour 
résister aux Écossais. 


Le 10 décembre, Édouard ler fait de nouveau appel aux 
Gallois pour le rejoindre dans une campagne en Écosse. 
John de Warenne devient capitaine de l’expédition.25 

Soit au début de l’année 1298, soit aux alentours de 
Noël 1297, en tout cas certainement avant le mois de mars 
1298, William Wallace obtient le poste de Guardian?$ II est 
fait chevalier pour cette occasion et reçoit donc le titre de 
‘Sir’. C’est ainsi qu’il devient Sir William Wallace. Cette 
nomination en tant que Gouverneur de l'Écosse lui confère 
officiellement la responsabilité d’agir au nom de John 
Balliol, toujours retenu à Londres, et de défendre les 
intérêts du roi. Cette prise de fonctions peut sans doute être 
vue comme un signe de reconnaissance pour ses actions 
militaires de 1297. La tradition veut qu'il y ait autant de 
Guardian(s) pour le nord et pour le sud mais Andrew 
Murray a succombé à ses blessures et il n’y a aucun autre 
prétendant sérieux. William Wallace se retrouve donc 


282 CDS vol.2, doc. 1179 
283 CDS vol.3, doc.628 

284 Docs Ill. Vol.2, p.248-249 
285 Mackay, p.169 


145 


comme seul Guardian pour toute l'Ecosse. 


Robert Bruce n’a toujours pas rempli ses engagements 
de la reddition à Irvine au mois de juillet. Un document du 
14 novembre (1297) semble indiquer qu’il était attendu par 
les Anglais2% L'évêque de Glasgow est toujours gardé 
prisonnier à Roxburgh. Les Anglais mènent un premier raid 
en Annandale, terres de la famille Bruce. En seconde action 
de représailles, la ville d’Annan est détruite en février 
129827 


En plus des activités de l’armée anglaise, il est tout à 
fait possible que Wallace ait lui aussi mené des actions dans 
le sud l'Écosse en février 1298. Sir Thomas Gray associe 
Wallace à la prise de Berwick en 1297 (après Stirling), mais 
aussi à l’attaque du château de Roxburgh de février 1298.25 
L'évêque de Glasgow, Robert Wishart, y était toujours 
emprisonné, peut-être que le délivrer faisait partie des 
objectifs de cet assaut. 

Les barons des comtés de Northumberland et de 
Carlisle se réunissent afin de venir prêter main forte. Sir 
Thomas Gray écrit les lignes suivantes : 


«ils se sont rassemblés rapidement et sont arrivés de 
nuit à Roxburgh, et ils se sont abattus tellement 
discrètement sur les Écossais, qu'avant qu’ils s’en 
rendent compte, les Anglais étaient sur eux et tuaient 
les ingénieurs qui maniaient les crochets des 


286 CDS Vol.2, p.247 
287 Fergusson, p.96; Under the Hammer, p.51 
288 Scalacronica, p.20; Barrows Robert Bruce, p.447, note 37 


146 


machines pour attaquer le château. 

(...)Henri de Haliburton et les autres [Écossais] qui 
se trouvaient à Berwick, en apprenant la nouvelle, 
partent sans attendre et laissent la ville vide. Ces 
seigneurs anglais tiennent la ville de Berwick jusqu’à 
l’arrivée du roi. »°* 


La chronique de Lanercost précise qu'au moment de 
l'arrivée des Anglais, cela ne faisait qu’une semaine que les 
Écossais se trouvaient autour du château de Roxburgh* 
Dans Under The Hammer, Fiona Watson propose la date du 
12 février 1298 pour la venue des renforts de la couronne 
d'Angleterre à Roxburgh.?1 


Ces informations laissent penser que les Écossais 
n'étaient pas préparés pour faire face à une force organisée 
et disciplinée, en prenant la fuite sans résister. Ils étaient 
probablement trop peu nombreux. 

Après le départ des forces anglaises de Roxburgh, les 
Écossais reviennent mettre le feu à la ville de Roxburgh, 
ensuite à la ville d'Haddington et d’autres villes du sud de 
l'Écosse pour empêcher les Anglais de s’y installer. La 
chronique de Lanercost précise ensuite que les forces 
d’Édouard Ier se voient obligées de retourner en Angleterre 
par manque de provisions??? Il est possible que ces actions 
des troupes de Wallace pour détruire les terres 
correspondent aujourd’hui à ce que l’on appelle la politique 


289 Scalacronica, p.20-21 
290 Lanercost, p.165 

291 Under The Hammer, p.53 
292 Lanercost, p.165 


147 


de la terre brûlée. 


Le 9 mars, John Comyn, le futur Guardian, quitte 
l'Écosse avec deux autres comtes pour rejoindre la cour du 
roi de France. Il fait donc défection au roi d'Angleterre 
puisqu'il était censé soutenir les actions d’Édouard ler. 

D’autres Écossais avaient déserté les troupes anglaises 
en Flandres mais s'étaient retrouvés peu chanceux puisque 
le roi de France ne les a pas acceptés, ce qui les a obligés à 
rentrer en Écosse. 


Bower fait ensuite référence à un complot contre 
Wallace au début de l’année 1298. Wallace n'avait pas des 
origines assez élevées dans la société, il ne venait pas d’une 
famille noble, et cela dérangeait les seigneurs qui eux 
possédaient des fiefs.2% Le rang de Wallace a certainement 
posé un problème au moment du choix de sa nomination 
de Guardian. Il était le seul à s'être affirmé militairement et à 
avoir réussi dans ses initiatives, ce qui le rendait 
incontournable. Les évènements qui vont suivre ne disent 
malheureusement pas si la ‘non noblesse’ de Wallace a joué 
un rôle quelconque. 


Le 14 mars, Edouard ler est de retour des Flandres 
sur le sol anglais. Il remercie John de Warenne, et d’autres 
de ses sujets, pour leur service face aux Ecossais en leur 


293 Barrows Robert Bruce, p.447 note 41 
294 Bower, p.93 
295 Under The Hammer, p.61 


148 


demandant de poursuivre leurs actions.*% La chronique de 
Lanercost dit que c’est en revenant en Angleterre que le 
monarque apprend les détails du soulèvement en Ecosse. 2? 


James MacKay explique qu’Alexandre Scrymgeour suit 
Wallace depuis mai 1297 et s’est distingué au siège de 
Dundee, avant la bataille de Stirling.?®% Le 29 mars 1298, à 
Torpichen, Wallace le récompense en le nommant 
connétable du château de Dundee : 


«Sir William Walays, chevalier, Guardian de 
l'Écosse, général de son armée, au nom du prince 
John, par la grâce de Dieu illustre Roi d'Écosse, et 
avec le consentement de la communauté de ce 
royaume, je souhaite à tous les hommes sincères à 
qui cette lettre arrivera le salut éternel de notre 
Seigneur. Au nom du roi, et avec le consentement 
des nobles du royaume, nous accordons à Alexandre 
Scrymgeour six parcelles de terre dans la région de 
Dundee (..) et la garde du château de Dundee. »°” 


Une reproduction de la lettre apparaît dans le volume 2 
du livre The Book of Wallace de Charles Rogers. Le document 
a depuis été perdu. 

Le texte montre d’une part, que Wallace agit en tant 
que Guardian, et d'autre part, que John Balliol reste 
considéré comme roi d'Écosse malgré sa reddition de 1296. 


296 CDS vol.2, doc. 974 

297 Lanercost, p.166 

298 Mackay, p.170 

299 Dr Charles Rogers Vol2, p.146-147 ; The Balliol Dynasty, p.315; Mackay, 
p.170-171; Barrows Robert Bruce, p.120-121 


149 


Cette charte sera confirmée le 5 décembre 1298 par Robert 
Bruce (le futur roi)® et en juillet 1301 par Sir John Soules.® 


En avril 1298, Édouard Ier somme les nobles 
d'Angleterre de le retrouver à York le 24 mai. Les Écossais 
sont également invités mais leur absence fait qu'ils sont 
ensuite désignés comme ennemis.®® Le 27 mai, de nouvelles 
sommations partent pour rassembler une armée à 
Roxburgh le 25 juin#® Le 28 mai, Édouard ler écrit qu'il est 
déterminé à partir en Écosse pour ‘réprimer la rébellion des 
ennemis et rebelles écossais qui ont envahi son royaume pendant 
qu'il se trouvait en Flandres”5%4 

En plus de Roxburgh, une seconde force d’un peu plus 
de 13000 hommes est appelée à se rassembler le 25 juin à 
Carlisle, au nord-ouest de l'Angleterre ® Il faut rassembler 
les hommes, mais il faut aussi penser à les nourrir. Les 
soldats anglais qui ont repris Berwick ne reçoivent pas leur 
salaire. Les comtes se voient obligés de saisir de la 
nourriture et autres marchandises aux commerçants afin de 
rémunérer leurs troupes.%% Les problèmes de trésorerie et le 
manque de vivres vont devenir un aspect majeur de la 
campagne d’Écosse de 1298. Fiona Watson écrit d’ailleurs 
que les hommes de Gloucester hésitent à se présenter par 


300 https://www.poms.ac.uk/ (Macphail, Highland Papers, ii 131 
(Glassary Writs), no. 5) 

301 Under The Hammer, p.142 

302 Under The Hammer, p.61 et 65 ; Edward I, p.479; Fergusson, p.114 

303 Docs Ill. Vol.2, p.282 ; Fergusson, p.115 

304 CDS Vol.5, doc.182 

305 Under The Hammer, p.61 

306 CDS Vol.2, p.260-261 


150 


peur de ne pas être payés.507 

Édouard ler prend en charge l’armée qui pénètre en 
Écosse par Berwick. Son fils héritier, lui, prend la tête de la 
seconde armée qui se regroupe au nord-ouest de 
l’Angleterre.508 


Visiblement, Robert Bruce n’a pas rempli ses 
engagements conclus à Irvine en juillet 1297. Ses terres en 
Essex, région de l'Angleterre, lui sont confisquées le 4 juin 
12987 


En juin et juillet 1298, le roi de France et le pape 
Boniface VIII écrivent à Édouard ler pour qu'il libère John 
Balliol et cesse ses attaques contre l'Écosse. La délégation 
écossaise à Paris continue donc de faire preuve d'influence 
auprès de Philippe le Bel qui a signifié son soutien à John 
Balliol.510 

Édouard ler refuse de relâcher John Balliol. Une lettre 
du 26 juin du roi de France informe les Écossais qu’une 
trêve a été conclue entre le Roi d'Angleterre, lui-même et 
ses alliés, avec un échange de prisonniers! Le pape 
Boniface VIII ne devait pas être au courant de cette trêve 
puisque, le 10 juillet, il envoie une bulle au roi d'Angleterre 
pour lui exhorter de faire la paix avec Philippe le Bel, et lui 
recommander de mettre fin à la guerre face à l’Écosse.5!2? La 


307 Under The Hammer, p.62 

308 Lanercost, p.171-172 

309 Docs Ill. Vol.2, p.285 

310 Barrows Robert Bruce, p.125 ; Edward I, p.490 
311 CDS Vol.2, doc. 993 

312 CDS Vol.2, doc.996 


15 


suite des évènements montre que les manœuvres militaires 
au nord des îles britanniques continuent. 


Les forces de Wallace résident autour de l'estuaire du 
Forth. Il est possible, mais pas certain, qu’un affrontement 
ait eu lieu le 12 juin avec le sheriff de la région du Fife, 
Duncan de Balfour, dans lequel ce dernier est tué et dont 
l’ami de Wallace, Sir John Graham, sort blessé.5! 

Toujours autour de la même période, la ville de Saint 
Andrews doit désigner un nouvel évêque. Wallace 
intercède en faveur de William de Lamberton qui reçoit 
l'approbation du pape en juin.$4 


Édouard ler entre en Écosse avec son armée le 3 juillet. 
Michael Brown estime les effectifs à 3000 chevaliers, 15000 
fantassins anglais et 10000 Gallois.$ Fiona Watson écrit que 
l’armée anglaise atteint le nombre de 25781 hommes au 
total deux jours avant la bataille de Falkirk.S1 

Le 7 juillet, le roi se plaint des difficultés pour recevoir 
des ravitaillements en nourriture à Berwick. L'armée 
manque de vivres.517 

Le 19 juillet, le sheriff de Lancaster exige des 
renseignements pour savoir si les Écossais prévoient une 
attaque au nord de l’Angleterre.lf Les Anglais à la frontière 
sont sur le pied de guerre. Cette sollicitation indique la 


313 Fergusson, p.115-116 ; Mackay, p.181 

314 Fordun, p.323 ; Fergusson, p.110-111 

315 Under The Hammer, p.65 ; Michael Brown, p.186 
316 Under The Hammer, p.61 

317 Under The Hammer, p.63-64 ; Edward I, p.480 
318 CDS Vol.5, doc. 185 


152 


présence d’un contingent écossais prêt à perturber l'ennemi 
sur sa base arrière de Carlisle. 
L'armée entrée en Écosse avec le roi, elle, est affamée.31° 
Une force écossaise assiège Carlisle du 20 juillet au 2 
août. Les craintes du sheriff de Lancaster semblaient donc 
justifiées. 


Les lignes suivantes décrivent le récit de la bataille de 
Falkirk. 

Les troupes du roi d'Angleterre sont à Kirkliston. Le 22 
juillet’, Édouard ler décide de partir à Édimbourg pour 
demander de la nourriture. Deux comtes l’abordent pour 
lui rapporter les nouvelles d’un espion qui explique que les 
Écossais se rassemblent autour de Falkirk en ajoutant ‘Ils 
ont appris que vous vous rendiez à Édimbourg et se préparent à 
tomber sur votre camp ce soir.” Le monarque répond qu'il 
envoie son armée à leur rencontre. Les Anglais partent 
donc des environs de Linlithgow en direction de Stirling.?? 

Au moment de s'arrêter pour lever un camp, des 
lanciers écossais deviennent visibles en haut de la crête (en 
levant les yeux). La cavalerie anglaise monte les rejoindre et 
aperçoit l’armée de Wallace au loin qui se prépare en 
formation. 

En première ligne, les Écossais positionnent quatre 
schiltrons (des lanciers en forme de cercle). Toute personne 
qui s'approche se retrouve face à de longues lances 


319 Under the Hammer, p.66 

320 CDS Vol.2, doc. 1179 

321 Lanercost, p.166 ; Fordun, p.333 ; CDS Vol.2, doc.1007 
322 Scalacronica, p.21 


153 


aiguisées. Des archers se placent entre chaque schiltron. La 
cavalerie se place juste derrière, en dernière ligne. Les 
hommes de l’île de Bute restent avec William Wallace. Des 
marais se trouvent en face des forces écossaises, ce qui 
empêche toute approche directe. 

Les chevaliers anglais contournent les marécages de 
chaque côté. Ils déciment les archers mais ne peuvent rien 
contre les lanciers. La cavalerie écossaise fuit sans essayer 
de résister.® Les flèches s’abattent ensuite sur les schiltrons 
qui ne peuvent rien faire. 

Sir John de Graham, ami de Wallace, meurt pendant la 
bataille. William Wallace s'enfuit à cheval tandis que son 
armée a subi de lourdes pertes.5% 

Sir Brian de Jay, le Maître des Templiers, aurait 
poursuivi Wallace lors de sa fuite et aurait été tué pendant 
cette course. 


Une légende parle d’un échange entre un Robert Bruce 
et William Wallace après les combats. Le futur roi n’y était 
pas présent. En revanche, il est possible que son père, du 
même nom, ait assisté à la bataille. 


La défaite a entrainé des discussions. La stratégie était- 


323 Edward I, p.481 

324 Lanercost, p.166 

325 Scalacronica, p.21 ; Fordun, p.323 ; Fergusson, p.152 
326 Under The Hammer, p.67 ; Fergusson, p.151 


154 





Illustration 29 Wallacestone Brae à Falkirk. L'emplacement 
de la bataille n’est pas connu mais la légende veut que cette pierre 
soit située là où Wallace aurait vu les Anglais arriver avant la 
bataille. (Pierre située à l'endroit où Wallace se trouvait pour 

observer.) 


155 


elle la bonne ? Fallait-il affronter l’armée d’Édouard Ier sur 
ce terrain? Il se dit même que la défaite de Falkirk 
démontrerait que les manœuvres victorieuses de Stirling 
venaient d’Andrew Murray et que cette deuxième bataille 
illustrerait que Wallace n’était pas un aussi bon stratège 
militaire que quelques-uns le prétendent. On cherche une 
raison pour justifier ce résultat. Néanmoins, l’auteur James 
Fergusson prend la défense de William Wallace en 
expliquant que la position adoptée par les Écossais à 
Falkirk correspond à l'identique à la stratégie choisie par 
Wellington lors de la bataille de Waterloo.%? 


327 Ferçgusson, p.142-143 


156 





Illustration 30 Tonbeau de John de Ciaha da Fake + 
Photo de l’auteur prise en 2007 


157 


Manœuvres diplomatiques 


La période entre juillet 1298 et 1303 est marquée par 
l'absence d'information sur les activités de William 
Wallace. Très peu de choses sont connues. Plutôt que 
d'ignorer les mois pendant lesquels nous n'avons pas 
d'informations précises, j'ai choisi de combler ces vides en 
continuant de raconter ce que l’on sait de l’évolution du 
contexte en Écosse. 


Après la défaite de Falkirk, Wallace démissionne de son 
poste de Guardian.?8 
Édouard ler avance jusqu’à la ville de Saint Andrews. 


«(...) la ville de Saint Andrews a été détruite. Le roi 
désigne de nouveaux officiels anglais en Ecosse 
Con 


Le monarque anglais envoie Sir John de Saint John 
reconquérir la Galloway.%* Je pense qu'il est possible que le 
roi d'Angleterre ait choisi cette partie de l'Écosse en 
représailles pour les invasions au nord de l'Angleterre, y 
compris les sièges de Carlisle de fin 1297 et fin juillet 1298. 


Le 8 août 1298, le château de Stirling revient entre les 
mains de la couronne d'Angleterre. Édouard ler avance 


328 Under The Hammer, p.71 ; Fordun, p.324 
329 Scalacronica, p.22 
330 Docs Ill. Vol.2, p.296 


158 


ensuite vers Ayr où il découvre que le futur roi Robert 
Bruce a saccagé la ville Il regagne Carlisle en 
septembre.%2 


La lettre du connétable du château d’Édimbourg au roi 
anglais, datée du 9 août, montre que la défaite de Falkirk 
n’a pas anéanti les Écossais : 


«Seigneur, (...) le comte de Buchan, l’évêque de 
Saint Andrews, d’autres comtes et d’autres seigneurs 
du nord se sont réunis à Glasgow aujourd’hui (..….) ils 
planifient des attaques à la frontière »°° 


Robert Clifford reçoit le château de Caerlaverock en 
récompense pour sa contribution à la campagne de 1298 
aux côtés des Anglais. James the Stewart perd la possession 
de ses terres, probablement une punition pour sa 
participation à la résistance écossaise, qui sont remises au 
comte de Lincoln.%4 En 1299, Caerlaverock retombera entre 
les mains des Écossais.5% Ils représentent toujours une 
menace pour les Anglais à la fin de l’année 1298 comme le 
note Fiona Watson. Le 25 novembre 1298, Édouard ler 
ordonne d’ailleurs une expédition dans la forêt de 
Selkirk.536 


331 Under The Hammer, p.68 
332 Edward I, p.482 

333 Docs Ill. Vol.2, p.302 

334 Edward I, p.483 

335 Edward I, p.483 

336 Under The Hammer, p.75-76 


159 


Entre juillet et décembre, Robert Bruce (futur roi) et 
John Comyn deviennent les nouveaux Guardians et 
succèdent à William Wallace. Le 5 décembre, le comte de 
Carrick confirme la charte faite à Scrymgeour en mars.%* En 
juillet 1301, Sir John Soules validera également cette même 
charte.%° 


Le 27 décembre 1298, Édouard Ier débute les 
préparatifs pour une nouvelle campagne en Écosse en 
12998 


Un document de 1299, le mois reste incertain, dit 


«Il y a un château du nom de Caerlaverock qui a fait 
et continue de causer de gros dégâts à votre château 
[Lochmaben]. »**! 


Cette lettre destinée au roi d'Angleterre tourne son 
attention vers la base de Caerlaverock. Des dispositions 
commencent avant le mois d'août 1299 pour s’apprêter à 
assaillir cette forteresse, par exemple avec la construction 
de machines de siège.5# 

La construction de murs de pierre débute à Roxburgh. 


337 Barrows Robert Bruce, p.137 

338 https://www.poms.ac.uk/ (Macphail, Highland Papers, ïi, 131 
(Glassary Writs), no. 5) 

339 Under The Hammer, p.142 

340 Under The Hammer, p.78 

341 CDS Vol.2, doc. 1101 

342 Under The Hammer, p.103 


160 


Lochmaben bénéficie aussi de rénovations.5# 


Le 6 avril [1299/#, Philippe le Bel écrit aux Guardians 
Robert de Brus et John Comyn au nom du roi John Balliol 
afin de les remercier pour leurs actions d'opposition aux 
agressions du roi d'Angleterre. 

Le 7 avril 1299, un échange de prisonniers se réalise. 
Marmaduke de Twenge, qui avait été capturé à la bataille 
de Stirling, est alors libéré en échange de Johanne de 
Moubray.% 

Le 10 juin 1299, des ambassadeurs écossais partis en 
France sont sur le chemin du retour vers l'Écosse. 
Édouard ler demande leur interception et arrestation. 
Le 8 juillet, le roi d'Angleterre renouvelle cet ordre et 
précise leurs identités : l’évêque de Saint Andrews, les 
abbés de Melrose et Jeddeworth, le chevalier John de Soules 
et quelques autres. 


Le 18 juillet 1299, les négociations entre le roi de France 
et Édouard Ier aboutissent au transfert de John Balliol en 
France, à Malmaison, diocèse de Cambrai, sous garde 
papale.$# 

Le 9 août, des Écossais, dont John Comyn (cousin du 
Guardian du même nom) et l’évêque de Saint Andrews 
William Lamberton, se réunissent afin de préparer des 


343 Under The Hammer, p.81 

344 CDS Vol.2, doc. 1301; Barron, p.132-134; Fergusson, p.167-168; 
Barrows Robert Bruce, p.126 

345 Docs Ill. Vol.2, p.370 

346 CDS Vol.2, doc.1071 ; Docs Ill. Vol.2, p.372-373 

347 The Balliol Dynasty, p.176 ; Under The Hammer, p.83 


161 


actions à la frontière, probablement des actions militaires.% 

Le même mois, il est possible que Robert Bruce (futur 
roi) ait attaqué Lochmaben puisque des préparatifs 
commencent le 14 août pour repousser son assaut.%# 

Le 20 août 1299, une réunion se tient à Peebles. Sir 
David Graham demande les terres de Sir William Wallace 
car il prépare un voyage à l'étranger sans avoir obtenu 
d'autorisation pour quitter le royaume. Son frère Malcolm 
Wallace objecte. Sir David Graham appartient au camp de 
John Comyn, et Malcolm Wallace soutient Robert Bruce, le 
comte de Carrick. Une dispute éclate. Ils sortent leurs 
couteaux et s’attrapent à la gorge. James Stewart finit par 
s'interposer pour mettre fin à la bagarre.% Cette réunion se 
conclut avec la confirmation de Robert Bruce et John 
Comyn comme Guardians. 

Nous apprenons de la réunion de Peebles que Wallace 
a l'intention de voyager en dehors de l'Écosse. 


Un écrit du 19 juillet 1305%1 raconte que William 
Wallace est venu subtiliser un cheval et des provisions 
autour du château de Stirling le 21 août 1299. Fiona Watson 
remarque que le fait remonte probablement à une date 
antérieure, au moins deux semaines plus tôt.%? Cet incident 
montre que Wallace se trouve toujours en Écosse en juillet 
et/ou août 1299. 


348 Under The Hammer, p.83 
349 Under The Hammer, p.82 
350 CDS Vol.2, doc. 1978 
351 CDS Vol.2, doc. 1949 
352 Under The Hammer, p.83 


162 


Finalement, aucune campagne anglaise n’a lieu en 1299 
en raison de négociations qui ont débuté en 1298 (après la 
bataille de Falkirk). Elles débouchent sur le mariage entre le 
futur Édouard II et Margaret de France, sœur de Philippe le 
Bel, en septembre 1299.55 


Durant la période du 28 septembre au 19 novembre, les 
attaques provenant de Caerlaverock continuent de causer 
des pertes dans la garnison de Lochmaben. 

Pendant le mois de novembre 1299, Édouard ler refuse 
une offre de trêve avec l'Écosse, probablement car il 
préparait une campagne pour l’année suivante.%54 


Michael Prestwich raconte qu'Édouard ler tente de 
monter une campagne en novembre 1299. Seulement, les 
Écossais se rassemblent afin de s'opposer à lui. En raison 
d'un nombre insuffisant de soldats, le roi d'Angleterre ne 
peut pas les affronter et doit rebrousser chemin. Un peu 
plus tard, en janvier 1300, le château de Stirling est repris 
par les Écossais.555 


Concernant William Wallace, nous savons qu'il se 
trouve en France fin 1299. Les journaux du Trésor de 
Philippe le Bel contiennent l'entrée 3908 : 


«9 décembre 1299. William Wallace, Roger 


353 Edward I, p.483; Under The Hammer, p.90 
354 Under The Hammer, p.87 et p.92; CDS Vol.2, doc. 1109 
355 Edward I, p.483-484 ; Under The Hammer, p.91-93 


163 


Moubray, Richard Fraser, William Vieuxpont, Odard 
de Letcham et Hugh de Fondrin, chevaliers 
d'Écosse, obtiennent un prêt de 2000 livres tournois, 
remis par Betin sur le compte du roi, qui doit être 
remboursé à la fête de la nativité de Saint Jean [le 
24 juin 1300] »°* 


Malheureusement, les entrées des journaux du trésor 
s'arrêtent en mars 1300 et ne reprennent qu’en avril 1301. 
Wallace a probablement remboursé ses dettes mais nous 
n'avons pas la confirmation écrite. 

Le 5 janvier 1300, John de Saint John devient le gardien 
chef de la campagne anglaise qui se prépare. Les 
interventions militaires commencent en mars. Il demande à 
provisionner le château de Dumfries en vivres. En avril, les 
Écossais organisent une escarmouche à Hawick et tuent 
cinq chevaux.57 

Le 10 mai 1300, les Écossais tiennent leur propre 
parlement à Rutherglen (est de Glasgow). Robert Bruce 
n’est plus Guardian à cette date. Nous ne savons pas 
depuis quand ni pourquoi il n’occupe plus cette fonction. 
John Comyn exerce toujours cette responsabilité.%55 


Édouard ler est à Carlisle le 27 juin. Il exige que 16000 
hommes se présentent à Carlisle mais seulement 9000 
viennent au rendez-vous. Le roi anglais arrive autour de 
Caerlaverock le 9 juillet. Le siège de cette forteresse se tient 


356 Journaux du Trésor de Philippe Le Bel, entrée 3908 
357 Under The Hammer, p.98 et p.100-101; CDS Vol.2, doc. 1133 
358 Under The Hammer, p.102 ; Barrows Robert Bruce, p.146 


164 


le 10 juillet.®” Le poème The siege of Caerlaverock s'inspire de 
cette date. Plusieurs récits existent sur le déroulé de cette 
journée. Une version raconte que la garde écossaise a résisté 
et que seule l’utilisation de trébuchets pour détruire les 
murs de pierre a poussé le château à se rendre. Une autre 
histoire raconte que l'occupant offre sa reddition sans 
aucun combat, ce qui énerve le roi anglais.56° 

Pour l’anecdote, j'ai visité Caerlaverock en septembre 
2009. Mon esprit me disait que je pouvais m'attendre à 
trouver une forteresse, comme c’est généralement le cas. 
Quand John L. Williams, envers qui je suis reconnaissant 
pour son hospitalité et son aide sur le site, m'a emmené sur 
place, nous sommes passé à côté de la forteresse 
triangulaire de 1300 pour s’enfoncer dans la forêt qui se 
trouve juste derrière. Il m'a présenté la forteresse plus 
ancienne du même nom. Bien que ce n’était pas celle qui 
m'intéressait au départ, j'ai trouvé intéressant d'apprendre 
qu'un port y avait existé et que les eaux venaient jusqu’à ce 
lieu. La géographie a donc subi beaucoup de 
transformations jusqu'à aujourd’hui, en plus des 
changements causés par l’homme. Le ‘vieux château” se 
trouve à 800 mètres et remonterait aux années 950. La 
forteresse du XIIème siècle a une forme triangulaire, ce qui 
permet de l'identifier en raison de son apparence à trois 
côtés peu commune. 

Après cette capture, Édouard ler accepte de se rendre à 
une négociation avec les nobles qui s'opposent à lui. Les 
revendications parlaient de restaurer John Balliol au 


359 Edward I, p.485 et p.487 ; Under the Hammer, p.102, 105 et 107 
360 Edward I, p.487-489 


165 





Illustration 31 Château de Clerc vu de face. Photo de 
l’auteur prise en septembre 2009. 


166 





Illustration 32 Face dont une partie du mur date du XIIème 
siècle. Photo de l’auteur prise en septembre 2009. 


167 





Illustration 33 Trébuchet exposé à Caerlaverock. Arme 
vraisemblablement utilisée pendant le siège. Photo de l’auteur 


prise en septembre 2009. 


168 


7 





é 


Illustration 34 Autre vue sur le mur du XIIIème siècle (sur la 
gauche). Photo de l’auteur prise en septembre 2009. 


169 


pouvoir et de reconnaître Alexandre Balliol comme son 
successeur. Apparemment, le roi anglais sort mécontent de 
cette entrevue.Sfl 

Le siège de Caerlaverock a été la seule action de cette 
campagne. En août, l’armée anglaise connaît des désertions. 
Quand les forces du roi d'Angleterre se retirent, la région 
de la Galloway reste principalement sous contrôle 
écossais.%62 


La médiation de Philippe le Bel continue. Elle permet la 
conclusion d’une trêve entre l'Angleterre et l'Écosse le 
30 octobre. Cette trêve doit durer jusqu’au 21 mai 1301.55 


Une recommandation du roi de France auprès de ses 
agents à Rome pour William Wallace survit. Elle a été 
découverte dans la Tour de Londres dans les années 1830. 
Nous ne savons pas comment ce message est arrivé là. Un 
autre détail intrigant reste que Wallace n’est pas nommé 
comme le porteur de ce parchemin, ce qui était l'usage à 
l'époque. Ce document est peut-être une copie de l'original 
car il ne porte pas de sceau. Si cette dernière hypothèse est 
la bonne, le contenu a pu être recopié par un espion puis 
transmis aux informateurs d'Édouard ler. Voici le texte du 
document : 


«Philippe par la grâce de Dieu Roi des Français à 
ses agents bien-aimés et loyaux de la cour de Rome, 


361 Barrows Robert Bruce, p.148 ; Edward I, p.489 
362 Edward I, p.486 ; Under the Hammer, p.108-109 
363 Edward I, p.490 ; Under The Hammer, p.112; Barrows Robert Bruce, p.149 


170 


salutations. Nous vous commandons de soumettre la 
requête au pontife suprême de recevoir avec 
bienfaisance notre ami Guillaume le Waleis, 
d'Écosse, concernant les sujets qu’il souhaite traiter 
avec vous. Remise à Pierrefonds le lundi après la fête 
de tous les saints. » 


Ce message ne contient pas l’année. Pour l'instant, les 
historiens supposent qu'il s’agit de l’an 1300 et apposent 
donc la date du 7 novembre 1300. L'entrée dans les 
Journaux du Trésor de décembre 1299 montre que William 
Wallace voyage accompagné. Nous savons aussi qu’en 1297 
et 1298 Wallace se battait pour défendre les intérêts de John 
Balliol. La motivation du déplacement du héros écossais en 
France n’est pas connue. Il a peut-être voulu retrouver le roi 
exilé pour essayer de le convaincre de revenir en Écosse. 
Nous savons que Wallace a rencontré John Balliol car il 
portait un sauf-conduit écrit de la main du roi au moment 
de sa capture en 1305. Nous ignorons également si William 
Wallace s’est rendu à Rome. 


Le 30 décembre 1300, William de Vieuxpont, connu 
pour être en compagnie de Wallace en décembre 1299, se 
fait arrêter à Blaye, autour de Bordeaux, pour conduite 
suspecte et espionnage des défenses de la ville.% Nous ne 
savons pas où se trouve Wallace à ce moment-là. Ils 
n'étaient pas forcément ensemble. 


Entre décembre 1300 et mai 1301, John Comyn cesse 
d'occuper le rôle de Guardian. Sir John de Soules lui 


364 CDS Vol.5, doc.236 


171 


succède, possiblement sous les recommandations de John 
Balliol. 


Édouard ler prépare une nouvelle campagne pour 1301. 
Après les désertions du mois d'août 1300, il rencontre des 
problèmes pour recruter des fantassins.%5 Tous les hommes 
convoqués ne se rendent pas aux points de rencontre le 24 
juin. 


Quelques émissaires écossais, dont le chancelier, 
reçoivent un sauf-conduit pour rencontrer des émissaires 
français en Angleterre à Canterburry courant avril. Ils 
apprennent que le roi d'Angleterre ne souhaite pas 
prolonger la trêve.%% Cette décision apparaît comme 
logique puisqu'il prépare une nouvelle expédition. 


Deux armées vont progresser en Écosse. À l’est, le roi 
avance le long de la côte en passant par Berwick puis en 
remontant par Édimbourg et Linlithgow. Le prince, son fils, 
prend la tête du groupe qui part de Carlisle pour aller à Ayr 
puis ensuite retourner vers le sud pour se rendre en 
Galloway et à Turnberry, château de Robert Bruce, toujours 
opposé au roi d'Angleterre. 

Édouard ler adopte une nouvelle approche et propose 
des conditions de paix aux classes moyennes, en excluant 
les nobles.%f Je suppose que cette démarche vise à réduire 


365 Edward I, p.493 

366 Barrows Robert Bruce, p.157 ; Under The Hammer, p.114-115; CDS Vol.2, 
doc. 1193 et 1194 

367 Under The Hammer, p.116-117 


172 


le nombre d'hommes potentiels pouvant rejoindre la 
résistance écossaise. Il arrive à Berwick au mois de juillet 
1301. Le Prince, lui, se situe à Ayr le 15 juillet. Le roi atteint 
Glasgow le 21 ou 23 août. Ces déplacements ne se font 
pas sans difficulté puisque, par exemple, les Écossais 
capturent un archer le 28 juillet.55? 


John Balliol est libéré pendant l’été 1301 et rejoint ses 
propriétés en Picardie. C’est le résultat de la médiation du 
roi de France qui a poursuivi les discussions en sa faveur.5”0 
Les Anglais craignent la restauration de John Balliol, et 
l'éventualité que le roi de France le renvoie en Écosse 
accompagné d’une force militaire. 


Le 24 août 1301, Édouard Ier donne son accord à ses 
ambassadeurs pour négocier une paix avec le roi de France. 
Les discussions déboucheront sur le traité d’Asnières, 
ratifié en 1302.71 

Le roi quitte Glasgow pour Bothwell le 5 septembre. 
Pendant ce temps, l’armée écossaise est active au sud de 
l'Écosse. Un espion anglais surveille Sir John de Soules et 
ses hommes qui se trouvent à la frontière. Le 21 septembre, 
un comte demande à Édouard ler de venir l'aider à 
Innerkyp, une fois qu'il aura pris possession de Bothwell, 
pour protéger les provisions qui s'y trouvent. Le 


368 Under The Hammer, p.119-120 ; Edward I, p.493. Fiona Watson propose 
la date du 21 août et Michael Prestwich parle du 23 août. 

369 CDS Vol.2, doc. 1190 

370 Under The Hammer, p.144-145 ; Edward I, p.495-496; CDS Vol.5, doc. 
259 

371 Under The Hammer, p.138 


173 


lendemain, le roi capture la forteresse de Bothwell.372 

Alexandre Balliol reste actif du côté anglais. Ses espions 
surveillent les mouvements des troupes écossaises. Par 
exemple, William de Dorem écrit au roi vers le 21 
septembre pour l’informer qu'ils quittent la Galloway pour 
se diriger vers le Nithsdale.”* 

Fin septembre et début octobre, Édouard ler se rend à 
Dunipace, village proche de Stirling. Une lettre datée du 30 
septembre l’informe que deux machines de siège partent de 
Berwick par bateau. Elles ont probablement pour but de 
servir à reprendre le château de Stirling. Ce document 
réitère qu'Alexandre Balliol observe les Écossais et 
transmettra des informations s'ils se déplacent.5”{ 

Après la prise du château de Turnberry, les Écossais 
viennent l’assaillir le 3 octobre avec 400 hommes puis 
réussissent à causer des dégâts. Les positions anglaises se 
sentent menacées et demandent de l’aide. 

Le 22 octobre, le roi d'Angleterre communique à son 
trésorier que beaucoup de ses troupes ont déserté, qu'il a 
besoin d'argent et qu’il risque de perdre ce qu'il a 
reconquis.% Il se rend à Linlithgow pour y passer l'hiver. 

Un courrier du 17 novembre informe le monarque que 
Sir John de Saint John tente des incursions sur les Écossais 
en Galloway avec 120 hommes. Dumfries et Lochmaben, 
dans la même région, manquent de vivres et il faut 


372 CDS Vol.2, doc. 1220,1221 et 1224 ; Under The Hammer, p.121 et 129 
373 Under The Hammer, p.125 et 128; CDS Vol.2, doc. 1225 

374 CDS Vol.2, doc. 1230 

375 CDS Vol.2, doc. 1236 

376 CDS Vol.5, doc.263 


174 


rémunérer les troupes.57 

Le traité d’Asnières entre la France et l'Angleterre est 
ratifié en France le 25 décembre 1301.4# À la demande de 
Philippe le Bel, cette trêve inclut l'Écosse et doit durer 
jusqu’au 1“ novembre 1302. Édouard ler ratifie ce traité le 
26 janvier 1302 à Linlithgow. Le parlement écossais 
apprend la nouvelle de cette trêve le 23 février 1302 à 
Scone.*7? 


Robert Bruce (futur roi) n’occupe plus la responsabilité 
de Guardian depuis début 1300. Entre fin 1301 et le 16 
février 1302, il se rend à Sir John de Saint John à 
Lochmaben. Des termes ont été négociés avec le roi 
d'Angleterre pour qu'il conserve tout son héritage et ses 
droits sur ses terres, ceci malgré ses actes de résistance. 
Édouard Ier accepte même de l’aider à protéger ses droits et 
son héritage s'ils sont contestés devant un tribunal. Il 
rejoint donc le camp de l'Angleterre, qu’il combattait, dans 
des conditions favorables. Son influence est probablement 
perçue comme un atout pour le roi anglais puisque Bruce 
possède les terres au sud-ouest de l'Écosse, dont les 
châteaux de Lochmaben et Turnberry, et la région de 
Carrick. Deux emplacements stratégiques dont la 
localisation aidera à faire face à tout soulèvement en 
Galloway par exemple. 


377 CDS Vol.2, doc. 1301 

378 CDS Vol.2, doc.1269 

379 Under The Hammer, p.138, p.142 et p.150; CDS Vol.2, doc. 1284 

380 Under The Hammer, p.146; Edward I, p.496; Barrows Robert Bruce, 
p.159; Anglo-Scottish Relations, p.118-119 


175 


Édouard ler quitte Linlithgow le 1* février 1302 pour 
retourner en Angleterre. Le même mois, les Écossais 
commencent à assiéger la garnison basée à Ayr. Ces actions 
ont pour conséquence que, le 30 avril les Anglais 
demandent à Philippe le Bel à ce que les trêves futures 
excluent l'Écosse car les conditions de paix ne sont pas 
respectées.551 

Le 28 avril, Édouard ler ordonne la restitution de ses 
terres en Angleterre à Robert Bruce puisqu'il n'appartient 
plus à la rébellion.5#? 


Après la défaite de Courtrai du 11 juillet 1302, John 
de Soules part pour la France avec une délégation écossaise 
afin de s'assurer que l'Écosse continue de faire partie des 
futures trêves. Ainsi, il abandonne son rôle de Guardian et 
le transmet à John Comyn. Néanmoins, la défaite française 
anéantit tous les espoirs de voir John Balliol revenir avec 
une escorte militaire française puisque Philippe le Bel a été 
battu.5 

Le 15 août, six Écossais obtiennent un sauf-conduit 
pour rencontrer deux envoyés du roi de France venus 
spécialement en Angleterre pour cette entrevue%5t Les 
tensions toujours présentes entre les deux voisins des îles 
britanniques laissent imaginer qu'une trêve potentielle et 


381 Under The Hammer, p.139 et p.146; CDS Vol.5, doc. 280 et doc. 307 

382 CDS Vol.2, doc. 1303 

383 Barrows Robert Bruce, p.163; Nicholson, p.64-65; Under The Hammer, 
p.151 et p.162 

384 Under The Hammer, p.165 ; CDS Vol.2, doc. 1331 


176 


un point sur la situation ont été abordés. 

Le 7 novembre 1302, Édouard ler demande à John de 
Warenne, comte de Surrey, de rassembler une armée pour 
le 23 mai 1303 à Berwick-upon-Tweed afin de réprimer le 
reste de la rébellion en Écosse.55 

Le 17 novembre, John Balliol signe toujours en tant que 
roi d'Écosse et autorise Philippe le Bel à résoudre ses 
affaires en Écosse en son nom.5 


Le traité d'Amiens du 2 décembre 1302 scelle la paix 
entre la France et l'Angleterre et n’inclut pas le royaume 
d’Écosse.##7 


385 Parl. Writ. Vol.1, p.58 
386 Docs Ill. Vol.2, p.449 
387 Under The Hammer, p.168 


177 


Dernières années de Wallace 


Nous arrivons donc en 1303. Édouard ler met en place 
les préparatifs pour une nouvelle campagne en Écosse. 

Fiona Watson explique que la garnison anglaise de 
Dumfries s'attend à des assauts. Une vingtaine d’archers 
supplémentaires est recrutée. Des barrières et des 
palissades y sont également installées.555 

Le 7 janvier, le chancelier de l'Angleterre se trouve à 
Roxburgh. Il alerte le roi que ‘leurs vies sont en péril chaque 
jour”.%# Le 20 janvier, John de Segrave informe le roi que les 
Écossais occupent certains villages et châteaux, et qu'ils 
peuvent s’introduire sur le sol anglais à tout moment.” 


La pele, tour fortifiée, de Selkirk tombe entre les mains 
des Écossais pendant le mois de janvier. Le roi d'Angleterre 
semble très mécontent et ordonne le 3 février l'arrestation 
d'Alexandre Balliol qui était en charge de la protéger. Il 
sera pardonné le 25 mars 1305 pour ses ‘bons services’.5°1 

Encore une fois, des Anglais refusent de rejoindre la 
campagne de 1303. C’est par exemple le cas d'hommes de 
Bristol. La ville de Carlisle rencontre aussi des problèmes 
d'argent. Au mois de juin, une incursion écossaise bloque 
les ravitaillements de cette base au nord de l’Angleterre.f? 
Comme si ces difficultés ne suffisaient pas, le chevalier Sir 


388 Under the Hammer, p.168 

389 CDS Vol.2, doc. 1341 

390 CDS Vol.2, doc. 1342 

391 CDS Vol.2, doc. 1344 et doc. 1649 ; Under The Hammer, p.169 
392 Under The Hammer, p.172-173 et p.175-176 


178 


John de Segrave, au service de la couronne d'Angleterre, est 
capturé fin janvier. Un groupe d’Anglais réussira tout de 
même à le libérer.5% 

Roxburgh est le point de ralliement de l’armée anglaise. 
Édouard ler arrive le 16 mai. 


Le 25 mai 1303, William de Lamberton, toujours à Paris 
avec le reste de la délégation écossaise, écrit à John Comyn 
pour l’informer que le roi de France envoie deux émissaires 
dans le but de convaincre le roi d'Angleterre de se retirer de 
la guerre en Écosse.?5 


Le pont de Stirling reste inutilisable. Le roi anglais fait 
installer un ponton pour traverser la rivière Forth début 
juin Pendant que son armée progresse dans les 
Highlands, le 14 juin, il demande à tous les chevaliers et 
fantassins du Cumberland et du Westmordland (régions au 
nord l'Angleterre) de se rassembler pour aider à défendre 
ces terres face à l’incursion des Écossais. Un peu plus haut, 
je parlais des difficultés autour de Carlisle” Une 
inquisition menée le 20 octobre révèle qu’une habitation 
située autour de Carlisle a été complètement détruite. 
Cette information fournit une indication sur l'étendue des 
dégâts causés par l’intrusion écossaise. 


393 Under The Hammer, p.170-171 

394 Under The Hammer, p.173 

395 Nicholson, p.65 ; Barrows Robert Bruce, p.167 ; CDS Vol.2, doc. 1363 
396 Under The Hammer, p.174 

397 CDS Vol.2, doc.1374 ; Michael Brown, p.195 

398 CDS Vol.2, doc. 1402 


179 


Sir John de Moubray, libéré le 7 avril 1299 dans 
l'échange de prisonniers, et William Wallace sont rejoints 
par les hommes de la Galloway, les Galwegians. Ils agissent 
autour de Caerlaverock et Dumfries fin juin.*” Les deux 
contingents écossais se regroupent ensuite en Annandale. 
Cette information nous indique que le héros qui nous 
intéresse est de retour sur le sol écossais en juin 1303. 


Pendant ce temps, Édouard ler avance vers Brechin 
Castle. Le château d’Urquhart revient dans les mains 
anglaises en Septembre. Robert Bruce (futur roi) combat 
aux côtés des Anglais.#0 

Le roi accorde à 


«son cher valet Edward de Keith, tous les biens et 

possessions qu’il peut trouver et qui appartiennent à 

Monsieur Guilliam le Galeys (Wallace), ennemi du 
: 401 

roi. » 


Le 28 septembre 130342, Sir Aymer de Valence, 
chevalier anglais, transmet des nouvelles des Lowlands par 
écrit. Les Écossais se sont rassemblés. Les troupes 
irlandaises basées autour de Linlithgow, qui se battent aux 
côtés de la couronne d'Angleterre, n’ont pas été payées 
depuis neuf semaines et apprennent que l'argent vient 
d'arriver à Berwick. Au même moment, deux nobles 
écossais, Sir John de Mentethe (ou ‘Menteith’) et Alexander 


399 Under The Hammer, p.176 

400 Under The Hammer, p.178-180 

401 CDS Vol.2, doc. 1424, aucune date précise n’est indiquée 
402 Docs Il. Vol.2, p.452-454 ; Under The Hammer, p.180-181 


180 


de Meyners, viennent à Linlithgow pour discuter des 
termes de paix envisageables. Ils font demi-tour en voyant 
les conditions dans lesquelles vivent les troupes irlandaïises. 
Cette approche des deux nobles symbolise la volonté de 
quelques ‘résistants’ écossais de trouver un accord pour 
mettre fin au conflit, sachant que cette démarche reste une 
action individuelle puisque chaque seigneur doit soumettre 
sa propre demande. William Wallace aurait lui-même 
essayé de se renseigner sous quelles conditions il aurait pu 
se soumettre aux Anglais pendant l'an 1303. 


Le 24 octobre, Édouard ler se situe à Cambuskenneth. 
Vous vous rappelez probablement que c'est là que se 
trouve un monastère autour de Stirling. Il entend reprendre 
possession du château regagné par les Écossais. Le ponton 
doit être renvoyé dans cette zone afin de pouvoir franchir la 
rivière pour passer sur la rive sud.4%4 


Le roi d'Angleterre donne l’ordre de rémunérer 
Sir Robert de Brus, comte de Carrick, le 9 janvier 1304. 
Bruce devient également membre d’une armée de 134 
hommes levée à la même date.4% 

Le 11 janvier, l'Anglais Sir Henry de Percy apprend à 
Perth que John Comyn souhaite savoir si un accord de paix 
peut être envisagé. Plusieurs revendications sont mises en 
avant, dont la demande de pardon pour ses actes 
d'opposition au roi d'Angleterre, mais également qu'aucun 


403 Under The Hammer, p.211-212 
404 Under The Hammer, p.181-182 
405 CDS Vol.2, doc.1437 ; Under The Hammer, p.182-183 


181 


otage ne doit être remis en garantie. Des négociations se 
tiennent près de Dunkeld le 5 février. Sir John de Soules et 
James Stewart se joignent aux discussions courant février 
1304 avec un certain ‘Menteth’, Menteith. Le roi demande 
au sheriff de Lanark de libérer des prisonniers le 5 mars car 
un accord a été trouvé avec John Comyn. L’explication 
proposée par Fiona Watson concernant ce revirement est 
(1) que les chances de retour de John Balliol avaient 
diminué et (2) que les nobles qui le soutenaient devaient se 
rendre à l'évidence en cherchant une autre issue au conflit. 
Les partisans de John Comyn deviennent des sheriffs en 
1304 dans la nouvelle administration.4% 


Édouard Ier répond à Alexandre de Abernithyn, 
stationné autour de Perth, le 3 mars : 


« Et en réponse au sujet concernant lequel vous nous 
avez demandé de vous faire savoir si c’était notre 
plaisir de transmettre un message de paix à William 
le Waleys, sachez que, ce n’est en aucun cas notre 
intention, envers lui ou un des membres de sa 
compagnie, de faire passer un mot de paix, à moins 
qu’ils se soumettent d’eux-mêmes sans condition et à 
notre entière volonté, sans exception. »*77 


Le message a le mérite d’être clair. La couronne 
d'Angleterre ne souhaite pas se montrer conciliante envers 
William Wallace et sa bande. Il doit donc faire face à des 


406 CDS Vol.2, docs 1449, 1451, 1459, 1469 et 1574 ; CDS Vols, doc. 346; 
Under The Hammer, p.183,185-186, 188 
407 Docs Il. Vol.2, p.470-471 ; CDS Vol.2, doc.1463 


182 


conditions plus dures. 

Wallace essuie une défaite à Happrew, autour de 
Peebles, le 15 mars. On peut probablement interpréter cette 
issue comme un signe d’affaiblissement de la position du 
héros qui nous intéresse, même s’il ne se fait pas capturer.4 
Cette victoire de Sir John de Segrave et Robert Clifford 
permet plausiblement aux Anglais de gagner encore plus 
de confiance après les ralliements de Robert Bruce, John 
Comyn, et maintenant la poursuite du vainqueur de la 
bataille de Stirling. 

La chronique de Robert de Brunne dit que, pendant ce 
même mois de mars, Wallace se trouve dans la forêt de 
Selkirk et aurait demandé à ses amis de trouver des termes 
de paix afin qu'il puisse se rendre.4” Nous ne savons pas 
qui sont ses contacts. Une part de mystère perdure. J'ai été 
tenté de penser qu’'Alexandre de Abernithyn représentait 
Wallace et se renseignait en son nom mais aucun élément 
ne permet d'affirmer que ces deux personnes se 
connaissaient, et donc de faire un lien entre ces deux 
hommes. 


Le château de Dumbarton, où ont été envoyés les 
prisonniers de la bataille de Stirling en 1297, repasse sous 
contrôle anglais. Le roi confie la garde de cette fortification 
à John de Menteith le 20 mars (le même John de Menteith 
qui est venu à Linlithgow).#0 


408 CDS Vol4, p.475 ; Under The Hammer, p.183; The Wallace Book, p.38; 
Fergçusson, p.189-190 

409 Fergusson, p.185 

410 CDS Vol.2, doc.1474 ; Docs Ill. Vol.2, p.474 


183 


Le 3 avril, Édouard ler reçoit un message du roi de 
France par deux émissaires, probablement deux chevaliers. 
D’après la réponse du 10 avril, la communication est restée 
verbale. Nous n'avons pas de trace écrite du contenu de ces 
échanges. Néanmoins, cette intervention montre que 
Philippe le Bel gardait un œil sur l’évolution de la situation 
en Écosse.4i1 


Une lettre du roi datée du 16 avril nous apprend qu'il 
attend la livraison d’une machine de siège fournie par 
Robert Bruce#? D’après la description, il peut s'agir d’un 
trébuchet puisqu'elle est accompagnée de pierres, 
projectiles utilisés avec cette arme contre les fortifications 
au Moyen-Age. Le 21 avril, le roi demande au connétable 
d’Inverkip de saisir le fer et les pierres qu’il peut collecter à 
Glasgow pour le siège du château de Stirling.# 

Le 11 juin, Robert Bruce rend hommage à Édouard Ier à 
Cambuskenneth. Le 17 juin, le roi demande à ce que le 
comte de Carrick obtienne un délai pour rembourser ses 
dettes.4 Robert Bruce joue double-jeu pendant l’été 1304. II 
a des contacts au sein de l'opposition écossaise.#15 

Le roi anglais refuse la reddition de la garnison de 
Stirling le 20 juillet. Il préfère mener l'assaut. Les machines 
lancent des projectiles. Il paraît que son épouse, la reine, est 
venue spécialement pour observer le siège. Un archer tire 


411 CDS Vol.2, doc. 1492 et 1501 

412 Edward I, p.501 ; CDS Vol.2, doc.1510; Docs III. Vol.2, p.482-483 
413 CDS Vol.2, doc.1519 

414 Barrows Robert Bruce, p.171 ; CDS Vol.2, doc.1548 

415 Under The Hammer ; p.207 ; Barrows Robert Bruce, p.170-171 


184 


une flèche qui touche le roi sans le blesser. Apprécions le 
caractère romanesque de ce récit, peut-être ne s'agit-il que 
d’une légende inventée après les faits. C’est finalement une 
nouvelle machine, appelée le ‘Warwolf’ (loup de guerre), 
qui a raison de la garnison du château de Stirling. Les 
hommes se rendent sans condition et le roi finit par 
accepter de leur épargner la vie. Le château est pris le 24 
juillet [1304]. 

Le 25 juillet, Édouard ler exige des Écossais qu'ils 
fassent tout leur possible pour capturer William Wallace 
avant le 13 janvier 1305.47 Son nom symbolise l'opposition 
et surtout la résistance écossaise. 

La dernière fois que l’on entend parler de Wallace 
avant sa capture est en septembre 1304 quand il est reconnu 
et pourchassé autour de Dundee.4if 


En février 1305, au parlement de Westminster 
(Londres), l’évêque de Glasgow et Robert Bruce reçoivent 
l’ordre de conseiller le roi d'Angleterre sur la meilleure 
manière de terminer sa conquête de l'Écosse. 


Le 3 août 1305, William Wallace est capturé à 
Robroyston, nord de Glasgow aujourd’hui, dans la maison 
de Ralph Rae selon la légende. Sir John Menteith le trahit en 
signalant sa localisation. Un certain Adam Brunyng assiste 
à cette action et sera récompensé par le roi. C’est à l’église 


416 Barrows Robert Bruce, p.168 ; Edward I, p.502; Under The Hammer, 
p.191. 

417 Under The Hammer, p.191 ; CDS Vol.2, doc.1563 

418 CDS Vol.4, p.477 ; Under The Hammer, p.212 


185 


de Rutherglen, le matin même avant l'intervention, que le 
pacte est conclu pour rétribuer chaque participant. Le 
clocher existe toujours. Il fait partie de l’Old Rutherglen 
Church à l’angle de Main street et Queen street (à ne pas 
confondre avec Queen street dans le centre-ville de 
Glasgow). William Wallace est emmené au château de 
Dumbarton, géré par le même Sir John Menteith. Au 
moment de sa capture, il porte avec lui des sauf-conduits 
du Roi de France, du Roi de Norvège et de John Balliol. Il 
n'a pu les obtenir qu’en rencontrant ces personnes, 
vraisemblablement pendant la période où il voyageait en 
dehors de l'Écosse après la bataille de Falkirk. 

Wallace arrive à Londres le 22 août. Il est logé dans la 
maison de William de Leyre, citoyen londonien. Le 
lendemain (23 août), il est conduit dans le hall de 
Westminster pour son jugement. Une plaque reste visible 
dans le bâtiment pour situer l'emplacement de son 
jugement. 

La procédure commence par rappeler le contexte de la 
conquête de l’Écosse en 1296 avec la soumission de tous les 
nobles à travers le document ‘Ragman Roll’. Son premier 
chef d'accusation est le meurtre du shérif de Lanark, 
William de Heselrigg. Ensuite, le deuxième motif est le 
soulèvement face aux agents anglais et l’'encouragement à 
rejoindre le roi de France pour affronter Édouard ler. En 
troisième point, c’est son incursion au nord de l'Angleterre 
qui est mentionnée avec la destruction de bâtiments et les 
dégradations d’édifices religieux par ses hommes. Pour 
finir, après l'invasion du roi et la défaite de Falkirk, 
William Wallace a continué à s'opposer à la couronne 


186 


d’Angjleterre#° Voici donc ce qui lui a été reproché. 

Il est ensuite emmené à Smithfield pour être écartelé, 
pendu, que ses membres soient découpés et son ventre 
ouvert afin de découper et brûler ses intestins, et décapité. 
Cette mort peut sembler particulièrement violente 
aujourd’hui mais c’est une punition qui était pratiquée au 
Moyen-Age. 

Fiona Watson écrit que «la clémence offerte à tous les 
Écossais en général contraste durement avec le destin de William 
Wallace ».120 

La chronique de Lanercost dit 


«sa tête a été exposée sur le pont de Londres, son 
bras droit à Newcastle, son bras gauche à Berwick, 
son pied droit à Perth et son pied gauche à 
Aberdeen. »°°! 


Toutes les chroniques s'accordent à dire que le corps de 
William Wallace a été découpé et éparpillé dans différentes 
villes. C'était d’ailleurs la sentence du 23 août rendue à 
Westminster avant l'exécution. Un document du 
1° décembre 1305 indique que le corps de William Wallace 
a été ramené en Écosse#? Il doit probablement s'agir du 
torse, la partie qui n’a pas été exposée. 


Après cette exécution, Michael de Miggel est entendu à 


419 MacKay, p.215-216 ; Stapleton, p.134 CDS Vol.5, p.203 doc.472; The 
Wallace Book, p.61-63 

420 Under The Hammer, p.213 

421 Lanercost, p.176 

422 CDS Vol.4, doc.1812 


187 


Perth pour partager ses conditions de détention sous 
William Wallace. 


«il a été fait prisonnier contre son gré par William le 
Waleys ; il s’est échappé de deux lieues mais a été 
suivi et rattrapé par des compagnons de William, lui 
qui semblait résolu à l’exécuter pour son évasion ; il 
s’évade à nouveau de 3 lieues ou plus, alors il est 
ramené de force avec la plus grande violence et a 
échappé de justesse à la mise à mort des mains de 
William Wallace grâce à ses compagnons qui ont 
supplié Wallace de le garder en vie; mais il est 
averti que s’il s’enfuit une fois de plus alors il sera 
tué. » 


Au parlement de Carlisle de 1307, l'Écosse apparaît 
dans la liste des territoires du royaume de l'Angleterre. 


Sir Simon Fraser, qui combattait avec William Wallace 
en mars 1304, est également capturé. Il est, lui aussi, 
‘emmené à Londres, d'abord écartelé, ensuite pendu, puis 
décapité, sa tête est placée sur London Bridge à côté de celle de 
William Wallace’ .#24 


Le 10 février 1306, Robert Bruce (futur roi) donne 
rendez-vous à son opposant John Comyn dans l’église 
Greyfriars de Dumfries et lui donne la mort. 

Le comte d’Athol soutient la nomination de Robert 
Bruce en tant que nouveau roi d'Écosse. Il est lui aussi 


423 CDS Vol.2, doc.1689 
424 Lanercost, p.178 


188 


capturé, emmené à Londres et sa tête placée sur le pont de 
Londres à côté de celles William Wallace et Simon Fraser.#° 

En 1307, la semaine du 26 mars, Sir John Wallace arrive 
devant Édouard Ier en tant que prisonnier. Le roi 
d'Angleterre l'envoie à Londres pour qu'il subisse le même 
sort que son frère William.#6 


C'est ici que s’achèvent les évènements que je 
souhaitais mettre en avant. 


Robert Bruce n’a pas dit son dernier mot. La victoire de 
Bannockburn en 1314 permettra aux Écossais de retrouver 
leur indépendance. 


425 Lanercost, p.179 
426 Lanercost, p.182 


189 


L’épée de Wallace 


Le National Wallace Monument de Stirling abrite une 
épée présentée comme ‘The Wallace sword”. Cet objet suscite 
un débat. Les amoureux de Braveheart et de la légende de 
Wallace aimeraient trouver cette arme comme la 
concrétisation des images d'Hollywood, ou de l’image du 
héros comme un surhomme qui porte une épée d’une taille 
surdimensionnée. 


Mais d’où vient-elle ? William Wallace est conduit au 
château de Dumbarton après sa capture début août 1305. 
C'est de cette captivité que naît l’idée que son arme n’a pas 
été déplacée et repose toujours dans cette forteresse. 

Deux cents ans plus tard, le 8 décembre 1505, le 
trésorier de l'Écosse enregistre une entrée dans ses 
journaux pour l'installation d’un nouveau pommeau et 
d’une nouvelle fusée (deux parties d’une poignée) à l'épée 
de Wallas. La première trace d’un objet de ce type à 
Dumbarton date de 1644 dans la Tour Wallace, érigée en 
1617. Il faut attendre 1803 pour que Dorothy Wordsworth 
décide de la surnommer ‘The Wallace sword”#7 C’est ainsi 
qu'un lien se crée entre cette arme et William Wallace. 


Quel est le problème avec la date de cette épée ? Les 
spécialistes médiévaux affirment qu’une lame aussi longue 
ne peut pas dater du début du XIVème siècle ou de la fin 


427 The Wallace Book, p.172 


190 





Illustration 35 ‘The Wallace Sword’ au National Wallace 
Monument. Photo de l’auteur prise en septembre 2007. 


191 


du XIIème siècle.#$ La raison donnée est que les méthodes 
de la guerre à cette période n'étaient pas compatibles avec 
le maniement d’une épée aussi longue. Les caractéristiques 
seraient donc incohérentes avec l’époque des premières 
guerres d'indépendance d'Écosse. C’est d’ailleurs ce que 
m'a communiqué Ed Archer en me présentant l’église de 
Saint Kentigern’'s à Lanark. Dans son article, David H. 
Caldwell ajoute qu'il est possible que l'épée remise au 
Wallace Monument ne soit pas celle enregistrée pour 
réparations en 1505. 


Les recherches sur les armes médiévales ne dressent 
pas un portrait type des épées de cette époque. Il faut 
comparer différents exemples pour arriver à des 
conclusions générales. Les tombes du XIllème siècle 
peuvent porter une sculpture représentant le défunt avec 
son arme. De telles reproductions nous permettent de 
savoir de quelles proportions étaient les armes de cette 
période. 

La lame de la Wallace Sword du National Wallace 
Monument mesure 131,5 cm de long, et l'épée toute entière 
168 cm. Sa taille conséquente fait qu’on parle d'épée à deux 
mains. Les études indiquent que ces armes des familles des 
Lowlands remontent à la fin du XVIème siècle et au début 
du XVIIème siècle.4° Pete Armstrong pense également que 
la ‘Wallace Sword’ date du XVIème siècle.#1 


428 The Wallace Book, p.169 

429 The Wallace Book, p.172 

430 The Wallace Book, p.173-174 

431 Osprey 1297-98, illustration p.27 


192 


Quelques recherches sur les caractéristiques plus 
anciennes me renvoient d’abord vers l’article de Tony 
Willis « The Fourteenth Century Scottish Sword » dans le 
Journal of the Arms & Armour Society. On y apprend que ce 
n’est qu’à partir de la fin du XIVème siècle que les épées 
commencent à évoluer vers des Claymore, armes 
imposantes portées à deux mains dans les Highlands. Au 
milieu du XIVème siècle, l’arme utilisée en Écosse reste 
l'épée à une main? De plus, l'épée du XIVème siècle 
comporte une lame de 65,5 cm et une longueur totale de 81 
cm. Ces dimensions correspondent à la moitié de la 
Wallace Sword exposée au National Wallace Monument. Il 
existe une épée d’une main et demi avec une lame de 92,1 cm 
exposée au musée de la Burrell Collection à Glasgow, dont 
la date est estimée à 1250-1300. C'est un exemple 
exceptionnel qui reste tout de même éloigné de la 
dimension de 131,5 cm. Pour comparer, une épée à Leeds#4 
de 1325 fait 83,2 cm de long (lame et poignée). Un autre 
exemple de 1325-1350 porte une lame de 83,8 cm. Les 
Claymores n'apparaissent qu’au XVIème siècle. 


Le type d’épée que William Wallace aurait porté serait 
plutôt avec un pommeau comportant trois lobes de chaque 


432 Tony Willis, p.13 

433 Tony Willis, p.4 

434 Leeds se trouve en Angleterre et non en Écosse. Les deux exemples 
de 1325-1350 (notes 434 et 435) montrent les dimensions de ce type 
d'arme au milieu XIVème siècle afin de venir soutenir l'argument que les 
épées à deux mains n'apparaissent qu'après la fin du XIVème siècle. 

435 Sword in Hand, p.16, p.125-126 et p.130 


193 


côté, comme sur la gravure sur une pierre de l’église Saint 
Kentigern’s de Lanark.#* Le pommeau que l’on peut voir 
sur la ‘Wallace Sword’ correspond davantage aux formes 
du début du XVIème siècle.#7 


Tous ces éléments permettent d'arriver à la conclusion 
qu'il reste peu vraisemblable que l'arme exposée au 
National Wallace Monument ait vraiment servi à William 
Wallace. Il était d’abord un archer, comme le montre le 
sceau de sa lettre envoyée à Lübeck en 1297. Le vainqueur 
de Stirling a très bien pu se servir d’une épée, mais celle-ci 
aurait été moins imposante. 


436 Osprey 1297-98, illustration p.27 ; Tony Willis, p.12 
437 Scottish Arms and Armour, p.31 


194 





Quelques derniers mots 


Bien que Braveheart soit finalement si éloigné de la 
réalité, nous pouvons tout de même remercier Randall 
Wallace et Mel Gibson d’avoir fait découvrir cette figure de 
l'Histoire de l'Écosse à tant de monde sur grand écran. 


Il reste quand même un autre mystère. Blind Harry 
raconte l’histoire de William Wallace qui se fait arrêter, est 
gardé sous l'autorité du roi de France, obligé de se battre 
contre un lion et puis finalement relâché. Le ménestrel en 
déduit que le roi de France voulait utilisait Wallace comme 
monnaie d'échange avec Édouard Ier. Nous savons que 
Philippe le Bel a soutenu William Wallace en lui fournissant 
un sauf-conduit et une recommandation auprès de ses 
agents à la cour de Rome. L'homme, aujourd’hui reconnu 
comme un héros national en Écosse, n’a certainement pas 
été utilisé pour une négociation. 

Par contre, la chronique de Rishanger et le « Cottonian 
Manuscript» racontent que Wallace se serait fait arrêter 
pendant son séjour en France. Le Cottonian Manuscript 
précise que cet incident se serait passé à Amiens. Wallace se 
fait arrêter car c'est un ennemi du roi d'Angleterre. Philippe 
le Bel demande à ce qu'il soit libéré. Wallace quitte la 
France juste après cette mésaventure. L'année n’est pas 
connue. John Balliol possédait une résidence autour 
d'Amiens. Il s’y est retiré en 1301. Cet évènement aurait-il 
pu se passer en 1301 ou un peu plus tard quand Wallace est 
allé rendre visite à John Balliol ? Wallace a bien rencontré 
John Balliol. Nous le savons car il avait un sauf-conduit 


195 


rédigé de sa main au moment de sa capture. La date et le 
lieu de leur rencontre restent inconnus. 


Une décision qui m'intrigue c’est ce choix de partir à 
l'étranger en mission diplomatique. Pourquoi avoir voulu 
quitter le sol écossais? L'homme qui a vraiment existé 
n'était pas le surhomme, ou super héros, de Braveheart ou 
Blind Harry. Mon sentiment est que Wallace a 
probablement perçu que les chances d’une victoire militaire 
face à Édouard Ier devenaient de plus en plus difficiles. Il y 
avait deux camps parmi les nobles, celui de Robert Bruce, 
dont la famille a toujours voulu porter la couronne, et celui 
des Comyns. En plus de cela, Wallace n’était pas noble, ce 
qui a certainement compliqué la situation pour se faire 
accepter après la défaite de Falkirk en 1298. Je peux me 
tromper. Il restait des points forts de résistance en Écosse, 
mais il fallait mettre tout le monde d'accord pour 
s'organiser. La situation était compliquée avec les familles 
qui avaient des proches emprisonnés en Angleterre, ou 
encore ceux qui s'inquiétaient pour leurs terres en 
Angleterre. Tout le monde ne souhaitait peut-être pas 
prendre les armes. 


Après sa mort, William Wallace a continué de faire 
parler de lui, d’abord dans les chroniques, et ensuite dans le 
long poème de Blind Harry. Son nom résonne comme un 
symbole de résistance face au pouvoir anglais. En 1707, 
l'Écosse signe son union pour entrer dans ce qu’on appelle 
aujourd’hui le Royaume-Uni. Ensuite, au XIXe siècle, le 
pays ressent le besoin de se différencier et de mettre en 


196 


avant sa propre culture. C’est pendant cette période que 
des monuments à l'effigie de William Wallace apparaissent 
en Écosse, dont le National Wallace Monument à Stirling. 


Pendant ma vie en Écosse, je me souviens avoir vu des 
t-shirts avec le texte « Qu'est-ce que William Wallace aurait 
fait ? » ou « Nous savons ce que Wallace aurait fait » pendant le 
référendum d'indépendance de 2014. Ces questions sont en 
faveur de l'indépendance bien entendu. Au début de 
l’année 2019, sur Glasgow, j'ai aussi croisé un ralliement 
pour l'indépendance de l'Écosse qui citait William Wallace. 
Il n’a donc pas fini de faire parler de lui, encore plus en 
cette période au milieu du Brexit avec les Écossais qui 
demandent un nouveau vote pour leur indépendance. 


J'espère que ces pages vous ont intéressé. Pour 
quelques-uns, elles racontent certainement la vie d’un 
homme qui a su entrer dans l'Histoire de l'Écosse. D’autres 
y trouvent peut-être aussi une part d'aventure à travers les 
rencontres que je partage avec vous. Peut-être que vous 
avez tous raison ? 


L'Écosse est un beau pays et les gens y sont très 


accueillants. Alors, n'hésitez pas à partir découvrir les 
terres sur lesquelles William Wallace a vécu. 


197 


Annexe I : La Vieille Alliance 


Voici quelques dates : 

1295 

22 et 23 octobre: signatures de l’accord entre l'Écosse, la 
France et la Norvège. 


1296 
23 février 1296 : ratification du traité au parlement écossais. 


1298 

Début de l’année: des émissaires écossais partent en 
France. 

Juin/Juillet: discussions entre la France et l'Angleterre. 
Philippe le Bel et le pape Boniface VIIT demandent la 
libération et la restauration de John Balliol sur le trône 
d'Écosse. Édouard ler refuse. 

Juillet: Nous savons qu'une délégation écossaise est 
présente à la cour de Paris. 


1299 

6 avril : Philippe le Bel écrit aux Guardians John Comyn et 
Robert Bruce afin de les remercier au nom de John Balliol 
pour leurs actions face à l'Angleterre. 

Septembre: le prince Édouard d'Angleterre épouse 
Margaret de France. 

Novembre: Édouard ler refuse les propositions de trêve 
avec la France et l'Écosse. Il préparait une campagne en 
Écosse. 


198 


1300 Automne 1300 : Deux envoyés français négocient une 
trêve entre l'Angleterre et l'Écosse. 

30 octobre 1300 : Édouard ler accepte la trêve avec l'Écosse 
proposée par la médiation française. 


1301 

26 mars : des Écossais reçoivent des sauf-conduits afin de 
pouvoir se rendre à Canterbury (Angleterre) pour des 
négociations entre la France, l'Écosse et l’Angleterre.#5 

16 avril : discussion à Canterbury 

24 août : Édouard ler autorise ses ambassadeurs à négocier 
une trêve. 

25 décembre : ratification du traité d’Asnières par Philippe 
le Bel pour une trêve entre l'Écosse et l'Angleterre de 
janvier 1302 au 1* novembre 1302. 


1302 

26 janvier: ratification du traité par Édouardler à 
Linlithgow. 

23 février : ratification du Traité d’Asnières au parlement 
écossais. Trêve obtenue grâce à l'intervention de Philippe 
le Bel. 

11 juillet : défaite de Courtrai 

2 décembre: Traité d'Amiens entre la France et 
l'Angleterre. 


1303 
25 mai : Philippe Le Bel envoie deux émissaires pour tenter 
de convaincre Édouard ler d'arrêter les guerres en Écosse. 


438 Under The Hammer, p.114 


199 


Annexe 2 : Dates autour de 
William Wallace 


Voici quelques dates : 

1297 

3 mai : attaque sur le shérif de Lanark. 

23 juillet: Cressingham rapporte que Wallace se trouve 
dans la forêt de Selkirk. 

Août : Wallace assiège Dundee 

11 septembre : bataille de ‘Stirling Bridge” 

11 octobre : Wallace rouvre le commerce avec l'Europe et 
rédige la lettre de Lübeck. 

7 novembre : lettre de protection pour l’abbaye de Hexham 


1298 

Fin 1297/début 1298 : Wallace devient Guardian et est fait 
chevalier. 

29 mars 1298: Wallace confie la garde du château de 
Dundee à Scrymgeour 

22 juillet : défaite de Falkirk 


1299 

Juillet/Août : Wallace se trouve autour du château de 
Stirling 

20 août : Dispute à Peebles car Wallace prévoit de voyager 
en dehors de l'Écosse. 

9 décembre: entrée dans les journaux du Trésor de 
Philippe le Bel. Wallace et d’autres chevaliers reçoivent un 
prêt de 2000 livres tournoi. 


200 


1300 (?) 
7 novembre : lettre de recommandation de Philippe le Bel 


1303 

18 juin: Wallace, de retour en Écosse, participe à une 
attaque en Galloway. 

30 octobre: Édouard ler accepte la trêve avec l'Écosse 
proposée par la médiation française. 


1304 

3 mars: Édouardler communique à Alexandre de 
Abernithyn que Wallace doit se rendre sans condition s'il 
souhaite négocier. 

15 mars: Wallace est pourchassé à Happrew, près de 
Peebles. 

Septembre : La garnisson de Dundee reconnait Wallace et 
le pourchasse. 


1305 
3 août : capture de William Wallace 

22 août : arrivée à Londres de Wallace. 

23 août : procès de Wallace à Westminster et exécution à 
Smithfield. 


201 


Annexe 3 : Carte de l'Écosse 










Dundee 
e 


Stirling 
e 












Glasgow + 
® Falkirk Edimbourg 


e 
Lanark 






e 
Ayr Roxburgh 


Lochmaben 
. 


Caerlaverock % 











Illustration 36 Carte de l'Écosse 


202 


Bibliographie 
1. Sources primaires 


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BAIN, Joseph, Calendar of Documents Relating to 
Scotland, Volume 3: A.D. 1307-1357, Édimbourg, 1887, 608 p. 

BAIN, Joseph, Calendar of Documents Relating to 
Scotland, Volume 4: A.D. 1357-1509, Édimbourg, 1888, 678 p. 

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Scotland, Volume 5: A.D. 1108-1516, Scottish Record Office. 

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4. Berwick-upon-Tweed 


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5. Lanark 


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à Lanark 

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https://canmore.org.uk/site/46576/lanark-hyndford-road-st- 
kentigerns-church 

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https://canmore.org.uk/site/46574/lanark-castle 

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mai 2016 (disponible en ligne https://lanarktrust.co.uk/wp- 
content/uploads/2018/10/William-Wallace-Trail.pdf) 

Dépliant ‘Lanark : William Wallace Heritage Trail’ du 
South Lanarkshire council 

Dépliant ‘William Wallace in Lanark', rédigé par Ed 
ARCHER, publié en 2015 (disponible en ligne: 
https://lanark.co.uk/sites/default/files/historical_lanark/wall 
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6. Stirling 


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HARRISON, John G. article « Coxet Hill and the New 
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Volume 29, 2009 

HARRISON, John, article « Early historic settlement on 
the western carselands of the Forth valley: a reappraisal » 
dans Proceedings of the Society of antiquaries of Scotland 
Volume 137, 2007 

HARRISON, John G., The Creation and Survival of some 
Scots Royal Landscapes, Octobre 2016 (disponible en ligne 
https://www.johnscothist.com/uploads/5/0/2/4/5024620/1_p 
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210 


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7. Armes médiévales 


CANNAN, Fergus, Scottish Arms and Armour, Shire 
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DRÜMMOND, James, Ancient Scottish Weapons, 
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ROTHERO, Christopher, The Scottish and Welsh Wars 
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8. Nord de l'Angleterre 


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parish of Corbridge, 1914 

The priory of Hexham: its chroniclers, endowments, and 
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211 


9. Autres thèmes divers 


ANDERSON, Lin, Braveheart: From Hollywood to 
Holyrood, Luath Press, 2005, 160 p. 

BARROW, G.W.S., The Kingdom of the Scots, édition de 
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Bothwell Castle, guide Historic Scotland, version de 2009 

Caerlaverock Castle, guide Historic Scotland, version de 
1995, revue et publiée en 2006 

DUNCAN, The Kingship of the Scots : succession and 
independence, Edinburgh University Press, 2002 

Kildrummy Castle, guide Historic Scotland, version de 
1986, 32 p. 

Kildrummy Castle and Glenbuchat Castle, guide Historic 
Scotland, version de 2008 

ORKNEY, J.C.,, The site of the Wallace Oak and a stone 
circle and a bronze age settlement, December 2001 


10. Textes en français 


BALTI, Béatrice, William Wallace : Le cri de la liberté, 
Yoran Embanner, 2009, 272 p. 

DUCHEIN, Michel, Histoire de l'Écosse, Fayard, 1998, 
596: D: 

FRANCISQUE-MICHEL, Les Écossais en France: Les 
Français en Écosse Premier Volume, Paris, Librairie A. Franck, 
1892, 548 p. 

SELLIN, Bernard, Écosse : l'identité nationale en question, 
Centre de Recherches sur les Identités Nationales et 
l'Interculturalité (CRINT), 2009 


212 


SCOTT, (Sir) Walter, Histoire d'Écosse, Traduction de M. 
Albert Montémont, Paris, Ménard, 1837, 332 p. 


11. Sources non publiées 


ARCHER, Ed, William Wallace and his times, 
transcription d’un CD audio qui n’est jamais sorti 

Conférences du 24 août 2012 au parlement 
d’Édimbourg dans le cadre de l'exposition The Wallace 
Letters 

GROVE, Doreen, Interim Statement of cultural significance 
for Stirling Castle, Historic Scotland, SAM Index No 90291, 
November 2004 

STRACHAN, Sabinan, Interim statement of cultural 
significance for Cambuskenneth Abbey, Historic Scotland, SAM 
Index No 90055, 18 février 2005 


213 


Ce livre a été imprimé en France 
Dépôt légal : mars 2020 / avril 2020 


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